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Saint Sever (25/06/2017) : deux oreilles pour Perera...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Pour la seconde année consécutive, Saint Sever organise, pour les Fêtes de la Saint Jean une corrida « de figuras ». C’est devant des gradins remplis aux deux tiers qu’ont défilé au paseo Curro Diaz, Miguel Angel Perera et José Garrido.

Ils ont affronté des toros de la ganaderia El Pilar . Correctes de trapio, avec des armures commodes, on peut les classer en deux groupes de trois au plan du comportement.
Les trois premiers ont été très faibles et ne permettaient pas grand-chose. Les trois suivants plus solides offraient des possibilités exploitées de façon inégale par les trois toreros présents. En plus de leur faiblesse, les trois premiers sont sortis ou ont eu rapidement des armures très détériorées. On peut se poser beaucoup de questions auxquelles seules pourront répondre des analyses ou des informations qui auraient pu être données au public sur des incidents de mises en chiqueros. S’agit-il des conséquences avec la fameuse porte en fer du toril, de l’influence négative des fundas, de toros mal aréglés ou d ‘autres pratiques…………...
Le doute ne profite pas à l’image de la tauromachie et un peu de communication, en particulier sur la mise en chiquero du troisième aurait pu lever certaines suspicions.
Autre souci, c’est la passivité du public qui aurait du réagir, protester, exiger les explications que je demande plus haut. Deux possibilités s’offrent à nous. Ou bien le public est blasé et est prêt à accepter tout sans réagir, ou bien les aficionados purs et durs constituent les abstentionnistes du jour.
Quelles qu’en soient les causes, il semble nécessaire de communiquer autour de celles-ci pour éviter toutes polémiques stériles ou suspicions au gout amer.
A décharge, le sixième toro a tapé à plusieurs reprises avec violence les burladeros et c’est le bois des planches qui a cédé.
Les tercios de piques se sont limités à six rencontres pour quatre picotazos et deux piques.

Des trois premiers, il n’y a rien à retenir.

Le premier est faible. Mal mis en suerte, il est plus qu’économisé à la pique. Il a un fond de noblesse, une bonne corne droite, peu de charge et devient très rapidement soso. Il ne supporte pas plus de deux à trois passes avant de fléchir. Curro Diaz toréé de façon élégante, avec le sens artistique qu’on luit connait. Mais la faiblesse du toro et l’absence d’émotion ne permettent pas de donner relief et ’intérêt à la faena.
A l’instar du Juli et de Hermoso de Mendoza, le torero de Linarès s’est inventé un rincon où il place une épée très efficace plus habile que sincère. Le toro tombe vite, 100 mouchoirs sont agités et comme il y avait plus de 200 personnes, cela ne saurait constituer une pétition majoritaire. Ce qui n’empêche pas le président d’en accorder un trophée.

Le second, économisé à la pique manque de forces. Il est noble, vient bien dans la muleta mais chute à la troisième passe. La faena de Miguel Angel Perera manque elle aussi de relief. Le toro s’éteint très vite et le torero abrège.

Le troisième est celui qui a les cornes les plus abimées. Il pousse un peu au cheval, mais il manque à lui aussi les moyens nécessaires pour durer. De la faena de José Garrido, on ne retiendra qu’une série à droite, le reste est à oublier.

Les trois derniers toros, tous les trois différents de type, vont relever le niveau d’une corrida qui semblait être partie pour être un désastre ganadero.

Le quatrième est un joli colorado, le mieux armé du lot. Il est très mal piqué. A la muleta, il est noble et embiste. C’est le type de toro qui permet à Curro Diaz de dérouler sa tauromachie. Il enchaîne avec plus de lenteur que de temple, trois bonnes séries à droite. Quand il passe à gauche, le toro baisse de ton et la faena aussi à l’exception de la dernière série à droite très torera.
Nouvelle tentative d’estocade dans ce qui devient le rincon de Curro. Malheureusement les épées basse , très basse et très en avant se succèdent. Cela n’empêche pas le torero de saluer (sic).
Le cinquième pousse au cheval. Il a du fond et de la race. Perera va en profiter pour faire du Perera. Il fait passer et repasser le toro tout en restant fuera de cacho et usant du pico. Sur dix passes, un est templée et neuf fois il se fait toucher la muleta. A la fin le toro est physiquement épuisé sans que paradoxalement il ait pu exprimer ses qualités. Perera connecte avec le public qui se laisse prendre au jeu du torero. L’estocade, légèrement tombée, très efficace Le président, après s’être fait brièvement prier, sort deux mouchoirs et ouvre à Perera la Puerta Grande.


En sixième sort un joli toro burraco qui sera le meilleur de l’après-midi. Il met bien la tête dans la cape prend une pique un peu forte en tapant plus qu’ill. ne pousse. Garrido va construire une faena avec des passages intéressants mais qui va souffrir d’une grosse erreur stratégique. A u lieu de s’imposer en patron au toro en début de faena, il toréé le public par des passes de rodillas. Le toro n’est pas dominé et va imposer ses défauts au torero sans qu’il puisse les corriger ou maîtriser. Malgré quelques bons muletazos en début, la faena, trop longue, va à menos et ne porte pas sur le public.


Fiche Technique
Arènes de Saint Sever, corrida des Fêtes de la Saint Jean ;
6 toros d’El Pilar allant de « faible » à « juste de force », avec du trapio mais aux armures commodes et, pour les trois premiers détériorées, pour

Curro Diaz : une oreille, salut au tiers
Miguel Angel Perera : silence avec un avis ; deux oreilles
José Garrido : silence, silence avec un avis

A l’issue du paseo, un hommage a été rendu à Ivan Fandiño et deux aficionados landais
6 rencontres avec la cavalerie dont quatre picotazos et deux piques légères
Cuadra Bonijol
Président Miguel Tellera
Deux tiers d’arènes
Ciel brumeux

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour