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Saint-Sever (26/06/2016) : France-Espagne match nul, trois oreilles partout...

@Philippe Latour
@Philippe Latour
Pendant l’Euro, les arènes sont toujours ouvertes. Après La Brède, hier, c’est à Saint Sever que se déroulait dans le Sud Ouest, une corrida. Cartel de luxe pour redonner du cachet au spectacle taurin des fêtes locales, défilent au paseo Sebastien Castella et José Garrido. Ce match franco-espagnol a été arbitré par des toros de la ganaderia El Pilar.

Souvent en difficulté cette temporada, cette ganaderia (origine Aldanueva) a probablement sorti son meilleur lot depuis le début de la saison. Inégaux de présentation mais correctement armés, ils ont été justes de forces. Ils n’ont pris que 6 piques, Mais économisés et toréés à mi hauteur, ils ont tenu, donné du jeu, permis aux toreros de s’exprimer et aux spectateurs présents sur les gradins de passer une agréable après-midi. Débuté comme un match amical, le mano à mano a pris une autre dimension après la seconde faena de Garrido. Le torero espagnol a décidé de jouer l’affrontement des styles en toréant de loin et en allongeant les passes, obligeant le français à ouvrir le jeu avec un excellent début de faena « à la Castella » à son dernier toro. Pour ne pas rester en reste, José Garrido a tout fait pour égaliser dans les dernières minutes. Et comme en tauromachie, il n’y a pas de prolongation, les deux e aequo sont sortis ensemble à hombros par la porte principale des arènes de Saint-Sever.

Le premier toro d’El Pilar, typé Aldanueva, pousse un peu sous le fer de Gabin Rehabi. Le toro est faible et ne pourra pas supporter de trop longues séries. Sebastien Castella réalise avec ce toro, une faena qui manque de transmission par la faute du bicho qui manque de forces et du torero qui est souvent marginal. En bon professionnel, le français parsème son ouvrage de détails qui rappellent qu’il est un des leaders de l’escalafon. Mais le toro se décompose et la faena va à menos. Pour conclure cette faena d’échauffement, le biterrois connait quelques soucis avec l’épée et le descabello, avis et silence.

Le second toro est un berrendo plus léger mais playero. Bien piqué, il pousse face au cheval. Il manque un peu de forces et fléchit parfois quand José Garrido l’oblige trop par le bas. Il est noble et plutôt collaborateur, ce qui permet au torero d’enchaîner quelques bonnes séries à droite. La faena est agréable à voir, mais manque d’émotion d’autant que le toro baisse de ton quand le torero commence à l’entreprendre à gauche. Comme son compagnon de cartel, Garrido a des problèmes de réglage avec les aciers.

Après ce round d’observation, l’intensité va monter d’un cran avec la sortie du troisième. Bien présenté, le Pilar pousse avec bravoure lors de la première pique, il est dommage qu’il n’ait pas été mis en suerte une seconde fois. Sebastien Castella le double avec fermeté après avoir commencé la faena appuyé au ras des planches. Le toro a de la caste et de la noblesse, il manque juste un peu de forces. Il répond sans naïveté aux sollicitations du torero. Très vite, le torero lui impose une lidia sur un petit périmètre. La caste du toro l’oblige à s’investir dans cette faena, mais il aurait probablement pu mieux s’exprimer dans des séries cités de loin et lui donnant plus d’air entre les passes. Castella est un pro, il maîtrise son sujet et le travail est bien fait mais il n’exploite qu’une partie des qualités de son adversaire. Après un pinchazo, il tue d’une entière tombée, rapide d’effet, et coupe la première oreille. L’arrastre est applaudie.

La compétition est lancée et Garrido relève le défi après le remplacement du quatrième (corne cassée dans le toril) par un exemplaire du même fer. En sport, les entraineurs poussent leurs équipes à adapter leur jeu à celui de l’adversaire. Le torero espagnol lui choisit de jouer avec son propre style. Il est aidé en cela par un Pilar faible mais noble qui s’avèrera un bon coéquipier. Le torero enchaîne des séries en se croisant, allongeant les passes, ce qui a pour effet d’allonger la charge du toro. Le toro a les yeux qui se tournent souvent vers les planches, mais toréé avec autorité, il résistera à l’appel des tablas. Final dans le style Castella, passes en rond et terrains réduits (doit on y voir un clin d’œil ?). Après une préparation un peu laborieuse, Garrido tente et réussit une belle estocade a recibir. Le public, qui a vraiment commencé à vibrer lors de cette faena, demande et obtient un trophée pour le jeune torero et le fête chaleureusement lors de sa vuelta.

Castella ne veut pas s’avouer vaincu. Il veut prendre le leadership vis-à-vis de son compagnon de cartel. Le cinquième toro, léger, est faible, distrait et semble manso. Le biterrois prend les choses en main, accélère les opérations en écourtant le tercio de banderilles. Il veut marquer son territoire avant que le toro ne se décompose. On retrouve en début de faena le toreo caractéristique de Castella. Face à un adversaire plus naïf que noble, il déroule sa méthode et les premières séries sont du grand art. La fin de faena est un peu en dessous parce que le Pilar a des moyens physiques et un moral limité. Il n’a existé que parce que son torero, surtout en début de faena, l’a fait exister. Adornos dans le style et l’épée entière et habile fait rapidement effet. La présidence sort les deux mouchoirs.

Avant la sortie du dernier, Castella mène trois à un. Garrido joue son va-tout pour égaliser. Il brinde à la Peña Al Violin qui l’a souvent accompagné dans sa campagne de novillero et qui a su, ce jour, se mettre au diapason et rester dans le tempo des faenas. Dans une sorte de hourra-tauromachie, il entreprend le toro dans passes de rodillas où il se met en danger mais où il ne cède pas. Le « El Pilar » n’est pas d’une grande noblesse, il faut toute l’abnégation du torero pour construire une bonne faena sincère et de bonne facture. On est encore dans la hourra tauromachie dans les séries risquées et très trémendistes qui concluent la faena et précèdent une estocade entière efficace. La présidence accorde deux oreilles et José Garrido rejoint au score et sur les épaules des capitalistes locaux Sébastien Castella pour une sortie par la Porte Principale des arènes du Cap de Gascogne.

Fiche technique :
Arènes de Saint Sever, corrida des Fêtes de la Saint Jean
6 toros d’El Pilar, inégaux de présentation, justes de forces mais qui ont donné du jeu, meilleur le troisième. Le quatrième, corne cassée dans les chiqueros a été remplacé par un exemplaire du même fer pour :

Sebastien Castella : un avis et silence, une oreille, deux oreilles
José Garrido : silence, une oreille, deux oreilles

6 piques (cavalerie Bonijol)
Sobresaliente : Jérémy Banti
8/10 ème d’arènes

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour