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Tyrosse (28/08/2021) : un anniversaire fêté de fort belle manière...

Visuel Tyrosse 2808202150 ans, l’âge de la maturité, le début de la sagesse mais pas de la fin des passions, c’est un anniversaire qui mérite d’être fêté en mettant les petits plats dans les grands. C’est qu’a fait le Cercle Taurin Tyrossais pour célébrer son demi-siècle d’existence.

Au programme figurait une course landaise avec le bétail de la ganaderia Aventura, une tienta avec des vaches de La Espera, le repas, des tertulias et, point d’orgue de la journée, une novillada non piquée. Le choix de cette dernière n’est pas du au hasard puisque ce club taurin organise chaque année pour les fêtes locales une « sin caballos » gratuite.
Autre preuve d’Aficion, ce sont deux élevages français d’encastes différents qui ont fourni le bétail. A Tyrosse, il y a du Domecq (ganaderia La Espera) et du Santa Coloma (ganaderia Turquay) !!!!

Les trois erales présentés ce jour par Jean François Majesté (La Espera) ont confirmé la bonne période que traverse cet élevage actuellement Tous les trois étaient bien présentés. Des trois, le plus intéressant a été le cinquième toro de la course à la fois très encasté, très noble, avec une belle longueur de charge et dont le sérieux exigeait beaucoup du torero. Celui sorti en quatrième position, très encasté lui aussi, a été d’une très grande noblesse chargeant, se replaçant et répétant sans jamais baisser de rythme. Le sixième, désordonné au départ, gagnant en fixité, est allé à mas et a permis à Juanito de finir sur une bonne note cette course.
Personne n’a encore pu montré qu’il était mieux de faire arriver les toros une semaine avant, trois jours avant ou juste avant la course. Les Turquay sont arrivés la veille de la course, ont perdu beaucoup de poids et n’ont pas eu le temps de recommencer à s’alimenter et s’hydrater normalement. Cela explique, très probablement, le manque de force des trois erales sortis à Tyrosse ce jour. Le meilleur a été le troisième, au physique et au comportement très typés Santa Coloma. Le premier de la course, manso con casta avec du piquant, exigeait une maturité technique que l’on ne peut pas exiger d’un torero débutant. Le second, le moins intéressant de la course, a manqué de race.

Le premier eral (Turquay), dans le type et astifino, est dès sa sortie tardo. Il faut venir le chercher et il charge alors avec beaucoup de moteur et exige beaucoup du torero. Face à ce type de bétail, il faut une muleta expérimentée, qui canalise le comportement du toro et lui apprend à charger comme on a pu le voir avec les deux La Quinta de Luque à Dax. On ne peut pas exiger d’une jeune novillero débutant la maîtrise technique permettant de résoudre ce type d’équation. Borja Escudero a tenté mais a du se résoudre à prendre assez rapidement l’épée de mort.

Le second Turquay permet à Clément Hargous d’enchaîner de bons capotazos de réception. Le torero girondin prend les palos et après une tercio de banderilles moyen brinde au public. Début de faena par le haut, l’eral manque de race ; manque de longueur de charge et se retourne vite. Clément a du mal à trouver le sitio et à enchaîner plusieurs muletazos. On retiendra de la faena une cambiada (à la manière de Roca Rey). La faena va rapidement à menos avant d’être conclue par une entière et quatre descabellos.

On ne peut pas se tromper en voyant sortir le troisième (Turquay), c’est bien un Santa Coloma. Il met la tête en humiliant dans la cape de Juanito qui en profite pour enchaîner de bons capotazos de réception. Le novillo est noble mais trop juste de forces. Il met bien la tête et répète dans la muleta du jeune torero béarnais. Il manque de chispa et d’alegria. C’est dommage car on perçoit les qualités du novillo mais il lui manque du moteur pour pouvoir les exprimer complètement. Le Turquay a du fond, de la classe même mais il manque cruellement de transmission. Juanito est un torero élégant et appliqué, Il sait profiter, avec beaucoup d’allure, des qualités du novillo sur la corne droite. C’est plus compliqué sur la corne gauche. Le Santa Coloma, même faible, peut aller à mas mais cela nécessite une tauromachie adaptée, comme pour les Coquillas. Comme beaucoup de novilleros, le contexte actuel fait que Juanito manque d’officio avec les aciers, silence après une mise à mort laborieuse.

En quatrième sort un très joli eral de La Espera. Dès les premiers capotazos, on voit qu’il est pétri de classe, de race et de caste. Il ne lâche pas le leurre, humilie à chaque passe Sitôt celle-ci terminée, il se replace pour la suivante. Ce type de comportement, on le connait chez les toros d’encaste Domecq. Mais ce qui est aujourd’hui la marque de fabrique des produits de l’Espera, c’est qu’au minimum, ils conservent ce comportement tout au long de la faena, quand ils ne vont pas à mas. Ils offrent beaucoup de possibilités mais il faut que les novilleros tiennent le rythme imposé par les novillos. Borja Escudero tente et réussit à se mettre au niveau du bicho. On retiendra de la faena deux très bonnes séries à droite. Mais comme souvent en non piquée, son manque d’expérience ne lui permet pas d’aller jusqu’au bout du potentiel du toro. A la fin de la faena, le La Espera a encore au moins deux à trois séries à donner. Adorños par le haut avant une entière légèrement tombée, le novillo met du temps à tomber. Cela n’empêche pas la demande et l’octroi d’une oreille pour récompenser le jeune arlésien. , grosse ovation pour l’arrastre.

Le cinquième, lui aussi très bien présenté, est bien reçu à la cape par Clément Hargous. Il va s’avérer avoir toutes les qualités du précédent avec un degré d’exigence un ton au dessus et une plus grande longueur de charge. Le torero girondin le cite de loin et exploite ses qualités en lui tirant, avec une certaine élégance, deux bonnes séries à droite. A gauche, le novillo est encore plus exigeant, on pourrait presque dire qu’il pousse sur la muleta. Dommage qu’à partir de ce moment là, le novillero veuille réduire les terrains. En voulant plaquer cette tauromachie un peu restrictive, il étouffe la charge du novillo qui le lui rend en étant plus brusque puis en s’impliquant moins dans la muleta. Le toro est moins collaborateur et devient plus exigeant. La fin de faena est plus brouillonne et l’ensemble va à menos. Dommage, ce toro permettait de voir autre chose. Une oreille pour le torero après deux pinchazos et une entière basse. , l’arrastre est ovationnée. Selon ses goûts, on peut préférer le quatrième au cinquième ou le cinquième au quatrième, ce qui est sûr et difficilement contestable c’est que l’un et l’autre sont de très bons toros.

Le dernier (La Espera) a un comportement différent des deux précédents lorsqu’il entre en piste. Il est abanto, désordonné, râleur. Il est noble, répète mais il souffre de la comparaison avec les deux autres. Juanito avec beaucoup d’application, de sincérité et une élégance certaine enchaîne des séries sur les deux cornes qui pèsent sur le toro. Celui-ci gagne en fixité et en implication dans les passes. Il va à mas et les qualités prennent le pas sur les défauts .Cela permet au jeune torero de lier une belle série, main basse, à droite et la série la plus templée de la tarde à gauche. Une oreille méritée malgré une entière légèrement tombée.
Ainsi se termine une belle journée de toros empreinte de simplicité, de convivialité et d’une grande Aficion. Rendez vous est pris pour la non piquée des Fêtes 2021 et bien entendu pour le soixantième anniversaire en 2031 .Et comme le disent les provençaux : « que se siam pas mai que siguem pas mens ».


Fiche technique :
Arènes de Tyrosse, 50ème anniversaire du Cercle Taurin Tyrossais,
Novillada non piquée
3 erales de Turquay (1er, 2nd et 3ème) et trois de la Espera pour :

Borja Escudero : silence, un avis et une oreille
Clément Hargous : un avis et silence, une oreille
Juanito : deux avis et silence, un avis et une oreille

Les trois novilleros se partagent les 200 euros offerts par l’association des organisateurs du Sud-ouest

Environ : 400 personnes
Grand beau temps

Thierry Reboul

 

Voir le reportage photographique : Philippe Latour

 

 

Tyrosse, tienta matinale,  « Heureux comme un ganadero fier de son travail »

Le ciel bleu est au rendez-vous, le soleil aussi pour la journée anniversaire du Cercle Taurin Tyrossais. Il s’agit d’une vraie journée d’anniversaire puisque dès le matin, un public nombreux a pu assister à une démonstration de courses landaises et à une tienta ; Belle idée de regrouper ces deux tauromachies emblématiques de la Gascogne et qui sont intimement liées.
La partie landaise était assurée par la ganaderia Aventura propriété de Richard Lataste. Sont sorties quatre coursières dont une nouvelle, une réservée pour les sauteurs et une des marraines de l’élevage, très bien travaillées par la cuadrilla de Rémi Corrihons. Cette démonstration a permis à certains (dont quelques touristes) de découvrir la course landaise. Cela a permis également à certains photographes taurins d’établir un contact certes sécurisé mais quand même proche avec certaines coursières.
C’est tout naturellement que le public présent, y compris ceux qui n’avaient jamais mis les pieds dans une arène, sont restés pour assister à la tienta. Et en plus, ils ont pu grâce à la qualité du bétail et des acteurs présents avoir une approche très positive de notre tauromachie. Ce sont des actions de ce type, portés par les clubs taurins, qui contribueront à contrer les campagnes publicitaires de certaines égéries vieillies et aigries de la cause animaliste.

Ce sont deux vaches, très bien présentées, de la ganaderia La Espera qui ont été piquées par Pierre Mailhan et tientées par Stéphane Fernandez Meca.et Andy Younès.
La première sort seule de son premier contact avec le groupe équestre. Placée de plus en plus loin, elle viendra par trois fois encore. Elle est allée à mas, aussi bien dans sa charge que dans sa poussée au contact du cheval. Meca va nous montrer qu’il sait ce que lidier veut dire. Dès les premiers capotazos, main basse, liant et tirant tous les muletazos il se montre très exigeant avec la vache. Celle-ci charge en humiliant avec beaucoup de noblesse, répétant à l’envie. Andy Younès prend le relais et la vache continue avec toujours autant de race à suivre la muleta. En fin de faena, elle a tendance à vouloir partir aux planches. Heureux ganadero dont les vaches attendent la 110ème passe pour faire une faute.

La seconde sera encore meilleure. Elle prend quatre piques, allant elle aussi à mas avec un départ du toril à la quatrième. C’est Andy Younès qui a la chance et le plaisir de la toréer ; La becerra est plus que parfaite à la muleta. Elle vient de loin ; charge avec noblesse, alegria, humilie, se replace et répète quasiment toute seule Elle prend près de 120 passes sans baisser de rythme. C’est de toute évidence une vache destinée à être la mère de toros de combat ; Au-delà des qualités de cette dernière (et même de celles de la première), ce qui est remarquable c’est la régularité des produits de cette ganaderia lors des tientas et des novilladas non piquées. Que de chemin parcouru, en peu de temps, depuis les deux premiers bichos tués en privé par De Justo et Alejandro Marcos.  .

Le ganadero est content. Tous les acteurs et le public le sont aussi, Et surtout jeunes et néophytes sont sortis des arènes avec une vision positive de la corrida. Et cela vaut toutes les campagnes d’affichage.

Thierry Reboul