• 1

Béziers (17/08/2013 – tarde) : Émotionnante corrida de Robert Margé.

 

Photo : Daniel Chicot
Photo : Daniel Chicot
Tarde riche en émotions avec cette corrida de Robert Margé proposée à Juan José Padilla ; Juan Bautista et David Mora. Et si au final c'est Juan Bautista qui triomphe, tous trois auraient pu quitter les arènes à dos d'homme tant le spectacle fut prenant et bouleversant.

Le lot arrivé des Monteilles voisines était fort correctement présenté. Le toro d'ouverture se révèlera compliqué, mais le deuxième, baptisé « Sevillano », sera primé d'une vuelta posthume amplement méritée avant que ne sorte le noble troisième. Les deux suivants ont fait planer un danger sourd en piste dont Padilla, une nouvelle fois héroïque mais un peu à court de forme semble-t-il, a bien failli faire les frais... Le dernier était impossible.

 

David Mora, fin artiste avec le noblissime troisième, se verra refuser une deuxième oreille bruyamment pétitionnée par le public, mais que le Président intransigeant ne concèdera pas... On se demande encore pourquoi... Les règlements sont certes faits pour être respectés. L'octroi d'une deuxième oreille reste à la discrétion du Président et c'est tout à son honneur de tenir bon face à une pétition qui lui semble injustifiée... Mais quelle différence avec les oreilles accordées les jours précédents...

 

Juan Bautista ajoute une nouvelle Puerta Grande à son palmarès déjà fourni. Il a réalisé la prestation parfaite avec son premier, un grand toro taillé à sa mesure dont il coupe les deux appendices après une estocade d'école. Estocade qui le trahira malheureusement à l'issue de son deuxième combat, alors qu'il semblait avoir un troisième trophée en poche.

 

Laurent Deloye ElTico

 

 

La chronique de Grégory Boyer :

Samedi après-midi, les aficionados de Béziers ont eu la chance de pouvoir assister à ce qui restera comme l'une des plus importantes corridas de l'année. En effet, le lot de toros livré par l'empresa Robert Margé a permis un bon nombre d'émotions tout au long d'un après-midi riche en évènements, qui a vu le triomphe de Juan Bautista, qui aurait du être accompagné de David Mora.


Juan Jose Padilla attire toujours autant de respect. Son premier lui vient droit dessus sur la corne droite au capote. Le maestro joue de sa notoriété en se faisant prier pour prendre les palos, ce qui aura le mérite de réveiller les gradins. Lors de ce second tercio le toro se révèle déjà tardo, compliqué à banderiller, en obligeant le maestro à l'attaquer. Lors du dernier tiers le cornu se réserve, et bien que Padilla prenne son temps, son adversaire développe beaucoup de genio et de danger ce qui ne laisse aucune autre option que d'abréger les débats. Une entière et deux descabellos. A son second il réalisera une véritable démonstration de courage. Beaucoup seraient passés inaperçus après une prestation comme celle de David Mora au toro précédent, mais Juan Jose Padilla sait jouer avec un public déjà chaud. Il se met les gens dans la poche grâce à deux largas et à des véroniques décidées. La musique joue lors du tercio de piques, soutenue par un public en ébullition. Un public qui aura le droit à une grosse frayeur lors du tercio de banderilles puisque Padilla se fera violemment attraper entre les planches et l'animal, le mettant dans une situation très inconfortable. Cela-dit, Padilla, groggy, reviendra pour poser sa troisième paire de banderilles. Il donnera un brindis émouvant au public avant de se jouer littéralement la vie face à un toro dangereux, ne trichant jamais, prêt à se faire attraper à tout moment. Malheureusement il perdra une grosse oreille au descabello.


Le matador de toros arlésien Juan Bautista a également donné un grand après-midi de toros aux aficionados héraultais. Son premier ne se fixe pas, mais montre de bonnes qualités dans le capote de l'arlésien. Il pousse bien lors d'une première rencontre et vient de loin lors de la seconde. Après un bon quite de David Mora par gaoneras, Jean Baptiste brinde au public "Sevillano", qui se révèlera un grand toro. Tout d'abord très mobile dans la muleta, il permet à Juan Bautista de se relâcher. Le torero se laisse aller dans de longues et profondes séries droitières, que le toro accepte sans broncher malgré l'intensité du combat. La faena continuera sur le même ton, les aficionados debout pour saluer la prestation des deux acteurs. Après cinq grosses séries, la charge du toro s’essouffle mais Jean Baptiste accorde parfaitement son toreo à ce changement pour terminer en redondo tout en descendant vers les planches. Entière, deux oreilles et vuelta al ruedo méritée pour "Sevillano". Son second est un sérieux colorado et Jean-Baptiste lui sert de profondes véroniques, pieds joints. Malgré une vuelta de campana, le toro bouge bien dans la muleta, en donnant un fort coup de tête en fin de charge. Un coup de tête que le torero arrivera à régler sans soucis apparent, relâché jusqu’à quitter ses zapatillas. Il se bagarre à droite pour s'imposer, autoritaire en s'accordant parfaitement au toro détenteur d' un danger sourd. Alors que le président semble décidément vouloir aller à l'inverse du public en ne lançant pas la musique, Jean-Baptiste donne de très bonnes séries droitières aux sons des palmas des aficionados. Juan Bautista terminera par des molinetes à genoux prouvant à quel point il aura mis la main sur le toro. Un entière après un pinchazo et un président refusant de donner l'oreille alors qu'une grosse pétition grondait dans le public.


Mais c'est à la suite du troisième combat de l'après-midi que le président démontrera son manque de sensibilité. David Mora brinde au public un toro juste de force mais d'une extrême noblesse. Une noblesse que le torero madrilène, habitué aux toros plus récalcitrants, ne laissera pas passer. Il donnera une faena marquée par des séries de très bon goût, relâchée, en laissant tomber le bras qui ne toréé pas. Le toro semble accuser le coup mais Mora réussi a continuer à lier les muletazos sans perdre de terrain. A gauche, la muleta est très relâchée, le palo pointe vers le bas, tenu du bout des doigts par l'artiste. Il finit en s'amusant avec le public lors de sa série de manoletinas. Un public qui demandera avec force les deux oreilles, ce que le président n'écoutera pas, et David Mora effectuera deux vueltas. Son second malgré toute la bonne volonté de David Mora ne donne aucune option. Dès le début de la lidia il se réfugie au toril, allant même jusqu'à attraper le maestro. Il brinde à Padilla et Juan Bautista avant d'essayer de le toréer au centre. En vain, il devra vite abréger car le toro, refusant le combat, devient de plus en plus dangereux. Un pinchazo, une entière et un descabello.

Grégory Boyer

 

Fiche technique:

Samedi 17 août 2013. Arènes de Béziers, 18h.

Corrida de toros,

3 quarts d'arènes, soleil,

2h35.

6 toros de Robert Margé (530, 515, 520, 530, 540 et 490kg) de jeux inégaux, dangereux les 1er, 4e et 6e, nobles les 2e et 3e, le numéro 202, "Sevillano" sera primé d'une vuelta al ruedo, 13 rencontres à la cavalerie d'Alain Bonijol, pour :

 

Juan Jose Padilla (bleu nuit et or): Silence et saluts

Juan Bautista (eau paradisiaque et or): 2 oreilles et saluts après pétition

David Mora (blanc et or): oreille avec forte pétition de la seconde et deux vueltas al ruedo et applaudissements.


Juan Bautista est sorti en triomphe par la grande porte des arènes de Béziers

 

 

Voir le reportage photographique : ElTico