Istres (19/06/2016 - tarde) : Apothéose en Istres ; huit oreilles et deux queues pour le nouveau chef d'Oeuvre d'Enrique Ponce...

  • Imprimer

@ElTico
@ElTico
La Feria d'Istres 2016 s'est achevée sur un final d'Apothéose, une corrida historique au terme de laquelle le Maestro Enrique Ponce est sorti sur les épaules des siens par la Grande Porte des Arènes du Palio après avoir coupé huit oreilles et deux queues, trois de ces trophées étant symboliques.

Le triomphe d'un torero d'époque, sans aucun doute. Mais aussi celui d'un organisateur qui aura su obtenir la confiance d'un Maestro aux vingt-sept années d'alternative, dont une dizaine passées au premier rang de l'escalafon pour le convaincre que sa prestigieuse carrière pouvait s'auréoler d'une nouvelle étoile au firmament des arènes d'Istres. Car ne nous y trompons pas, cette affiche dont j'écrivais au mois de janvier qu'elle portait la "griffe, le coup de patte", sinon de Génie de Bernard Carbuccia (Bernard Marsella) était minutieusement préparée et ne pouvait se terminer autrement que sur un Triomphe majuscule. Et même si le Mistral s'était finalement invité à cette grande fête, il semble que rien ne pouvait contrarier la montée en puissance inexorable des arènes du Palio et de leur impresario.
Après la décevante matinale de ce dimanche de clôture, l'Aficion en a repris pour quelques années par la grâce du Maestro Ponce et d'une tarde entrée désormais dans l'Histoire...

Laurent Deloye ElTico


La chronique d'Alexandre Guglielmet :

Enrique Ponce n'eut pas l'occasion de briller lors de la réception du premier, le vent gênant considérablement le maestro. Il conduisit son
Domecq pour une unique rencontre au groupe équestre. Face à un animal de bon son, sa faena fut un modèle du genre. Dans un ensemble rondement mené, il édita un trasteo très pur, fait de séries parfaitement dessinées, pleines de maestria. Des détails somptueux vinrent également vernir un peu plus cette magnifique prestation. Il paracheva son oeuvre par une entière suivie d'un coup de verdugo. (Grosse) Oreille...

La second de la tarde prit trois rations de fer. La première en manso, la deuxième avec force et la troisième quelconque. Entame de muleta par
des doblones somptueux dont il a le secret. Il n'en fallait pas plus pour que l'espagnol ne trouve le bon sitio et le bon tempo à adopter à
ce noble bicho. Il réalisa une prestation aboutie, dessinant des séries très a gusto agrémentant le tout par des changements de main d'un autre monde. Sa prestation culmina lors d'une série de derechazos embarquant parfaitement son adversaire, faisant ainsi rugir de profonds olés des tribunes. Oreille.

Face au troisième, un très bon collaborateur de Juan Pedro Domecq, le maestro de Chivas orchestra une partition frôlant la perfection. Sous la musique du film "1492 : Christophe Colomb", il embarqua son astado dans un récital de muletazos harmonieux et templés d'une grande amplitude émotionnelle. Il termina cette symphonie tauromachique emplie d'intensité par des passes aidées par le haut a gusto avant de loger un recibir d'effet immédiat. Deux oreilles et la queue et vuelta posthume au toro.

Le quatrième de la tarde du fer de Cuvillo ne reçut qu'une unique ration de fer. Ponce ne laissa pas passer l'occasion de briller une fois de plus devant un adversaire répondant à chaque sollicitation. Il livra une fois de plus une prestation mêlant classe, toreria et pureté, faisant lever à plusieurs reprises les tendidos. Il orna le tout par des poncinas et circulaires d'une longueur infinie. Sous la forte pression du public la présidence accorda la grâce de ce brave exemplaire. Il exécuta un recibir symbolique sous les "Torero Torero" d'un public chavirant de bonheur. Deux oreilles et la queue symboliques et grâce au toro.

Changé et habillé en smoking, il salua le cinquième par une larga de rodilla, enchaînant par de soigneuses veroniques avant de le conduire
pour une seule puya. Dès l'entame de faena, le toro perdit les mains accusant de la faiblesse. Ponce montra toute sa science du toreo pour tirer le meilleur de ce Domecq. Dans une muleta douce il gratifia le public de séquences parfaites tout en rondeur. Il régala les tendidos en fin de faena par une tanda très pure, sur la main droite sans épée. Il logea une entière caida d'effet rapide libérant une autre oreille du palco. Oreille.

Ponce accueillit l'ultime de son encerrona, un Cuvillo, par veroniques avant de le conduire pour une unique rencontre au lancier. Début de faena par doblones ajustés, avant de servir une faena de bonne facture mais qui alla a menos, le toro baissant de pied au fil des séries. Il eut tout de même le temps de livrer des passages emplis d'inspiration et de sensibilité. Il estoqua d'une entière tombée d'effet lent suivi de deux coups de descabellos. Oreille.

Arènes du Palio d'Istres
3 toros de Juan Pedro Domecq (1, 3, 5) et 3 de Nunez del Cuvillo (2, 4, 6).
Quasi plein
Temps venteux
Durée : 3h

Enrique Ponce : Oreille / Oreille / Deux oreilles et la queue / Deux oreilles et la queue symboliques / Oreille / Oreille.

Le toro sortit en quatrième position de Nunez del Cuvillo, de nom "Esparaguero", numéro 20 et né en novembre 2011 fut gracié.
Le toro sortit en troisième position de Juan Pedro Domecq, de nom "Navegante", de numéro 79, né en février 2012 fut primé d'une vuelta posthume.
David Saleri et Jeremy Banti officiaient en tant que sobresaliente.

Alexandre Guglielmet


Voir le reportage photographique : ElTico