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Parentis (03/10/2021) : une oreille pour Adam Samira et Solalito...

Visuel Parentis 03102021Avec une rigueur quasi scientifique, les organisateurs parentissois avaient programmé, ce dimanche, une après-midi pluvieuse pour tester la nouvelle couverture de leurs arènes. L’essai a été concluant, elle est très efficace.Fréquentation inférieure à celle de la veille, les conditions de circulation n’étaient pour vous inciter à prendre votre voiture et puis il y a des habitudes à changer. Parentis est maintenant une arène « tous temps ».

Après le bon lot de Los Maños de la veille, c’est un desafio entre deux élevages français (Margé et Fernay) qui était proposé. Correctement présentés, avec des armures respectables,, les novillos des deux fers ont tous été justes de forces et, à l’exception des quatrième et cinquième, ont en général manqué de fond et de race,.
De par cette faiblesse et à cause de premiers puyazos trop appuyés, il n’y a eu que huit piques. On est loin de l’identité parentissoise ; Sans vouloir copier le passé, c’est un problème sur lesquels la nouvelle équipe devra se pencher. A eux de trouver un juste équilibre entre brillant et sérieux, il faudra dans un premier temps inciter les piqueros à piquer moins ( et à l’endroit) à la première rencontre.
Carlos Olsina, souvent brouillon avec la muleta, a connu une après-midi « sans » quand il s’est agi de tuer.
Adam Samira a coupé une oreille grâce à un bon coup d’épée après une faena, au cinquième, appliquée mais en dessous de potentiel du novillo.
Solalito a touché le moins bon lot et a construit les deux meilleures faenas .Ces faenas très différentes, car avec des utreros très différents, ont mis en évidence les progrès en technique du jeune nîmois et la maturité acquise après quelques novilladas.

Le premier (Margé) haut, léger et bien armé, est typé Cebada Gago comme le seront les deux autres de cet élevage. Il est suelto et a tendance à sauter dans le capote que lui présente Carlos Olsina. Il part seul au cheval pour la première rencontre et pousse. Lors de la seconde, il pousse encore mais sur une seule corne. Le Margé est blendo et « bramaire ». Carlos le double puis prend la main droite. Le novillo répond au cite mais avec une certaine violence et s’arrête à mi-passe. Le biterrois n’arrive ni à allonger cette charge, ni à imposer son autorité. Le Margé l’accroche ce qui lui vaudra un passage à l’infirmerie entre ses deux toros. Olsina arrive à canaliser le bicho pour une cinquième série à droite, la plus intéressante de la faena. Final par manoletinas, le novillo est difficile à fixer et cadrer. Silence après deux pinchazos et une entière tombée et en avant.

Le second (Fernay) est bien présenté et très bien armé. Sans être mis en suerte, il surprend torero et piquero prenant un puyazo contre les planches en poussant par intermittence. A la sortie de cette rencontre, le novillo marque très nettement le coup et Adam Samira demande le changement de tiers. Après avoir brindé au public, l’arlésien le double. Le novillo est tardo, il vient fort et se retourne vite lors de la première série à droite. Lors de la seconde, il met mieux la tête puis il va à menos. Les deux séries suivantes (derechazos puis naturelles) sont méritoires mais le toro manque de race et finit par partir aux planches. Une entière en avant s’avère suffisante et torero salue au tiers.

Le troisième, Margé, un joli colorado ; est applaudi à son entrée en piste.il se freine dans le capote de Solalito qui réussit à le fixer au centre du ruedo. Très bien piqué, il prend un seul puyazo sans vraiment s’investir. Après avoir banderillé avec élégance, sincérité et efficacité, Solal brinde à Titouan Daudignon et Richard Campistron les présidents de la CTEM de Parentis. Début de faena, dans le terrain des planches, la main sur le haut des talanquères, le novillo est suelto. Le torero l’amène au centre du ruedo. Il lie alors une très belle série de derechazos, templés, main basse, le corps relâché. A la fin de la série, le Margé part aux planches. Solal avec autorité le ramène au milieu de la piste et lie à nouveau une très belle série à droite. Nouvelle fuite aux tablas, nouvelle remise en suerte au centre, Solal enchaîne de très belles naturelles. Ce scénario va se produire à plusieurs reprises tout au long de la faena. Solal fait preuve d’une très grande maturité torera, d’une autorité réelle qu’il arrive à corréler avec un vrai sens artistique. Il confirme ainsi ses bonnes prestations réalisées depuis le début de ce qui est sa première vraie saison en piquée. Final par luquesinas dans les tablas, la mise à mort est laborieuse et le gardois doit se contenter de saluer au centre.

Le quatrième (Fernay) bien fait mais léger met la tête sans humilier dans la cape de Carlos Olsina. Il prend en poussant une première (et seule) pique. Il chahute le jeune biterrois qui réalise un quite à la sortie de cette rencontre. Brindis à Richard Milian, cité de loin le novillo vient bien pour une première série à droite. Le toro est noble, répète et offre des options au torero. Olsina a du mal à structurer une faena à la hauteur des possibilités. L’ensemble est méritoire mais souvent marginal et parfois brouillon. Final par passe inversé , la mise à mort est très laborieuse, silence pour le torero.

Le cinquième est un superbe cardeño claro lui aussi très typé Cebada Gago. Dès sa sortie, il montre des signes de faiblesse. Il est économisé au cheval, une seule pique légère prise en poussant. Mathieu Guillon salue à nouveau après deux très bonnes paires de banderilles. Le novillo est très noble. Il manque de forces mais a beaucoup de classe. Adam Samira construit une faena méritoire, appliquée mais qui n’utilise pas tout le potentiel du toro. Il enlève trop vite la muleta, ne se croise pas toujours. Le jeune arlésien est en net progrès depuis sa prestation montoise de fin Août mais il y a encore des scories dans sa manière de toréer sur lesquelles il devra travailler pour les éliminer. Il alterne des passages intéressants avec d’autres plus marginaux ou brouillons ; Il reste en dessous du potentiel de son adversaire. Après un très bon coup d’épée et une mort quelque peu théâtralisée (attention tous les publics ne seront pas aussi patients que celui de Parentis), le jeune arlésien coupe la première oreille de cette tarde.

Le dernier (Fernay) est le plus toro de la course. Il en impose physiquement mais s’endort sous la pique lors de ses deux rencontres avec le groupe équestre. A nouveau très bon tercio de banderilles à charge du maestro, le dernier quiebro avec sortie entre les planches et le toro est superbe. Le Fernay est juste de force, a une charge courte et demande les papiers. Il est de ceux devant lesquels certains baissent les bras ou perdent du terrain. Avec une certaine maîtrise, et un vrai courage, Solal a construit une faena encimiste, sur un terrain réduit. il a tiré tout de ce qui pouvait être tiré du novillo. C’est professionnel, propre et finalement assez dominateur. Ce qui est intéressant, plus que la faena et les deux tauromachies mises en œuvre par le nîmois à Parentis, c’est sa capacité à s’adapter, à dominer des adversaires très différents et les détails artistiques entrevus au premier. L’épée, un tiers de lame, est efficace et suffisante. Solalito coupe une oreille amplement méritée.

Ainsi se termine une intéressante Féria Parentissoise 2021, il y a des choses à améliorer (dont les tercios de piques) mais le bilan est très positif. Rendez vous pour la Saint Bertomiu en Août 2022 et pourquoi pas pour une ou deux courses en Octobre.

Fiche technique :
Arènes de Parentis, seconde corrida de la Féria 2021
Trois toros de Margé (1er, 3ème, 5ème) et trois Fernay, intéressant le quatrième (Fernay), noble et le cinquième (Margé), avec de la caste mais juste de forces , les autres manquant de forces et de race pour

Carlos Olsina : silence, silence
Adam Samira : salut au tiers, une oreille
Solalito : salut au tiers, une oreille

Salut de Mathieu Guillon au cinquième
Huit piques
Cuadra Bonijol
Président : Lionel Lohiague
Plus d’une demi-arène
Pluies et éclaircies à l’extérieur


Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Matthieu Saubion