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Bayonne (04/09/2021 - tarde) : la corrida des six...

Visuel Bayonne 04092021TIl est un point de règlement qui a été appliqué avec rigueur lors de la corrida de ce soir à Bayonne. C’est celui qui précise que la première oreille est accordée si la pétition émanant du public est majoritaire. En conséquence pas moins de quatre trophées ont été accordés.

Sur les quatre, seules les deux derniers sont justifiés car ils viennent récompenser deux très bons coups d’épée. Et, paradoxe, les dieux toreros les plus méritants (De Aranda et Campos) sont ceux qui sont repartis les mains vides.
Desafio de toreros avec six matadors à l’affiche, mais aussi desafio de toros avec 3 exemplaires du Conde de Mayalde (Domecq X Conteras) et trois de Fraile de Valdefresno (Lisardo Sanchez, Atanasio Fernandez).
Correctement présentés, parfois braves au cheval, les toros des deux fers ont manqué soit de forces, soit de race et parfois des deux.
Les Valdefresno, typés Atanasio, ont eu un comportement qui n’est pas celui attendu de cet encaste. Plutôt intéressants à la cape, impliqués au cheval, ils ont rapidement baissé de ton au troisième tiers prenant souvent querencia dans les tablas.
Les Conde de Mayalde, très bien armés mais avec quelques pointes escobillées, ont manqué de force et sont rapidement devenu sosos.

Le grand Monsieur de cette soirée a été Morenito de Aranda, Chef de lidia omniprésent, il a décidé de lancer les débats en allant attendre son Valdefresno pour une Porta Gayola plutôt réussie. Le toro saute à la gorge du torero lors des deux capotazos suivants. Bien présenté, le bicho est de ce que l’on qualifie de sérieux. Bien mis en suerte, il prend un premier puyazo en se défendant. A l’issue de cette première rencontre, il part se réfugier au toril. Morenito l’en déloge pour une seconde rencontre sous forme d’un picotazo. Retour du toro dans le terrain du toril avant un tercio de banderilles compliqués, les banderilleros se faisant poursuivre jusqu’aux planches. Planches dont le Valdefresno fera son refuge obligeant Morenito à le ramener vers le centre. Fuyard, le toro, le toro est tardo et gratte le sol avant de se décider à charger. Avec beaucoup de métier et d’autorité, le torero réussit à le maintenir au milieu du ruedo et enchaîne trois bonnes séries à droite plus sincères et efficaces qu’artistiques. Dès que Morenito veut toréer plus relâché, le toro part en querencia. Une première et dernière série le long des planches, plus trémendiste, termine la faena. Une mise à mort compliquée et laborieuse prive de trophées le torero qui est ovationné avant de regagner le callejon. Le toro est copieusement sifflé. Le torero de Burgos aurait du être invité à saluer.

En second sort un très bel exemplaire du Conde de Mayalde avec une armure qui en aurait fait fuir plus d’un. Après une paquirrina, Thomas Dufau enchaîne par une véronique et des chicuelinas. Le toro, juste de forces, est peu piqué et fait une demi vuelta de campana qui n’est pas faite pour arranger cette faiblesse. Manolo de los Reyes salue après deux bonnes paires de banderilles. Dufau commence sa faena par des derechazos de rodillas exposés et avec un certain temple. Il cite de loin pour la série suivante, le toro charge bien et le torero conduit la passe. Toro et torero vont ensuite à menos. La fin de la faena manque de rythme et d’intérêt. Final par passes inversées et luquesinas qui portent sur le public. Après un tiers de lame et une bonne entière, le public demande et obtient une oreille, généreuse, pour le landais. C’est un joli geste pour le torero mais cela va fausser la distribution des trophées pour la suite de la course.

Le troisième, un Mayalde, sort avec une corne gauche abîmée. Invalide, il aurait du être renvoyé au toril. Economisé au cheval, il a du mal à suivre la muleta de Tomas Campos lors des trois premières séries à. À gauche il est un peu meilleur. Le torero avec beaucoup de douceur et une excellente main gauche lie deux très belles séries de naturelles, les meilleures de la soirée. Passage à droite avant un retour à gauche pour une nouvelle très bonne série. Malheureusement, le toro, faible et soso, ne transmet rien et les qualités toreras de Campos ne peuvent pas être mises en valeur. Tomas subit un désarmé et espérant un miracle prolonge inutilement la faena. Les manoletinas et le desplante finaux n’apportant rien à une faena qui aurait pu mais qui n’a pas pu par la faute du toro. Salut après une demi-épée efficace.

Le quatrième est un joli Valdefresno typé Atanasio ; Il échappe aux cuadrillas et charge le cheval pour une pique sérieuse à la sortie du patio de caballos. La seconde, donnée dans le bon sitio, est anecdotique. Il est noble mais manque de forces. Après une série de réglage, Alejandro Marcos l’entreprend à droite pour deux bonnes séries. Puis la faena va aller à menos, le toro est soso. Il transmet peu et le torero n’arrive pas à animer les débats. L’épée, trois quarts de lame, est légèrement tombée mais s’avère efficace De là à demander une oreille, il y a un fossé que franchit le public.

On connait le dynamisme débordant de Jesus Enrique Colombo, le Fandi vénézuélien. Il met le feu à la sortie du toril de son Valdefresno par de spectaculaires véroniques de rodillas et par une sérié bien plus conventionnelle mais d’excellentes factures après s’être relevé. Le Valdefresno prend deux très bonnes piques en mettant les reins, la seconde en partant du centre de la piste. Le public commence à se réveiller. Colombo est un très bon capeador mais c’est aussi un banderillero hors pair. Il enthousiasme le public avec trois paires surtout spectaculaires. Au troisième tiers, les choses se gâtent. Dès les premiers muletazos, le toro part aux planches. Au contraire de De Aranda, le torero n’arrive pas à peser sur son adversaire et il tente d’en tirer quelques muletazos dans les terrains où le toro veut bien l’amener. Il prend l’épée sans qu’il y ait eu de faena à proprement parler, juste quelques muletazos pas tous aboutis. Colombo s’engage pour un magistral coup d’épée qui a lui seul vaut une oreille. Le public en réclame deux. En comparaison de celles qu’il a demandées et obtenues auparavant cela lui semble logique. Avec raison, la présidence refuse d’accéder à sa demande. Dans une arène de première catégorie, on ne peut décemment pas faire sortir à hombros un torero qui n’a pas fait de faena. Le public râle après le palco alors que c’est lui qui est à l’origine du problème.

Le sixième est un Mayalde, plus que gordo que bien présenté et le moins armé de la soirée. Il prend une pique sans pousser et un picotazo après une belle arrancade. Le toro est noble mais juste de forces. Diego Carretero est à créditer d’un bon début de faena avec deux belles séries à droite. A gauche, c’est plus compliqué et à la quatrième série le Mayalde baisse de ton et vire soso. Le torero essaie « d’animer sa faena » ; sans grand succès, avec un torero plus encisimiste et trémendiste et surtout fuera de cacho qui détonne avec les trois premiers enchaînements à droite. Un nouveau très beau coup d’épée et le public demande et obtient une nouvelle oreille.


Fiche technique : Arènes de Bayonne, troisième corrida de la Féria de l’Atlantique.
Trois toros de Fraile de Valdefresno (1er, 4ème et 5ème) et trois du Conde de Mayalde bien présentés mais justes de forces et de race pour :

Morenito d’Aranda : un avis et silence (ovation avant de revenir au callejon)
Thomas Dufau : une oreille
Tomas Campos : un avis et salut au tiers
Alejandro Marcos : une oreille
Jesus Enrique Colombo : une oreille
Diego Carretero : une oreille

Douze rencontres avec la cavalerie, cuadra Bonijol
Salut de Manolo de Los Reyes au second
Président : Jean Dominique Lacroix
3 à 4000 personnes environ
Début de soirée frisquet

Thierry Reboul

 

Voir le reportage photographique : Philippe Latour