Dax (14/08/2021 - tarde) : Une corrida qui fera parler beaucoup et longtemps...

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Salida Dax 14082021TEn tauromachie, il y a des corridas à polémiques et d’autres d’anthologie. Celle de ce Samedi à Dax est à classer dans la catégorie tarde d’anthologie et à polémiques.
D’anthologie avec un très bon lot de La Quinta, une belle faena d’Emilio de Justo et une de celles dont on parle encore dix ans après signée Daniel Luque.

A polémiques par la faute d’un trio présidentiel débordés par le niveau de la course et dont les décisions ont été souvent incompréhensibles et parfois scandaleuses.
Les toros de La Quinta, presque tous dans le type, légers et surtout très inégaux de volume et d’armures, ont été braves au cheval. Santa Coloma par le physique, ils l’ont été par le comportement. Nobles, exigeants ils ont permis à qui savaient et voulaient les toréer de triompher. Luque a excellent à son premier toro et a été stratosphérique à son second. De Luque a su exploiter, avec talent, les qualités de ses deux opposants. Adrien Salenc, loin d’’être dans un bon jour, a pu mesurer le travail qu’il lui reste à accomplir.

Le premier toro, plutôt bien armé, est distrait. A la sortie de la passe, il regarde ailleurs comme s’il cherchait un ami sur les gradins. Il prend deux puyazos poussant au début puis en s’endormant sous le fer. Il semble peu intéressé par la cape puis la muleta de Daniel Luque. Le torero de Gerena, à droite, doit l’obliger à rester le museau dans la muleta pour l’empêcher de s’échapper entre deux passes. A force d’autorité, le bicho prend des séries de derechazos presque comme un toro noble qui embiste. A gauche, sur un pecho en particulier, il semble mieux passer. Luque, avec beaucoup de poder, l’entreprend par naturelles. Le La Quinta, qui semble avoir compris ce que l’on attend de lui va, du moins sur cette corne, à mas et permet à Luque de lier quelques muletazos sincères et profonds. Retour à droite, le toro a toujours le même défaut mais le torero a montré comment faire pour s’en affranchir. CQFD Luque est un grand lidiador. Et en plus, il tue bien et coupe une oreille, trophée qui aurait pu être doublé sans que cela soit un scandale tant la leçon a été magistrale.

Le second contrairement au précédent met la tête dans la cape de De Justo. Premier puyazo, le toro pousse sur une corne et provoque la chute du groupe équestre. Deuxième rencontre, le bicho met les reins. Adrien Salenc, le benjamin de la terna, veut bousculer la hiérarchie en faisant un quite par chicuelinas appliquées. De Justo lui répond par des chicuelinas exceptionnelles de précision et d’élégance. Morenito d’Arles salue après un très bon tercio de banderilles. Début de faena par des doblones genoux ployés, le toro répond au cite et humilie. Il est noble mais manque d’alegria. De Justo enchaîne de bonnes séries sur les deux cornes avec beaucoup de sincérité et d’élégance ; Bel ouvrage auquel il manque un peu d’émotion par la faute d’un toro qui flirte avec la soseria. Final un peu plus trémendiste qui porte sur le public, l’épée en place est efficace et Emilio coupe une oreille.

Le troisième, fuera de typo, prend un premier refilon en sortant seul. Lors des deux rencontres suivantes, il se défend au contact du fer. A la muleta, le toro manque de race, est compliqué et demande une lidia autoritaire qu’Adrien Salenc ne sait pas lui imposer. Le français essaie mais n’arrive pas prendre le dessus sur un toro qui le déborde, lui impose ses mauvaises manières et le met en difficulté. Face à ce type de toro, on voit que le jeune torero est encore vert. Silence après une entière tombée mais efficace.
Le quatrième est mieux présenté et surtout mieux armé. Il est juste de force et semble ne pas inspirer Luque. Première rencontre avec la cavalerie, le toro pousse en baissant la tête et en mettant les reins. Quite pour le sortir et Luque, qui change d’attitude vis-à-vis du La Quinta, le place au centre de la piste pour la seconde pique. Le toro charge avec alegria, et prend un puyazo très léger. .Le piquero est ovationné. Après avoir brindé au public, Luque s’attelle à la construction de ce qui va être faenon. Il a pressenti que le toro avait du potentiel mais il n’a pas encore les codes pour le mettre en évidence et l’exploiter. Par petite touche, il tâtonne, apprend du et au toro. Comme s’il déroulait une pelote de fil, il cherche quel est le bon bout à tirer. Pas à pas, à gauche puis à droite il trouve la bonne distance pour citer, le bon rythme pour guider la charge. Petit à petit, il débloque, tel un ostéopathe, les nœuds qui empêchent le toro de se livrer. D’une passe à l’autre le bicho va à mas. Luque fait arrêter la musique, le temps de finir son travail de construction. Quand il demande aux musiciens de reprendre, le La Quinta est dominé. Devenu un grand toro par son comportement, il est soumis à la volonté d’un torero qui en a mis en évidence tous les trésors cachés. Luque peut laisser libre court à son inspiration et la fin de faena est sublime, extraordinaire, grandiose, d’anthologie et fait se lever à plusieurs reprises le public. Le Maestro termine par des passes inversées, des luquesinas magnifiques. Un grand coup d’épée, mort rapide et spectaculaire du toro, Luque a mis le feu aux gradins. A Bayonne, pour moins que cela, Luque a coupé un rabo. La présidente et ses assesseurs plus rigoristes qu’un palco cérétan refuse de sortir le troisième mouchoir. Public, toreros ne comprennent pas, la bronca monte mais la dame, telle la statue du commandeur, reste insensible. Deux oreilles, double vuelta triomphale d’un torero ému aux larmes et nouvelle bronca pour le palco.

Difficile de passer après une telle faena ; Heureusement le cinquième La Quinta est d’une noblesse et d’une candeur que ce soit sur la corne droite ou la gauche. Brave au cheval, il prend deux bons puyazos en mettant les reins. Le picador est applaudi Salut de Manuel Gomez après un bon tercio de banderilles. Le bicho passe et repasse au moindre cite De Justo qui enchaînent des muletazos plus agréables à voir que générateurs d’émotion. Mais il n’y avait pas plus, ni mieux à tirer de ce toro. Grand coup d’épée, on s’attend aux deux oreilles. La dame du perchoir et ses collègues va encore faire des siennes. Au rugby, quand il se trompe un bon arbitre assume son erreur, ne cherche pas à la compenser et finit son match en arbitrant comme si la fin de match était une nouvelle rencontre. La présidente a omis le rabo de Luque, ce n’est pas une raison pour priver De Justo d’une récompense. somme toute méritée. Et, c’est tout à fait incompréhensible, le mouchoir bleu fait son apparition sur le pupitre du palco. Que la présidence refuse la queue à Luque peut se discuter, être de la sévérité car il s’agit d’un trophée dont l’attribution, en arènes de première catégorie, ne peut et ne doit pas être anodin. Son attribution comporte toujours une part d’émotion et d’irrationnel ; Je ne suis pas d’accord avec cette décision, mais je peux l’entendre. Accorder une vuelta à un toro plus proche du carreton automatisé que du toro brave, dans une arène de première catégorie, frise l’incompétence.

Après tous ces évènements, la tension revenue à une valeur normale, sort le sixième La Quinta. Bien présenté, il est banderillé par Marco Leal et Fernando Sanchez qui sont invités à saluer. Le toro est noble et le début de faena de Salenc est intéressant avec deux bonnes séries à droite. Le jeune français se fait de plus en plus toucher la muleta puis il se fait désarmer. Il perd le sitio et fil conducteur d’une faena qui va à menos. Final avec une bonne estocade, mais Adrien n’était vraiment pas dans un bon jour.

A l’issue de la course, salut du ganadero qui sort à hombros avec le mayoral, Luque et De Justo par la Porte Principale, normal pour les trois premiers, pas pour Emilio qui n’a coupé que deux oreilles…………….

Ainsi se termine une belle après-midi de toros dont on parlera longtemps et qui figurera en bonne place dans la mémoire collective de l’Aficion du Sud-ouest.

Fiche technique : Arènes de Dax, troisième festejo de la Féria 2021.
6 toros de La Quinta inégaux de trapio et de têtes, braves au cheval et donnant du jeu pour :

Daniel Luque : une oreille, un avis et deux oreilles avec forte pétition du rabo
Emilio de Justo : une oreille, une oreille
Adrien Salenc : silence, silence
Vuelta généreuse pour le cinquième
Saluts de Morenito d’Arles au second, Manuel Gomez au cinquième, Marco Leal et Fernando Sanchez
Treize piques
Cavalerie Bonijol
Salut du ganadero à la fin de la course
Sortie à hombros du ganadero, du mayoral, de Luque et De Justo par la Porte Principale
Présidence chaotique d’Hélène Lalanne
Quasi lleno de COVID
Chaleur lourde à supporter et ciel laiteux

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour