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Mont-de-Marsan (21/07/2017) : "Nobody is perfect", si, aujourd’hui, Juan Bautista...

©Isabelle Dupin
©Isabelle Dupin
Mont de Marsan et l’Aficion française ont rendu ce vendredi un hommage à la hauteur de son talent au Maestro Ivan Fandiño. Tout avait commencé par un paseo au son du paso doble « Ivan Fandiño » suivi d’une minute d’applaudissements puis de recueillement au son d’El Silencio. Il était difficile pour les aficionados et en particulier ceux présents à Aire de retenir leurs larmes.

Puis ce sont l’ensemble des acteurs, toros et toreros en nous offrant une grande après-midi taurine qui ont ravivé et porté bien haut le flambeau de cet art pour lequel a vécu et est mort le torero basque. Chacun des toreros a brindé son premier toro à leur collègue décédé.
Après avoir approché l’asymptote de la nullité avec les deux premières corridas montoises, le public montois a retrouvé sa fierté d’être aficionado. Sont sortis en piste, six toros de la Quinta bien présentés et armés. Physiquement dans le type de l’encaste, ils l’ont été aussi par leur comportement. Braves au cheval, ils ont eu cette noblesse exigeante qui fait que le Santa Coloma humilie dans la muleta mais ne pardonne aucune erreur au torero. Le reproche que l’on peut leur faire, et c’est général aux toros d’origine Buendia, c’est de manquer de chispa. Nous avons vu en piste un grand toro. Paradoxalement ce n’est pas le quatrième, pourtant honoré d’une vuelta, mais le cinquième dont la caste a obligé David Mora à se surpasser. Le quatrième, lui, est un bon toro, certes, mais il a surtout existé parce qu’il a rencontré un grand torero qui l’a obligé à aller au-delà de ses limites. Tout au long de la course, il a régné en piste et sur les gradins une vraie émotion, tour à tour créée par la peur puis par la beauté.

Le premier, pur Buendia, humilie dès les premières passes de cape. Après une belle série de véroniques, Juan Bautista le met en suerte avec efficacité face au cheval. Le toro prend une première bonne pique. Remis au centre, il vient bien pour un puyazo plus léger. Il sort de ce tercio aplomado ce qui fait réagir une partie du public. C’est oublier que ce n’est pas un Domecq, mais un Santa Coloma. Le toro se reprend, comme c’est souvent le cas avec cet encaste, dès la première pose de banderilles. A la muleta, il est noble, suave quasi soso. Il manque de chispa. Juan Bautista qui est dans un grand moment, prend vite le dessus sur l’animal. Il le conduit avec élégance au centre de la piste Là il enchaine avec relâchement et élégance des séries des deux mains. Comme le bicho transmet peu, il réduit les terrains et termine par une très belle série de naturelles. Le La Quinta est soso, avec une charge lente et pourtant le torero français décide de le tuer à recibir. Il pinche à la première tentative puis s’engage pour une seconde tentative magnifiquement concluante qui a elle seule vaut l’oreille accordée.

Le second humilie mais accroche le capote. Il est légèrement boiteux mais pousse bien à la première rencontre  Il sort lui aussi aplomado d’une seconde pique placée dans l’épaule. Il se reprend, comme attendu dès les premiers muletazos. Il serre à la sortie de chaque série et finit par prendre spectaculairement un David Mora appliqué mais dont on sent les moyens physiques altérés par les blessures. Il y a de l’émotion en piste quand le madrilène reprend les trastos. Il finit avec courage une faena face à un toro qu’il n’a pas complètement dominé. Il tue, à la rencontre, d’une entière tombée. Le public l’invite à saluer, le salut se transforme en vuelta.

Juan del Alamo, torero apprécié dans le Sud-Ouest, est très attendu après son succès à Madrid. Après avoir poussé à la première rencontre, le troisième toro vient de loin pour une nouvelle pique, hélas, placée dans l’épaule. Lui aussi sort aplomado du premier tercio. Plus faible que les autres, il se reprend mais manque un peu de fond surtout à gauche. Juan del Alamo, comme son habitude, se croise et allonge bien la charge du bicho sur la corne droite. A gauche, c’est plus compliqué. Le torero insiste. Au bout de trois séries, peu convaincantes, Il revient à droite. Ses vieux démons le reprenant, Juan s’énerve après cet échec et se fait désarmer à la fin d’une bonne série de derechazos. Après un final plus électrique, il conclue mal d’une quasi entière basse, d’effet rapide, et se contente de saluer.

Le quatrième est un toro très bien fait. Dès son entrée en piste, on voit qu’il vient de loin, qu’il est noble et humilie. Très bien mis en suerte, en le reculant d’une rencontre à l’autre, il prend deux bonnes piques en poussant. David Mora intervient pour un quite élégant. Il est difficile de décrire passe par passe ce qui va suivre tant Juan Bautista a enchainé des muletazos variés alternant passes classiques, changement de mains et adorños inspirés. Le début de faena vaut à lui le déplacement pour se rendre aux arènes de Plumaçon. En marchant vers le centre, serein et dominateur, l’arlésien alterne passes de conduite, firmas, trincheras et autres avec alliant dominio et temple. Ce n’est qu’un début. La suite constitue une faena d’anthologie. Plus qu’une faena, le torero arlésien a joué une sonate dont chaque muletazo était une note, chaque changement de main, farol, pecho ou firma les croches, doubles et triples croches qui créent et renforcent l’harmonie d’un morceau de musique. J’aime l’opéra et j’ai ressenti ce vendredi le même sentiment de pureté et perfection que peuvent procurer Maria Callas chantant « Casta Diva » ou Luciano Pavarotti quand il entonne les premières notes de « se lucevan la stelle ». Le torero français a franchi un cap dans sa carrière. Il a toujours été un grand technicien, il est aujourd’hui un torero profond. En plus d’une maturité qui lui donne une assurance exceptionnelle face au toro, il est aujourd’hui capable de rivaliser avec les plus grands toreros artistes. Pour finir sur une note parfaite, Jean Baptiste tue d’une recibir parfait foudroyant le toro. Les arènes sont debout, Jacques Grué à la présidence sort les trois mouchoirs, puis le mouchoir bleu. Autant les deux oreilles et le rabo accordés sont indiscutables, la vuelta au toro l’est. Le La Quinta était noble, venait de loin mais il n’a en fait existé que parce qu’il a rencontré un grand torero qui l’a fait grandir. Dans l’euphorie, la vuelta et l’arrastre du toro sont ovationnées et c’est aux cris de « torero, torero » que Jean Baptiste fait une vuelta dont lui et le Plumaçon se souviendront longtemps.

Le grand toro du jour sera en fait le cinquième. Il prend, avec bravoure, trois piques mettant les reins et se collant au cheval. Il a énormément de caste et il met un peu en difficulté en début de faena David Mora. Dès que le torero trouve la bonne distance, son courage, son envie et les grandes qualités du toro lui font réaliser de très belles séries des deux mains construisant une faena qui va crescendo. Il est clair que c’est le toro qui tire vers le haut le torero mais David Mora est un torero sympathique, peu ménagé par les blessures, témoin la voltereta qu’il subit en tuant d’une bonne entière après un pinchazo. L’oreille demandée par le public ne souffre d’aucune contestation. L’arrastre est ovationnée, j’aurai aimé voir sorti le mouchoir bleu pour ce grand toro de La Quinta.

Le sixième est ovationné à l’arrastre. Il se freine et jette les pattes dans le capote de Juan del Alamo. Il prend deux piques en se défendant. Il en aurait mérité une troisième, la suite le confirmera. Juan Bautista défie le torero espagnol en réalisant à son toro un quite de grande classe. Del Alamo résiste mal à la pression. Le niveau auquel le français a mis la barre et les complications posées par un toro manso con casta font que Del Alamo aura du mal à trouver le sitio. La faena est brouillonne, accrochée et le toro, compliqué certes, n’est pas dominé. Après une demie, une kyrielle de descabellos sont nécessaires pour conclure une prestation décevante du torero madrilène.


Fiche technique
Arènes de Mont de Marsan, troisième corrida de La Madeleine 2017
6 toros de La Quinta bien présentés, nobles et donnant du jeu, bon le 4ème, supérieur le 5ème pour :

Juan Bautista : une oreille, deux oreilles et la queue
David Mora : vuelta, une oreille
Juan del Alamo : salut au tiers, un avis et silence

Treize vraies piques, cavalerie Bonijol
Vuelta au quatrième toro
Présidence : Jacques Grué assisté de Colette Lacomme et Philippe Lalanne
Lleno
Le soleil est toujours absent, tant pis pour lui
Sortie à hombros de Juan Bautista et du mayoral
A l’issue du paseo un hommage a été rendu à Ivan Fandiño

Thierry Reboul


Voir les photos du Triomphe de Juan Bautista : Isabelle Dupin