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Fabien Castellani : « C’est ce métier que je veux faire ! »...

Visuel FCastellani 280221(Corridafrance) : « Bonjour Fabien, qui es tu ? »
(Fabien Castellani) : Je m’appelle Fabien Castellani, j’ai 20 ans. J’habite à Fourques dans le Gard près d’Arles. Comme c’est un petit village, c’est un avantage car l’arène est ouverte et il y a pas mal de professionnels qui s’y entrainent.

 

(CF) : « Comment t’est venue la passion des toros ? »
(FB) : « Tout a commencé pour moi le jour où mes parents m’ont amené à une corrida. J’avais 6 ans, c’était en 2006 ; Je ne me rappelle plus si c’était un seul contre six mais ce dont je suis sûr, c’est qu’il y avait El Fundi ; Et j’ai dit à mes parents « je veux faire ça ». Ils m’ont répondu « jamais de la vie, tu ne feras pas ça, c’est trop dangereux ! ».
Cela a pris ma vie. Je n’allais pas aux corridas mais j’allais voir les toreros arriver aux arènes, aux hôtels. Je récupérais des photos, des affiches. Je les faisais signer, je faisais des photos avec eux et j’étais le plus heureux.
Je turlupinais mes parents. Je leur disais que je voulais aller à une Ecole Taurine pour apprendre ce métier. Mes parents me disaient non. Par la suite j’allais aux différentes manifestations, aux corridas. J’ai eu une muleta. Je m’en servais tout le temps chez moi. Mes parents ne lâchaient l’affaire et ne voulaient pas me laisser aller à une Ecole Taurine. »

(CF) : « Comment a tu réussi à faire changer d’avis tes parents ? »
(FB) : »En Février 2015, les aficionados practicos (association nîmoise animée par Hervé Galtier), faisaient une manifestation avec toreo de salon puis trois vaches pour les practicos. J’y vais et participe au toreo de salon. Les gens ont trouvé que j’avais de beaux gestes et les organisateurs m’ont proposé de sortir si une vache le permettait. J’étais seul avec ma mère, mon père n’était pas là. Je regarde ma mère comme un enfant et lui demande l’autorisation de sortir. Evidement elle n’est pas d’accord. Une vache est sortie très bonne. Les organisateurs m’ont appelé, demandé à nouveau si je voulais sortir. Et là ma mère n’a plus trop eu le choix et je suis sorti. Je n’avais jamais pris de cours ou fait d’entraînement avant. Cela s’est super bien passé. La vache a été bonne. Avec la chance du débutant, je fais une série de cinq muletazos en faisant tourner la vache autour de moi. Après je n’ai pas fait le pecho car j’ai lâché la muleta.
Pour moi c’était déjà énorme avec les gens qui applaudissaient. Sentir passer la vache près de moi, c’était une sensation unique.
Et j’ai dit à ma mère « Je suis dedans et maintenant tu ne peux plus m’arrêter ».Du coup, j’ai rejoint les practicos.

(CF) : « Comment s’est déroulé ton apprentissage ? »
(FB) : Pendant un an, j’étais dans la section détection, j’ai eu l’occasion de toréer quelques petits veaux puis je sortais beaucoup de second derrière les practicos qui se louaient du bétail. J’ai fait beaucoup de campo. J’ai eu l’occasion de suivre des cours avec Denis Loré ce qui m’a beaucoup dégrossi. Au bout de presque un an, ce passage par la section détection m’a permis de rejoindre le CFT à Nîmes.
Les practicos ce n’était pas une école taurine cela n’inquiétait pas trop mes parents. Le CFT cela commençait à devenir plus sérieux. ; J’ai convaincu mes parents de m’y laisser aller. J’y suis resté un an. Je suis sorti beaucoup de second, j’ai toréé des becerros.
Je n’ai pas débuté au CFT. J’ai tué mon premier toro chez Joel Matray à Bellegarde. M’entraîner avec le CFT était compliqué. J’habitais à Fourques, je n’avais pas le permis et devait faire les aller retours, le mercredi et le samedi à Garons. Je devais prendre le bus jusqu’à Bouillargues et que quelqu’un vienne me chercher.
Agustin Losada m’a proposé de rejoindre l’Ecole Taurine d’Arles ce qui s’avérait plus pratique pour moi. Je l’ai fait en 2017 et ai commencé par tienter des vaches.

(CF) : « Quand as-tu tué un novillo pour la première fois en public ? »
(FB) :J’ai participé à une Fiesta Campera, une sorte de bolsin, au Sambuc en remplacement d’Adam Samira qui s’était blessé. C’était ma première mise à mort en public J’avais de la pression, j’ai toréé un novillo de Cyril Colombeau. Cela s’est super bien passé. La mort aussi. Je n’avais pas beaucoup de métier, les novillos étaient exigeants. Je n’ai pas coupé d’oreille, j’ai fait une vuelta.

(CF) : « Quand as tu toréé pour la première fois en public ? »
(FB) : « Par la suite, j’ai fait beaucoup de campo, toréant des novillos en entier. J’ai débuté en novillada non piquée, le 08 Mai 2019 à Raphèle avec un eral d’Alain Tardieu. Je l’ai paré. Il m’a attrapé. Je suis parti à l’infirmerie car je ne sentais plus ma jambe. C’est mon compagnon de cartel qui l’a tué. »

(CF) : « Et ensuite ? »
(FB) : « Plus tard, j’ai tué mon premier novillo en habit de lumières, c’était un novillo de Roland Durand. J’ai coupé deux oreilles.
Ensuite j’ai fait des classes pratiques, en traje corto, en Espagne. La première a eu lieu à Matarubia, j’ai coupé deux oreilles, puis à Albacete, j’ai à nouveau coupé deux oreilles. J’ai fait et gagné le bolsin du club taurin La Muleta d’Arles.
Après j’ai participé à la novillada de Béziers où je coupe une oreille à un novillo de Margé La même journée, j’ai toréé à Salin de Giraud avec deux oreilles sur un novillo de François André. Ensuite je suis allé à Algemesi, j’ai fait une vuelta.
En 2020, j’ai fait beaucoup de campo avec l’Ecole Taurine. Jai tienté des vaches et tué des toros.
J’ai fait la non piquée du Trophée Sébastien Castella à Bellegarde où cela s’est bien passé jusqu’à la mort. J’avais beaucoup de pression pour ma première course avec deux toros. Alors que mon point fort jusque là était l’estocade, j’ai bafouillé à l’épée.
J'ai fait ensuite la non piquée d’Arles où j’ai coupé une oreille sur mon premier novillo qui était bon. Sur le second, qui était plus exigeant et demandait plus de technique, j’ai bien tué mais n’ai pas coupé de trophée. Je pense qu’avec le bagage que j’ai aujourd’hui, j’aurai pu mieux faire car j’ai acquis par le travail au Campo de l’expérience.
En inter saison, j’ai ressenti un déclic en tientant beaucoup et en toréant des toros de plus de cinq ans. »

(CF) : « Comment t’entraines-tu ? »
(FB) : « On s’entraîne le Mercredi et le Samedi avec l’Ecole. Par ailleurs, je m’entraîne tous les jours à Fourques. Le matin je vais courir et fais du cardio.
J’y retourne l’après-midi pour répéter et encore répéter les gestes et faire un entraînement de toreo de salon, soit avec des copains de l’Ecole qui viennent à Fourques et souvent avec David et Marc Antoine Romero qui, avec Mehdi Savalli à l’Ecole Taurine m’ont beaucoup fait progresser.
Je travaille aussi le cardio et mon jeu de jambes au fronton et je joue au tennis de temps en temps. »

(CF) : « Et tes parents ?»
(FB) : « Je vis chez mes parents qui ont décidé de m’aider. Mon père était plus traditions camarguaises, ma mère n’était pas aficonada. Ils n’allaient pas voir de corridas jusqu’au jour où ils m’ont amené voir ma première course à Arles.
J’ai un bac pro cuisine, j’ai fait une mention pâtisserie. J’ai travaillé dans les périodes d’inter saison. J’ai travaillé en boulangerie les matins et m’entrainait les après-midi.
Cela m’a permis de gagner quelques sous et d’aller à SanLucar de Barrameda l’an dernier. J’ai pu sortir de second chez Fuente Ymbro. Pendant le confinement je suis allé travailler en grandes surfaces. Maintenant cela fait un an que je me consacre entièrement aux toros grâce à l’aide de mes parents qui sont devenus très aficionados. »

(CF) : « Quel est ton torero modèle ? »
(FB) : «J’aime beaucoup Talavante pour son style et sa façon de toréer et pour la technique c’est Juan Bautista. »

(CF) : « Est-ce que tu banderilles ? »
(FB) : « Je n’ai jamais banderillé en novillada. Je l’ai fait au campo et cela s’est bien passé. Je voudrais le faire cette année pour apporter un plus. Par ailleurs, en Espagne certaines arènes, si tu ne banderilles pas, ne te prennent pas.
Cela permet de se mettre le public dans sa poche. Cela donne de la prestance devant le toro. Même si on ne banderille pas, il faut s’entraîner à le faire pour être prêt le jour où, par exemple dans un festival, on a envie de le faire. »

(CF) : « Quelles sont les difficultés que tu rencontres ? »
(FB) : « Ce n’est pas tous les jours simples. Quand tu vas au campo et que cela s’est mal passé, tu te dis « tu aurais du faire ça. Il y a des choses auxquelles tu ne penses pas dans l’arène et que tu y penses après. On se dit que l’on a raté l’occasion et que l’on aurait pu faire mieux. Il y a des fois où c’est comme cela et on se rattrape le lendemain.
C’est un métier compliqué, il y a beaucoup de jeunes de mon âge qui sont sur le terrain. Il faut se démarquer d’eux pour exister. »

(CF) : « Comment envisages-tu l’avenir de la tauromachie ? »
(FB) : « Difficile de se prononcer. Avant le Covid on avait la menace des antis. En plus on a ce fichu Covid qui nous empêche de toréer. Je ne sais pas trop où on va mais quand la pandémie sera finie, on pourra reprendre et passer au dessus des anti-corridas.
Pour moi la tauromachie a encore de belles années devant elle.
Le risque est que des personnes vulnérables aient peur de revenir aux arènes mais il pourrait y avoir aussi un effet de manque pour certains. A voir quand on pourra retourner aux arènes.
Ce que fait Hervé Gaultier de promouvoir la tauromachie dans les quartiers sensibles, je trouve que c’est une très bonne chose. Cela fait découvrir, cela peut amener des jeunes à voir une corrida puis à faire venir des copains à eux.
Cela peut faire de futurs aficionados. Il faut faire ce type d’actions pour toucher l’ensemble des populations jeunes en les invitant aussi aux arènes, au campo et à toutes les manifestations taurines. (Exemple chez Couturier, inviter les jeunes de moins de 25 ans) en leur faisant aussi découvrir le campo ce à quoi peu de gens ont accès.
J’avais deux ou trois copains qui ne connaissaient pas la corrida. Je les amené à un tentadero puis à la novillada d’Arles. Cela ne les a pas traumatisés et ils étaient contents pour moi. Ils n’étaient ni pour ni contre mais si aujourd’hui, je leur demande de venir me voir, ils viendront avec grand plaisir. Ils n’ont plus la même vision de la tauromachie. »

(CF) : « Et le tien ? »
(FB) : « J’ai envie de continuer, Quand on compare la sensation quand on toréé un toro à celle que l’on ressent devant un eral, cela me donne envie d’aller encore plus loin dans la carrière de torero. On ne peut les ressentir nulle part ailleurs et cela me donne envie de gravir les échelons.
J’ai fait six novilladas non piquées en deux ans dont deux l’an passé qui est une année où j’aurai dû plus toréer en particulier en Espagne pour m’y faire connaître mais la COVID nous en a empêchés.
Cette année, cela va être compliqué, mon but, en 2021, est de faire sept ou huit non piquées pour passer à l’échelon supérieur en 2022.
Au bout de trois ans, il ne faut pas non plus tarder et se dire la vérité. Si cela ne marche pas ce sera comme ça. C’est pourquoi cette année, je me donne à fond. Il faut se préparer et ne rien regretter en se disant que si cela ne réussit c’est parce ce que j’aurai dû plus me donner à fond. »

(CF) : « Quelles sont tes perspectives pour cette année ? »
(FB) : « Pour l’instant je n’ai rien de programmé. Je me prépare comme si j’allais toréer toutes les non piquées. Le pire serait de regretter. »


Propos recueillis par Thierry Reboul

Photo : Philippe Latour