Mont-de-Marsan (19/07/2017) : Thomas Dufau triomphe sur ses terres...

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©Isabelle Dupin
©Isabelle Dupin
Il est de notoriété publique que Juan Pedro Domecq cherche à produire un toro conçu pour servir les toreros et favoriser de longues et belles faenas. Quand il y arrive, il sort un bicho qui fait illusion au cheval puis répète quasi mécaniquement dans la muleta. Si l’alchimie ne prend pas, il sort un animal flojo, au mieux soso, le plus souvent deslucido.

Quand elle prend, tout torero expérimenté et/ ou motivé se doit de ne pas laisser passer l’occasion de couper des oreilles et de triompher. Le ganadero a eu, pour cette première corrida des Fêtes de la Madeleine, un pourcentage de réussite de 33 %, Ferrera de 50% en coupant une seule oreille au premier. Thomas Dufau, très motivé, a fait carton plein en coupant deux oreilles au troisième archétype du toro recherché par la famille Domecq. Manzanarès qui a touché deux exemplaires de la seconde catégorie s’est ennuyé et nous a aussi ennuyés.

Le premier, pas trop gros, et armé de manière commode, vient bien à droite et est plus réticent à gauche. Mis en suerte avec application, il prend un premier picotazo trasero et un second dans l’épaule. Après une première pose de banderilles quelconque, Antonio Ferrera en place deux excellentes. A la muleta, le Domecq est une machine à charger, malheureusement uniquement sur le côté droit. Le toro est donc un bonbon et répète dans la muleta sur les séries de derechazos sans mauvaise intention, ni mauvaise manière. En grande forme, Ferrera enchaine des séries profitant de l’alegria du toro mais sans l canaliser ou templer sa charge. C’est bien mais il y manque de la domination et surtout un peu de sentiment ou d’art .Le torero d’Ibiza coupe une oreille après une entière en avant mais efficace. L’arrastre est applaudie.

Le second est gordito, avec un arrière train de charolais. Il pousse sans conviction par deux fois au cheval ; Il est juste de force, noblote et gazapon. Finalement soso, il transmet peu d’émotion d’autant que Manzanarès a décidé de le toréer du bout de la muleta. Le toro va très rapidement à menos et la faena avec. José Maria tue de deux vilaines entières tombées. L’arrastre est sifflée.

Thomas Dufau joue gros en défilant au paseo ce mercredi au Plumaçon. Comme l’an passé, il touche le meilleur toro, au sens Domecq du terme, de l’après-midi. Le bicho est économisé au premier tiers (deux picotazos). Comme le premier c’est une machine à charger mais cette fois il répond aussi bien à droite qu’à gauche. Thomas, très motivé, débute à genoux puis enchaine de très bonnes séries de derechazos, citant de loin, pesant sur le toro, et templant la charge de son adversaire. Contrairement à son habitude, le landais prend assez rapidement la main gauche et sert deux bonnes séries sur cette cornes. Après un final à émotion (circulaires inversées et manoletinas serrées), Thomas s’engage pour une bonne entière qui se révèle efficace et il peut couper ces deux oreilles perdues l’an passé à l’épée. Gros triomphe pour le torero et l’arrastre est très applaudie. La présidence a, fort justement, résisté à la pétition de mouchoir bleu compte tenu de l’absence de vrai premier tiers. Souhaitons au torero landais que ce triomphe relance sa carrière en particulier en Espagne.

La pluie s’invite et les lampadaires sont allumés quand sort en piste le quatrième. Mieux armé, il est plus léger que les trois précédents. Très mal piqué, il prend deux picotazos. Après un bon tercio de banderilles, Ferrera le brinde à José Maria Manzanarès. Le toro a une charge courte en début de faena et s’éteint très vite. Le torero insiste pour le faire passer mais le toro ne rentre pas dans son jeu. Le public bienveillant au début, finit par râler quand cette non faena s’éternise au-delà du supportable. L’arrastre est sifflée.

Le cinquième est faible dès son entrée en piste. Après deux picotazos, il arrive noble mais avec une charge ralentie dans la muleta de Manzanarès. A droite, du bout de la muleta, le torero d’Alicante enchaîne des séries « élégantes » mais très marginales et superficielles. Avec la main gauche, il se centre pour ce qui sera la seule bonne série de la faena. Retour à droite pour de nouvelles séries sur le pico, il conclue par une très bonne épée entière non sans avoir essuyé ses zapatillas avant d’entrer à matar.
Le sixième est le plus costaud du lot. Mal mis en suerte, il prend une bonne pique et un picotazo par Nicolas Bertoli. Aux banderilles Morenito d’Arles et Manolo de los Reyes sont invités à saluer. Après un début par cambiadas, Thomas Dufau cite le toro de loin pour des séries essentiellement droitières qui manquent de relief parce que le toro est tardo et charge au pas. Le landais essaye en réduisant les terrains de rebooster la faena mais perd, avec l’épée, l’oreille qu’il aurait pu avoir.

 

Fiche Technique :
Arènes du Plumaçon, première corrida des Fêtes de la Madeleine
6 toros de Juan Pedro Domecq, les premier et troisième donnant du jeu, les autres manquant de fond et de transmission pour :

Antonio Ferrera : une oreille, silence
José Maria Manzanarès : silence, quelques applaudissements
Thomas Dufau : deux oreilles, silence

Six piques, six picotazos, cavalerie Bonijol
Salut de Morenito d’Arles et Manolo de los Reyes au sixième
Pluie et éclairage artificiel à partir du quatrième
Président : Philippe Lalanne assisté de Colette Lacomme et jacques Grué
9/10 ème d’arène
A l’issue du paseo une minute de silence a été observée à la mémoire de Christian Cazade et Jean Pierre Saint Guirons deux grands aficionados montois récemment décédés.
Thomas Dufau est sorti à hombros

Thierry Reboul