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Mont-de-Marsan (20/07/2016) : Roca Rey triomphe aussi à Mont de Marsan...

@Roland Costedoat
@Roland Costedoat
Les Fêtes de la Madeleine 2016 commencent par le cartel le plus attractif. Il s’agit du match aller de la compétition entre El Juli, Lopez Simon et Roca Rey, le retour étant programmé à Dax en Août. Le vainqueur de cette première manche a été incontestablement le jeune torero péruvien.

Côté bétail, six toros d’Alcurrucen, avec cette ganaderia on a soit de grands toros (Madrid 2015 et 2016) ou des toros très ordinaires comme ce jour à Mont de Marsan. Inégaux de présentation et de morphologie, ils ont été discrets au cheval. A la muleta, ils ont manqué de fond. Un peu de faiblesse, un peu de noblesse, un peu de genio, un peu tardo, sans être mauvais, ils n’ont jamais été ni vraiment collaborateurs ni vraiment adversaires. Le meilleur a été le quatrième, noble et qui répétait en début de faena. Le moins bon a été le manso décasté sorti en dernier.

Absent en 2015, El Juli a connu un retour difficile sur le sable du Plumaçon. Le premier est gordito. Il est juste de force. Il prend une pique carioquée à la sortie du patio de caballos et deux picotazos dont il sort seul. Début de faena par des doblones, en douceur, El Juli enchaîne avec une bonne série de derechazos puis une seconde, un ton en dessous. Le toro a une charge rapide et brusque au démarrage qui se ralentit très vite. A gauche, il est moins clair et les naturelles sont très inégales, le torero ne se croisant vraiment que sur la première passe Retour à droite, le toro devient tardo, et transmet peu. La fin de faena manque d’émotion et d’intérêt. El Juli s’engage dans son style habituel pour tuer. Alors que le matador est décalé pour enfoncer l’épée, le toro fait un écart et l’estocade résulte très, très basse. Quelques sifflets fusent dans le public.

Le second est bien fait et plus léger que le premier. Au capote, il est compliqué à gauche. Bien piqué lors de la première rencontre il ne pousse pas, même scénario à la seconde. Il est noble et tardo. Lopez Simon le double pour l’amener des tablas au centre. Le torero enchaîne avec beaucoup d’élégance et de relâchement des deux côtés même si le toro est plus compliqué à gauche. Il y a beaucoup de « classe » et d’inspiration dans la manière de dessiner les passes chez le madrilène. Sa manière de courir la main est vraiment superbe. La fin de faena en réduisant les terrains est plus trémendiste qu’artistique. Un pinchazo, une entière en avant et la maladresse du puntillero prive Lopez Simon d’un trophée. Il se contente de saluer au tiers.

Roca Rey est le torero en forme du moment. Il triomphe partout où il passe. Il ne laissera pas passer l’occasion de la faire au Plumaçon. Son premier toro est haut et léger. Il est handicapé du train arrière. La présidence le maintient en piste malgré la pression du public qui voudrait le voir remplacer. Handicapé jusqu’au bout, heureusement qu’il avait en face de lui un torero qui ferait passer dans sa muleta même une statue de Botero. L’Alcurrucen prend deux picotazos. Roca Rey frise la correctionnelle en se faisant accrocher sur un quite au capote. Après avoir brindé le toro au public, le péruvien commence sa faena par des cambiadas extrêmement serrées. Il construit la faena obligeant le toro à passer là où il ne veut pas passer (par manque de noblesse) ou ne peut pas passer (par manque de force). Le torero est très dominateur. Il est aussi « gonflé « car même mis en danger, il ne recule pas. Il est aussi show man avec une vraie capacité à connecter avec les spectateurs donnant au bon moment la passe inspirée qui porte sur le public. Avec l’épée, il utilise avec efficacité l’héritage d’Ordonnez et coupe deux oreilles. La deuxième peut être discutée compte tenu du handicap du toro.

Le quatrième a une robe marron et blanche, avec une tête bicolore qui va donner du fil à retorde aux spécialistes pour la décrire. El Juli veut manifestement répondre au défi lancé par son cadet. Ente deux picotazos, il nous gratifie d’un magnifique quite par chicuelinas. Le toro est noble et répète bien dans la muleta. Les séries à droite sont données avec beaucoup de sincérité et domination, à gauche le torero se croise moins. Le toro devient de plus en plus soso. La faena baisse en intensité et les dernières séries sont profilées. Nouvel échec à l’épée, la première estocade est même atravesada.

Le cinquième est le mieux armé du lot. Reçu avec élégance par Lopez Simon, il sort seul de deux picotazos. Bien doublé, il vient bien à droite. Comme au premier, le madrilène torée sur cette corne avec beaucoup de classe, il court la main avec élégance et efficacité. A gauche le toro est moins clair. En fin de faena, l’Alcurrucen se décompose et les dernières passes, sur un registre plus trémendiste, porte surtout sur le public. La mise à mort est laborieuse et est conclue par un descabello après une série de pinchazos (sic).

Le dernier est un manso décasté .Il prend une pique carioquée à la sortie du patio puis un picotazo dont il sort seul. Le toro manque de race, il a un comportement « bizarre » ne chargeant pas ou le faisant à contretemps. Roca Rey le teste sur une série à droite puis à gauche. Il finit par l’obliger à passer et prend le dessus sur l’animal. L’Alcurrucen ne le supporte pas et démissionne en partant vers les tablas. Honnête mais prudent, Roca Rey termine la faena dans le terrain des planches et conclue en s’engageant pour une estocade entière et légèrement caïda.


Fiche technique :
Arènes de Mont de Marsan : 1ère corrida des Fêtes de la Madeleine
6 toros d’Alcurrucen inégaux de présentation et de comportement pour

El Juli : quelques sifflets, silence
Alberto Lopez Simon : salut au tiers, silence
Andres Roca Rey : deux oreilles, silence

Temps couvert, éclairage artificiel au troisième
9/10ème d’arènes

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Roland Costedoat