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Hugo Tarbelli : l’esprit maletilla...

Visuel HTarbelli 040321Avoir 20 ans en 2021 n’est pas des plus aisés mais quand c’est l’âge où l’on décide de presque tout abandonner pour devenir torero n’est pas des plus banals.
Rencontre avec Hugo Tarbelli, maletilla version sud-ouest.

 

CF « Hugo peux-tu te présenter ? »
HT « Je m’appelle Hugo Boudé, je suis né le 20 février 2001 du côté de Bayonne, même si je suis landais de vie et de cœur.
Ma famille est dacquoise d’origine, je vis depuis toujours à Capbreton (petite ville de la côte landaise). D’ailleurs en hommage à la ville de Dax dont le premier nom d’origine romaine était Aquae Tarbelli, je fais de Tarbelli mon apodo taurin.

CF « Comment es-tu devenu aficionado ? »
HT « Mon frère m’a fait découvrir la corrida quand j’avais quatre ans aux arènes de Tyrosse, non pas qu’il soit aficionado mais il a eu cette volonté de me faire connaître tout ce qui peut constituer le patrimoine et la culture de notre terre. J’ai dû attendre mes dix ans pour que mon papa m’emmène à mes chères arènes de Dax pour voir ma deuxième corrida. Je garde de cette course un souvenir intense, Juli avait coupé deux oreilles et la queue à un Victoriano del Rio.

CF « D’aficionado à apprenti torero, quel chemin as-tu emprunté ?
HT « Ce spectacle de la corrida m’a captivé immédiatement et pendant des années j’ai passé mes étés à jouer au torero réquisitionnant ma petite sœur pour faire le toro.
Je vivais seul ma passion que mes copains ne partageaient pas, pas plus que mes parents qui n’ont jamais été aficionados. A force, j’ai convaincu ma mère (j’ai perdu mon papa à 13 ans) de m’inscrire à l’école taurine de Richard Millian « Adour Aficion ».
J’avais 14 ans mais comme je n’étais pas très assidu à l’école, maman passa un deal avec moi : école taurine contre résultats scolaires.
Je manquais de maturité et au final, j’ai été privé de quelques séances du mercredi puis de l’école taurine Richard me demandant de rendre les trastos devant mon manque d’assiduité.
J’ai une deuxième passion, le rugby, et comme ça marchait plutôt pas mal (champion de France scolaire, recruté en cadets par l’aviron bayonnais), je suis passé naturellement à autre chose.
Les choses se sont gâtées pour ma deuxième saison, j’ai dû changer de lycée, je jouais moins, j’ai perdu un peu la flamme.
Il y a deux ans et demi, en apprenant que le lundi soir, il y avait des cours de toreo aux arènes de Bayonne, pour m’aérer l’esprit j’y suis allé.
Au fil des séances, le « gusanillo » s’est réveillé. Vint alors une longue période de questionnement, la piste des arènes me procurant plus d’envie et de plaisir que l’herbe des pelouses.
Il y a un peu plus d’un an, j’ai basculé et je veux faire des toros plus qu’une simple passion. »

CF « Comment ton entourage a-t-il pris la nouvelle ? »
HT « Même si je continue mes études en STAPS, mon frère et ma maman se sont rendus compte que la tauromachie prenait de plus en plus de place dans ma vie, et ils ont provoqués d’eux-mêmes cette discussion qui m’a permis de leur expliquer mon envie. Je ne leur vends pas du rêve et je ne sais pas où l’aventure va me mener mais je rencontre de la compréhension, de la confiance et une ouverture d’esprit qui me soulagent.

CF « Avoir vingt ans, c’est difficile en ces temps troublés, mais avoir vingt ans et vouloir devenir torero c’est d’autant plus complexe, non ? »
HT « Je trouve que la jeunesse est l’oubliée de cette crise sanitaire. Quand je vois que certains sont obligés d’aller au restau du cœur et restent cloitrés parce que l’on n’arrive pas à ouvrir les facultés, j’ai dû mal à le comprendre alors oui avoir vingt ans aujourd’hui n’est pas que facile. Quand tu veux devenir comme moi torero, c’est compliqué surtout d’avoir vingt ans et de ne pas avoir vraiment commencé. J’ai un âge avancé par rapport aux autres aspirants, mais c’est ne n’est forcément un handicap. J’ai une certaine maturité, un certain recul et un vécu que tu n’as pas avec quelques années de moins. Dans mon parcours, ma décision a été longuement réfléchie et chaque jour qui passe me conforte dans mon choix et me rend plus heureux chaque jour »

CF « Pourtant 2020 a été particulièrement difficile pour la tauromachie ? »
HT « C’est vrai, mais je dirai que pour moi cela a été un mal pour un bien parce que je me suis entrainé, j’ai grapillé le déficit que j’avais par rapport à ceux qui avaient de l’expérience.2020 m’a fait finalement gagner une année !»

CF « Comment t’entraînes-tu ? »
HT « Quand j’ai vraiment recommencé, j’ai appelé le maestro Millian qui n’a pas pu me prendre dans sa structure. J’ai compris mais j’ai été un peu déstabilisé car les seules options étaient alors d’essayer d’intégrer des écoles dans le sud-est mais je n’avais aucun moyen personnel ou familial de pouvoir le faire à court terme. J’ai eu la chance de discuter avec Denis Labarthe (qui fut novillero) ami du maestro et que j’avais connu à l’époque des quelques mois où j’ai fréquenté Adour Aficion. Il m’a pris sous son aile.
Je m’entraîne avec lui le week-end et du coup la semaine je vais m’entraîner à Bayonne aux arènes où je rencontre de nombreux professionnels qui fréquente les arènes , qui m’ont donné des conseils ou ont partagé des sessions d’entraînement avec moi.
En un an j’ai vraiment progressé même si je sais que je suis encore loin du but»

CF « Et de manière pratique ? »
HT « Comme je t’ai dit, de tapia, j’ai réussi à sortir une vingtaine de fois et quand j’arrive à avoir des infos sur les tentaderos qui se font, j’essaie de me faire « inviter ». Grâce à l’appui et au soutien de Denis, j’ai eu l’opportunité de toréer un becerro chez le maestro Juan Bautista une idole pour moi et un torero que j’ai pris pour exemple. Le maestro s’est montré bienveillant et m’a mis dans les meilleures conditions possibles. Je me suis mis beaucoup de pression, sûrement trop pour un premier becerro. J’ai d’ailleurs réalisé que physiquement, j’avais encore des efforts à faire. Cela m’a permis de comprendre ce que je devais améliorer et dans quelques jours nous repartons à La Chassagne pour lidier un becerro, j’y vais dans de meilleures conditions, plus serein….

CF « Il y a un côté galère dans cet apprentissage. ? »
HT « J’ai un côté « maletilla» que je revendique et que je ne veux pas perdre car je suis déterminé mais il est vrai qu’intégrer une école taurine me permettrait de parfaire ma technique, me mettre en concurrence directe avec d’autres, me confronter à l’exigence constante d’un professeur»

CF « Au point où tu en es, si tu en rêves, objectivement as-tu le niveau pour intégrer une NSP ? »
HT « Difficile pour moi de te répondre même si je travaille pour être à cent pour cent le jour J, je pense avoir besoin d’un peu plus de préparation. Après, face à des erales il n’y a pas que la technique qui compte et le comportement de ces jeunes animaux pardonnent pas mal d’erreurs »

CF « Comment peux-tu faire pour intégrer un tel type de spectacle et plus généralement le circuit ? »
HT « Me faire connaître des organisateurs petit à petit … Je pense que c’est une chance pour eux qu’un jeune du sud-ouest ait envie de toréer et j’espère que les organisateurs ont envie d’aider des garçons comme moi et vont avoir la curiosité puis l’envie de me découvrir en me donnant une chance. Il y a aussi le circuit des « bolsins » qui peut constituer une opportunité et me permettre de me faire remarquer, d’exister »

CF « Que veux-tu exprimer dans une arène, quel est ton style ? »
HT « A titre personnel, mon torero préféré c’est Manzanares. J’adore à la fois l’expression artistique des toreros andalous comme Morante, Pablo Aguado et la technique des Juli, Juan Bautista, l’expression de Sébastien Castella, d’Antonio Ferrera.
Je ne peux pas dire aujourd’hui quel sera donc mon style propre car je suis en construction. Avant de me trouver vraiment il va falloir multiplier les expériences.
Ce que je sais c’est que j’ai une tauromachie d’envie, de passion, d’aficion, d’émotion. Quand je torée je ressens beaucoup de joie. Le soir quand je rentre chez moi après avoir toréer, je suis très heureux, très détendu »

CF « Une année 2021 réussie, ça serait quoi pour toi »
HT « Une année où j’aurai pu progresser ou j’aurais eu des opportunités.
Dans un monde idéal un vrai début en sans picador si on m’estime prêt, et que j’en ai la chance, car ça accélérerait sacrément les choses ! »

Propos recueillis par Philippe Latour