Captieux (18/09/2021) : météo pluvieuse et Fiesta Campera radieuse...

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Visuel Captieux 18092021 8A Nîmes, on disait « jadis » que les divinités (‘de toute sorte) étaient aficionadas et qu’il faisait beau, même les jours de tempêtes, à l’heure des toros. Il semble que la Gironde bénéficie des mêmes privilèges que la cité gardoise. Il a plu, et parfois de manière orageuse, de matin jusqu’à 16h12 ; Et puis miracle, le soleil arrive et la Fiesta Campera de Captieux, qui semblait vouée à l’annulation, peut avoir lieu.

Et le ciel, pour une fois bien éduqué, aura la correction de nous préserver de la pluie jusqu’au quatrième novillo. Mais il est fort probable qu’il ne s’agissait alors non pas d’une pluie naturelle. C’était en fait, comme dans les yeux de beaucoup des personnes présentes des larmes d’émotion Emotion provoquée par l’indulto du très grand troisième novillo. Indulto qui ne relève pas du hasard ou du miracle, En Espagnol « la espera » c’est l’attente, et esperar l’espoir. Depuis le début de la saison cet élevage accumule les succès dans toutes les arènes du Sud-ouest. Cette réussite est le fruit du travail de Jean François Majesté et de l’équipe qui l’entoure. On avait déjà évoqué l’indulto pour le grand novillo sorti en seconde position à Dax. Ce qui se pressentait depuis le début de temporada est arrivé ce samedi sur le sable des arènes capsylvaines. D’habitude, je reste assez froid quand j’assiste à un indulto, là je me suis surpris à, comme le ciel, avoir les yeux mouillés.
Les nombreux, compte tenu de la météo, spactateurs, sont sortis avec le sourire aux lèvres des arènes Stéphane le président de Rugby y Toros était aux anges et une course qui a failli ne pas avoir lieu se terminait dans l’euphorie. De quoi redonner du moral aux organisateurs et aux aficionados.

Le premier novillo, ganaderia Alma Serena, est un joli colorado. Il met bien la tête dans la muleta de Thomas Dufau. Un peu juste de forces et tardo, il pousse au cheval mais est en définitive peu piqué. Début de faena par le haut, le novillo est noble, a de la race mais sa faiblesse limite les possibilités. Après deux séries à droite, très bonne la seconde, le landais prend la main gauche pour une série de naturelles relâchées et élégantes .Les suivantes, de face, sont les meilleures de la faena. Malheureusement la faiblesse du novillo ne lui permet pas de supporter des séries plus longues et surtout données en baissant la main. Dufau réduit les terrains et termine par des luquesinas. Il s’engage pour une demi-épée qui nécessite l’usage du descabello. ; Comme à Dax, il connait quelques difficultés avec cet instrument. Comme à Rion, il n’ya pas de présidence et c’est d’un commun accord que professionnel et public invitent le torero landais à saluer au tiers.

Le second (Alma Serena) est un joli novillo negro Dès les premiers capotazos de Dorian Canton, il se comporte avec noblesse et une certaine alegria. La noblesse, l’envie de charger il va les conserver. Par contre, il va perdre son énergie au cheval. Monopiqué, il aura du mal à se remettre d’une pique trasera. Tout au long de la faena, il fléchira, voire tombera, plusieurs fois. Noble, il montrera une envie de chargée mais ne se livrera jamais vraiment comme s’il avait mal à chaque fois qu’il chargeait. Avec intelligence, Dorian Canton va l’aider à avance sans trop l’obliger. Le meilleur moment de la faena sera la troisième série, la seconde à gauche, et la suivante à droite ; Le novillo ne permet pas plus et après une tentative à droite et une belle sérié d’adorños par bernadinas, le béarnais conclut sa faena par une bonne épée entière très rapide d’effet. Public et professionnels lui accordent deux oreilles ;

Le troisième humilie, avec noblesse, dès les premiers capotazos de Yon Lamothe. Bien mis en suerte, et bien piqué par Laurent langlois, il prend un très sérieux premier puyazo en mettant les reins et en poussant. Placé loin, il charge avec alegria et caste pour une seconde rencontre plus légère. Le novillo répond avec beaucoup de caste et de race quand Yon le sollicite pour un quite. Toro et torero se rencontre pour nous offrir un excellent instant . Je me surprends à dire à mon voisin «  j’ai l’impression qu’on va voir quelque chose de très bien ». Il m’arrive de me tromper mais pour une fois la suite des évènements va me donner raison. Début de faena par derechazos de rodillas, le novillo répond avec alegria et permet au novillero de prolonger cette sérié au-delà des deux ou trois muletazos traditionnels. Yon prend la main gauche, le novillo répond au moindre toque, humilie, se replace prèt à répondre à nouveau à la moindre sollicitation. Le bicho a beaucoup de fixité et de race. Le novillero prend un plaisir évident à toréer. La première série à droite est excellente alliant temple, sincérité et élégance. Petit bémol, le novillero cite à mi distance, La quatrième série, citée avec plus de distance, montre que le novillo répond avec une superbe arrancade de loin. La classe et la caste du toro sont telles qu’il supporte et brille même cité de plus en plus près. Il prend muletazos après muletazos sans jamais baisser de rythme. Le novillero prolonge la faena, s’adorne dans de longues séries, y compris de rodillas, et aurait probablement pu toréer jusqu’à la tombée de la nuit. Il devient évident que ce toro, origine Jandilla x Victoriano del Rio, demi frère de l’excellent second de Dax, doit retourner au campo pour devenir un semental. Yon délaisse l’épée et simule l’estocade avec une banderille. Le public est debout et les yeux, même des grands gaillards robustes ou blasés, laissent couler quelques larmes. Le toro remonte sans problème dans le camion, ce qui est la preuve qu’il avait encore pleins de muletazos s à nous offrir. Vuelta émouvante du toreo et du ganadero, Stéphane, pris lui aussi par l’émotion, oublie d’’annoncer ,qu’à l’unanimité, le public, les professionnels et le revistero de Corridafrance accordent les deux oreilles et la queue symboliques à un torero qui a su mettre en évidence ce grand novillo, prendre du plaisir à toréer et nous transmettre ce plaisir.

Le quatrième, La Espera, est un superbe novillo avec du trapio et du bois. Il est de ceux, dont on dit, qu’il en sort des moins costauds lors de certaines corridas. Face à lui, un novillero, Clément Hargoux, qui n’a pas encore fait ses débuts en piquée. Avec courage, il reçoit à la cape un novillo qui manifestement à de la caste mais exige beaucoup du torero. Quelques gouttes de pluie n’auront pas raison de son courage. Il met en suerte le novillo qui prend, en poussant deux bons puyazos. Au début de faena, le bicho est tardo, un peu violent et nécessite que le novillero se croise vraiment. Ce que fait avec application Clément, le bicho apprend à passer et va à mas. Sur les deux séries suivantes, une sur chaque corne, le novillero pèse sur un bicho en l’obligeant et en enchaînant les muletazos. Il met ainsi en évidence les qualités et la complexité du toro ainsi que son envie de toréer et son courage. Par la suite, cela devient compliqué pour un torero en début de carrière. Le bicho aurait nécessité une muleta plus pesta mais chapeau à Clément qui fera face aux difficultés et qui, aura grandi dans sa tauromachie, grâce à sa rencontre avec ce toro encasté et qui demandait les papiers. Public et professionnels reconnaissants lui accorde une oreille qui même si elle de « Fiesta Campera » est de poids.


Encore bravo et merci aux ganaderos et toreros pour ce très bon moment taurin. Et standing ovation aux organisateurs pour avoir su dompter une météo plus que mansa pour nous offrir une très belle journée. Dans le très agréable cadre de l’airial des arènes Jean Sango, et malgré une météo plus britannique qu’andalouse, se sont enchaînés de très bons moments depuis l’intéressante conférence matinale sur les traditions gasconnes et leur transmission, en passant sur le traditionnel repas animé avec talent par l’Harmonie du Biniou d’Oney jusqu’à cette fiesta campera qui marquera l’histoire capsylvaine. A l’an prochain, en Juin, pour la Féria 2022 en espérant la fin des restrictions sanitaires et une météo, si ce n’est andalouse, du moins girondine.


Fiche Technique : Arènes de Captieux, fiesta campera
Deux novillos d’Alma Serena (1er et 2nd) et de l’Espera (3ème et 4ème), le troisième exceptionnel dans les trois tercios a été indulté :
Thomas Dufau : salut au tiers
Dorian Canton : deux oreilles
Yon Lamothe : deux oreilles et la queue symboliques
Clément Hargous : une oreille

Six piques, piqueros Jean Loup Aillet et Laurent Langlois
Cavalerie Bonijol
Belle entrée
Journée pluvieuse sauf pendant la Fiesta Campera

Thierry Reboul

 

Photographies : Nicolas Couffignal

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