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Mont-de-Marsan (24/07/2016) : Alberto Lamelas, un torero de verdad...

@Roland Costedoat
@Roland Costedoat
La partie taurine des Fêtes de la Madeleine s’est terminée par une corrida de Miura. Très attendus après la très intéressante course de 2014, les toros à la devise verte et rouge ont déçu voire irrité le public qui remplissait pour la cinquième les arènes du Plumaçon.

Lot très hétérogène de présentation, sont sortis en piste des grands, des petits, des gris, des noirs des cornicortos et d’autres très armés. Par contre au plan du comportement, l’envoi a été très homogène. Ils ont tous été faibles, décastés et dangereux.
Ce ne fut pas une partie de plaisir pour les trois matadors qui, pour s’être mis devant ces « bestioles », méritent le respect.

Le premier est un petit gris qui avance à l’allure d’un escargot. Le toro entre en piste ankylosé trainant les pattes arrière. Le public demande son changement parce qu’il boite et qu’il est lymphatique. Le président prend le risque de le maintenir en piste. La colère monte sur les gradins. Robleño tente de débuter sa faena dans un climat très hostile. Le toro est totalement décasté mais son problème de train arrière s’est résolu, donc le président avait raison. Malheureusement le toro tient de moins en moins debout tant il est faible, donc le public avait raison. Comme quoi présider et assister à une corrida sont deux activités particulièrement complexes, tant le président doit se détacher de son comportement habituel d’aficionado et tant chaque spectateur a du mal à ne pas être le 6589ème président. Entre temps, Robleño a expédié les affaires courantes en estoquant quasi sans faena, le Miura de la discorde. Gros sifflets à l’arrastre et silence pour le torero.

Le deuxième est très long et envoie un coup de tête à chaque passe de cape. Très mal mis en suerte au cheval, il sort seul sans pousser. Il est manifestement faible et sa faiblesse va s’accentuer tout au long de sa présence en piste. Il finira invalide après les deux séries prudentes de Castaño. A nouveau sifflets à l’arrastre et silence pour le torero. Le toro aurait du être changé.

Alberto Lamelas, absent de Vic, a besoin de marquer un grand coup dans une arène de première catégorie. Il attend donc le troisième toro à Porta Gayola. Le Miura se comporte en manso au cheval sortant seul à deux reprises. Sur la première passe de muleta, il colle le torero. Il ne baissera jamais la tête. Lamelas essaie de construire au moins une « petite faena ». Le toro est faible et s’arrête à mi charge. En deux séries le torero va améliorer la situation et réussir à tirer au Miura une série de naturelles un peu abouties. Mais la situation est instable et la faiblesse et la mansedumbre reprennent le dessus. Si on le tire vers le bas, le toro tombe et s’il est toréé à mi hauteur, il envoie un coup de tête à la sortie de la passe. Lamelas joue sur la corde émotion avec un final très trémendiste. Il tue très mal et à nouveau sifflets pour l’arrastre et silence pour le torero.

Le quatrième est un splendide Sardo aux cornes démesurées. Il profite de son passage au Plumaçon pour en visiter tous les recoins et saute dans le callejon, heureusement sans blesser personne. Dès les premièrs lances de cape, on est dans le registre «combat de rues ». Le toro sera bien calmé par trois rencontres au cheval. Il est lui aussi faible, tardo et dangereux. Le banderillero Raul Ruiz s’expose pour poser deux très belles paires de banderilles et est invité à saluer. La faena commence par une bonne série à droite. A gauche, en plus d’être faible, le bicho envoie la tête et met en danger le torero. Avec courage Robleño s’arrime. Il n’y a pas beaucoup d’art dans cette faena, mais il y a du courage et chaque passe arrachée est une vraie prise de risque. Conscient du danger et des efforts du torero, le public l’invite à saluer malgré une mise à mort très approximative et chanceuse.

Le cinquième est gros et armé. Il traine lui aussi les pattes arrière. Après un bon tercio de piques à charge d’Alberto Sandoval, Fernando Sanchez pose une bonne paire de banderilles. Castaño cite le Miura de loin, ce qui met encore plus en évidence la faiblesse du toro. Ce dernier se défend sur place et met en permanence le torero en danger. Tauromachie à l’ancienne pour une faena faite de passes courtes, Castaño est en permanence sur ses gardes. Il arrache quelques passes à droite et à gauche. Il tue malheureusement mal. Est il possible de faire mieux compte tenu du danger ? A nouveau silence pour le torero et sifflets pour le toro.

Obstiné comme il n’est pas permis, Lamelas attend à nouveau son adversaire à Porta Gayola. Cela passe juste, mais cela passe. Le Miura est un negro très charpenté. Le torero, porté par le public, donne une superbe série de véroniques tout en se faisant entraîner par le toro vers les tablas. Sur la passe de trop, après avoir rématé, il se fait prendre spectaculairement. Le public crie « torero, torero » quand en sang, groggy le protégé de Roberto Pilès revient au combat. Le toro est lui aussi faible d’autant qu’il a été piqué « sévèrement ». L’animal est compliqué, dangereux. Qu’importe, Lamelas veut vaincre. Il arrache, porté par le public, chaque passe en s’exposant au maximum. Il ne recule pas et arrive à faire une série normale à droite. Le toro est impossible à gauche. Il y a du danger en piste et de l’émotion sur les gradins comme nous l’avions vécu à Vic avec Cantinilllo de Dolorès Aguirre. Malgré le risque Alberto Lamelas s’engage pour une entière en place. Le public debout demande et obtient une oreille pour le monstre de courage qu’est ce torero. Des « torero, torero » jaillissent des gradins lors de sa vuelta. C’est sous une formidable ovation qu’il quitte le ruedo avant de rejoindre l’hôpital de Mont de Marsan. .

Les deux toreros sont aussi respectueusement applaudis par le public à leur départ des arènes. Si on prend du recul, nous avons assisté à une Miurada avec tous les défauts de ce type de course et aussi les grands moments d’émotion que ces combats peuvent créer. Dommage qu’ils aient manqué de force. Mais s’ils en avaient eu, auraient ils été toréables ? Inutile de vouloir revivre en vidéo ou refaire en d’interminables discussions, le combat de Lamelas et Estanquero. Il y manquera forcément l’émotion partagée par les 7000 personnes présentes aux arènes du Plumaçon.

Fiche technique :
Arènes de Mont de Marsan, cinquième corrida des Fêtes de la Madeleine 2016
6 toros de Miura diversement présentés, de faibles à très faibles, tous decastés pour

Fernando Robleño : silence, salut
Javier Castaño : silence, silence après un avis
Alberto Lamelas : silence : une oreille

Alberto Lamelas a été conduit à l’hôpital après la corrida
Lleno


Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Roland Costedoat