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Juan Bautista : "J'espère réaliser une partie de mes rêves... Car tous, ce ne sera pas possible..."

©ElTico
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Lors d'un week-end d'entraînement intense sur le sol français avant de franchir les Pyrénées à la conquête du rêve Madrilène que nourrit chaque torero, même s'il a lui même déjà atteint le Graal, Juan Bautista a sauvé la vie d'au moins quatre vaches et d'un novillo des Ganaderias Taurelle et Jalabert-Frères.

L'occasion de faire le point avec le Maestro Arlésien avant trois des dates les plus importantes de sa temporada 2017.


CorridaFrance : Tu tientes chaque année dans les élevages les plus prestigieux de la Cabaña Brava et on te retrouve traditionnellement lorsque le mois de mai arrive, chez les ganaderos Taurelle à Saint-Just, un petit village de l'Hérault. Comment expliques-tu ta fidélité à cette ganaderia ?
Juan Bautista : Tout d'abord, je remercie les ganaderos de m'appeler tous les ans pour venir tienter chez eux. C'est toujours un plaisir de venir ici. Tout d'abord pour la gentillesse de Bernard, de Magali et toute leur famille et ensuite bien sûr, pour la qualité de leur bétail. Je leur en faisais l'éloge encore récemment mais en qualité et en classe, depuis que j'ai commencé cette série de tentaderos chez eux, c'est l'un des meilleurs que j'ai fait cette année et même les années précédentes. La régularité dans la qualité de leur bétail, que ce soit les vaches ou même le novillo que j'ai tienté l'autre jour, en est même surprenante pour un élevage aussi petit.

CorridaFrance : La temporada est désormais bien lancée puisque nous sommes en pleine San Isidro. Comment cette Feria se présente-t-elle pour toi ?
Juan Bautista : San Isidro et Madrid, ce sont toujours des références de la temporada en général et de la mienne aussi par conséquent. Las Ventas est l'arène la plus importante du Monde et la plus exigeante, aussi, la plus dure. Nous en sommes à une semaine de Feria et il n'y a eu qu'une oreille de coupée. On y va toujours avec beaucoup d'envie et l'ambition de triompher mais ce n'est pas si simple que ça. Lorsqu'on y est arrivé par le passé et j'ai eu la chance d'y parvenir quelques fois, on a toujours cet objectif, cette ambition de répéter cette sensation fantastique de triompher à Madrid. Je m'y prépare du mieux que je peux. Ce sont bien sûr des corridas qui occupent beaucoup mon esprit actuellement et beaucoup de mes rêves, de tomber sur un bon toro qui me permette de mettre en place ma tauromachie, de donner de fortes émotions au public de Madrid. L'an passé, j'ai donné une faena intéressante qui m'a permis de couper une oreille et j'espère au moins rééditer ce bon moment et peut-être un triomphe comme ceux d'il y a quelques années.

CorridaFrance : Ton solo nîmois se positionne entre deux énormes rendez-vous de la San Isidro, avec le 24 mai un cartel de grande responsabilité aux côtés de Talavante et Roca Rey et le 9 juin, les Adolfo, sans parler de la Feria de Vic-Fezensac. Comment se prépare-t-on mentalement à une telle pression et n'y a t-il pas un risque de donner plus d'importance à l'un ou l'autre de ces rendez-vous ?
Juan Bautista : Tout à l'heure, je te parlais de l'importance de Madrid mais s'il y a une corrida qui occupe aussi mes nuits et mes pensées, c'est celle de Nîmes. Mais bon, il faut les prendre une par une et ce sera donc Madrid, puis Nîmes. Nîmes est une corrida très, très spéciale pour moi. C'est la réalisation d'un rêve de combattre six toros dans ces arènes. C'est quelque chose que j'ai pu me gagner en ouvrant à trois reprises la Porte des Consuls en 2016. Je suis très heureux de cette corrida qui approche, de l'engouement qu'il y a autour, de la participation de Christian Lacroix et de tout ce qui a été mis en place pour ce jour si spécial pour moi. Bien sur, après, il faudra rapidement basculer et penser à la corrida suivante puisque le lendemain de Nîmes, c'est mon retour à Vic-Fezensac, une arène qui ne m'a pas vu depuis quelques années et où je suis aussi très heureux de retourner. C'est une aficion et une demande très différente encore, auxquelles il faut s'adapter. Mais je connais son aficion et son public et c'est avec un grand plaisir que je relève ce défi. Et puis à nouveau Madrid avec les Adolfo, presqu'en clôture de la San Isidro puisque c'est une des dernières corridas. C'était une de mes envies cette année d'intégrer un des carteles de luxe de la Feria mercredi prochain, puis de montrer une autre facette de ma tauromachie avec une autre encaste, une autre façon de toréer peut-être, de pouvoir s'adapter avec un autre comportement de toro. Adolfo Martin est un élevage très important. C'est vrai qu'en quinze ou vingt jours, je vais avoir des rendez-vous très importants. Peut-être les plus importants de ma temporada avec celle de Nîmes, si spéciale pour moi. Celle qui est, en tous cas en projet, l'une des plus importantes de ma carrière. Et j'espère que le résultat fera qu'elle restera une des plus importantes de ma carrière.

CorridaFrance : Concernant ton encerrona nimoise, comment as-tu choisi les ganaderias ?
Juan Bautista : Le but était de varier les encastes, les comportements pour que ce soit avant tout intéressant pour l'aficionado. Il faut arriver à maintenir l'intérêt du début à la fin de la corrida et le fait que le torero doivent s'adapter aux comportements différents des toros d'origines différentes, est aussi source d'intérêt pour l'aficionado. Il y aura trois élevages de prestige et de garantie comme Parladé, Jandilla et Garcigrande, que je connais bien et ensuite des élevages d'encastes différents, Carmen Lorenzo, La Quinta et Pedraza de Yeltes qui fera sa présentation à Nîmes à cette occasion.

CorridaFrance : J'ai cru comprendre que tu ne souhaitais faire entrer en piste qu'un picador, pour pouvoir mettre en valeur un toro qui le mérite. J'ai entendu dire que certains qualifiaient ce choix de "détournement du règlement". Qu'as tu à leur répondre ?
Juan Bautista : Je ne crois pas que ce soit une obligation ou dans le règlement d'avoir deux picadors en piste. Nous l'avons décidé et mis en place en accord avec l'empresa et l'Elu à la Tauromachie de Nîmes. Lors des corridas concours, on ne fait rentrer également qu'un picador et à ce moment là, les aficionados qui le réclament en sont très heureux. Je pense aussi qu'il faut savoir s'adapter aux particularités de la piste. Celle de Nîmes est ovale et on voit souvent le toro partir sur le cheval de réserve et le troisième banderillero devoir donner des capotazos supplémentaires pour faire le quite. Depuis que l'on ne fait rentrer qu'un cheval en piste dans les arènes d'Arles, la lidia est beaucoup plus claire, il y a plus d'ordre en piste. Et effectivement, ça permet de mettre plus en valeur un toro qui le mérite, parce que ça permet d'améliorer sa lidia, le spectacle et de contenter l'aficion. J'ai espoir qu'un toro, peut-être bien sur celui de Pedraza mais pourquoi pas le Garcigrande, le La Quinta ou le Parladé, puisse être brave et spectaculaire au cheval. Le fait qu'il soit seul en piste permettra au cheval d'être plus mobile, de mieux se placer pour favoriser la mise en valeur du tercio de vara et du toro.

CorridaFrance : Tu as choisi de faire débuter ce jour là en temps que picador Jean-Loup Aillet. Pourquoi ce choix ?
Juan Bautista : Ca fait maintenant deux ans que Jean-Loup participe à mes entraînements, mes tentaderos, mes toros en privé. Il doit me piquer chaque année une bonne dizaine de toros et pas loin d'une cinquantaine de vaches. Il a eu le temps de faire son apprentissage. Il y a eu cette opportunité que je lui ai proposée. Il a décidé d'accepter cette proposition qui est, c'est sur, une responsabilité importante pour lui de débuter dans les arènes de Nîmes après avoir toréé deux ou trois fois seulement en public. Mais en tous cas, moi, j'ai pleinement confiance en lui et s'il a accepté, c'est qu'il s'en sent capable aussi. Je suis en tous cas très heureux qu'il soit avec moi ce jour là.

CorridaFrance : Plus généralement, comment as-tu choisi tes cuadrillas ?
Juan Bautista : Je tenais à ce qu'il y ait une cuadrilla complètement française. C'est le cas. Je l'ai choisie dans les personnes qui me sont proches en France, que je connais pour être de bons professionnels et dont je tenais à ce qu'il soient avec moi pour cette corrida si spéciale pour moi. Puis, il y a une autre cuadrilla espagnole composée de professionnels de grande expérience. Certains, à un moment donné de ma carrière, ont été à mes côtés, comme Curro Robles, Cesar Fernandez ou même Jose Maria Tejero. Et les deux picadors espagnols, Curro Sanchez et Espartaco, sont deux picadors reconnus qui vont toréer pour la première fois avec moi.

CorridaFrance : Que faut-il te souhaiter maintenant ?
Juan Bautista : Une partie de mes rêves... Car les réaliser tous, ce ne sera pas possible. Que je puisse mettre en place certaines des faenas que j'ai en tête, que ce soit à Madrid dans une semaine comme à Nîmes, dans une quinzaine de jours et à nouveau à Madrid pour la seconde fois...

CorridaFrance : Suerte Maestro !

Propos recueillis par Laurent ElTico Deloye


Voir le reportage photographique : ElTico