L'édito : Ferrera, la différence...

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@ElTico
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Que retiendra l'aficionado de cette Feria d'Arles 2020 ?

Peut-être les bonnes dispositions de Salenc dans un coin de sa tête, mais d'abord un nom : Antonio Ferrera. Pas ses trois oreilles généreuses ou les vueltas exagérées de ses toros. Plus sûrement ses estocades improbables, ses étonnantes préparation de passes, sa cape de paseo, son répertoire digne du bottin au capote. Mais aussi son toreo fondamental, avec ses naturelles surnaturelles devant un super toro de La Quinta. Hier un guerrier, une pile électrique, un banderillero athlétique, le tourmenté Antonio Ferrera est devenu un original, un génie créatif, un artiste un peu fou. Et tant pis s'il force un peu le trait. Il est l'antidote aux stéréotypes, au déjà-vu, aux faenas copiées-collées (véroniques pieds joints – passes circulaires – manoletinas) qui pourrissent les corridas. Que retiendra l'aficionado du passage arlésien d'El Juli ? Rien, pas même sa maîtrise désenchantée, la même que lors de ses dix dernières faenas à Arles, face aux mêmes Garcigrande photocopiés à l'infini pour qu'il en ait toujours un sous le coude. « Tout est si contrôlé que chaque passe se voit venir de loin » écrit le critique espagnol Alvaro Acevedo dans une attaque à peine masquée au vétéran madrilène. C'est tout l'intérêt de Ferrera : lui-même ne sait pas ce qu'il va faire dans la seconde qui suit, donc l'aficionado non plus. C'est pour cela qu'il s'en souvient.


Romain Fauvet