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Nostalgie, nostalgie : Céret, une journée particulière...

©ElTico
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Bientôt un an et demi que notre fille est née. Comme beaucoup de jeunes parents, les toros ont été mis entre parenthèses pour gérer biberons, couches et bronchiolites. Mi-juillet la fièvre taurine, nous reprend.

Après avoir passé outre à la mauvaise conscience des parents qui abandonnent à la nounou la pitchoune, nous quittons les Alpes direction le Sud-est pour un week-end toros et biou. La première étape du périple nous amène en terres toristas et catalanes, direction Céret. En bon aficionado, nous mêlons tourisme, tauromachie et gastronomie. Il y a de quoi faire en Catalogne (et non Occitanie comme certains nomment ce coin de France aujourd’hui). .On passe allègrement du pittoresque port de Collioure aux contreforts pyrénéens d’Arles sur Tech, des anchois aux poivrons, le tout accompagné de Banyuls et autres vins locaux. Même si, mois de Juillet oblige, il y a du monde sur la Côte, on a vite de retrouver calme et volupté dès qu’on s’éloigne des grands centres touristiques.
En milieu d’après-midi, nous redevenons aficionado et nous faisons route comme en pèlerinage vers ce qui est un des sanctuaires du « toro-toro ». La fête en ville ressemble beaucoup à une fête votive de village camarguais, l’abord des arènes près d’un supermarché manque de pittoresque. Mais une fois garée la voiture, on pénètre dans un village d’irréductibles ibérico-gaulois ou plus précisément dans un village d’irréductibles catalans. Alors que la tauromachie commence à dépérir en Catalogne Espagnole, les organisateurs de Céret de Toros  montent chaque année une Féria reflet de leur Aficion et de leur personnalité  Ils ne cherchent pas à plaire au plus grand nombre. Ils défendent leur vision de la tauromachie à laquelle public, toreros, mundillo, éleveurs et autres doivent adhérer ou bien aller voir ailleurs. Il y a chez les catalans une appétence pour le particularisme et la défense de valeurs parfois dogmatiques et dont ils ne démordent pas Cela peut les rendre parfois énervants mais aussi très attachants. Les aficionados de cette terre du Roussillon n’échappent pas à ce paradoxe. L’arène est petite, minimaliste et horriblement inconfortable en particulier en cas de fortes chaleurs. Il y aussi des rituels qui peuvent surprendre les néophytes. Tout commence par l’hymne catalan « Els Segadors » puis le paseo joué par une Cobla. Ce type d’orchestre est très agréable à écouter en particulier lorsqu’il joue des sardanes ou des pasodobles, mais j’ai toujours trouvé ces deux morceaux inauguraux des courses à Céret beaux mais tristounets. Le cadre est posé, on n’est pas là pour les fioritures mais pour voir des toros. Seule la « Santa Espinas » jouée avant le dernier toro redonne un côté plus enjoué et festif à la cérémonie.
Etre à Céret prend tout son sens quand sort le toro. La présentation est presque toujours irréprochable. Le moment le plus important de la course est le premier tercio. Pour les cérétophiles les plus dogmatiques, la corrida s’arrête quand sonne la fin du premier tercio ;
La rigueur dans le choix des toros et des toreros font que la suite est parfois intéressante. Mais monter ce genre de courses expose à vivre des après-midi soporifiques avec des toros dont l’absence de caste est à peine compensée par leur dangerosité.
La première course de cette féria était une corrida concours , défilé de mansos et de bichos décastés dont il n’y a pas grand-chose à retenir.
Nous étions venus pour voir Espla (les deux jours) et El Fundi le dimanche. Malgré que l’élevage soit en perte de vitesse.la présence des toros de IsaÏas y Tulio Vazquez, d’origine Garcia Pedrajas, dans un contexte où le premier tiers est privilégié, avait de quoi aiguiser l’appétit d’un aficionado torista.
Espla est un des toreros qui ont marqué mes jeunes années taurines. Très bon capeador et banderillero, il était un muletero plus efficace que séduisant. Il était un grand lidiador et certaines de ses faenas sont restées dans les annales d’arènes aussi prestigieuses que Las Ventas. Il était un grand tueur, habile au recibir, mais sa science des toros lui permettait, toujours avec le sourire, d’être un aussi habile truqueur. Il a été très gravement châtié par la corne à plusieurs reprises et l’histoire retiendra sa culture, sa personnalité hors des canons taurines et sa science des toros.
Le Fundi avait besoin de redorer son image à Céret et sa confrontation avec le torero d’Alicante pouvait donner du piquant à la course.
Nous zappons la novillada matinale, une des premières du genre. Si la pratique de la vachette de 11h est bien ancrée en Camargue, celle de la corrida à l’heure de l’apéritif ne l’était pas et son opportunité faisait débat. Arrivée aux arènes vers 16h et première déception, Ferreira est remplacé par César Perez, torero modeste et qui ne fera pas carrière, et deux toros le sont par des Marquis de Albaserrada dont un aux cornes douteuses et indignes d’une arène comme Céret ; Les sobreros ont manqué de race et les titulaires, certes trop et mal piqués, se sont très rapidement éteint. De la prestation d’Espla on ne retiendra que quelques capotazos au quatrième (nouvelle déception). Le catalan César Perez, qui avait gagné son contrat après s’être illustré à Barcelone, volontaire mais limité , a tait ce qu’il a pu face à des toros parados et dangereux, Seul El Fundi a tiré son épingle du jeu. Brillant aux banderilles, il toucha le meilleur Tulio et coupa la seconde oreille de cette Féria (la première a té coupée la veille par Manuel Caballero à un Victorino).
Normalement cette course n’aurait pas du rester dans les mémoires, si cela n’avait été le comportement d’une partie du public Agitant des drapeaux, comme le font les auvergnats un jour de finale du rugby à Vic, une partie des spectateurs a tenté, en vain de provoquer des olas. Les drapeaux n’étaient pas sang et or mais tricolores ; Il ne s’agissait pas d’une manifestation revendicative catalane .En fait on était le 12 juillet 1998, et une partie des présents avaient l’esprit au Stade de France. Ils se précipitent à la fin de la corrida pour aller regarder la finale de la coupe du Monde de football. Le bonheur des uns faisant parfois celui des autres. Les quatre couples d’aficionados attablés dans l’immense salle du restaurant à mi-chemin entre Céret et Argelès, ont pu profiter d’un menu dégustation catalan sublime concocté par un chef talentueux et désespéré de voir son établissement désert. Ce sera le meilleur moment de cette journée particulière à l’issue de laquelle la digestion d’un repas divin mais quasi pantagruélique et les cris des supporters du ballon rond ont perturbé notre sommeil. Même aidés par les fêtards difficiles de s’endormir en comptant les moutons. Et un et deux et trois et on recommence à compter………..

Le lendemain, direction Saint Andiol pour une demi-finale du Trident d’Or qui sera le meilleur moment taurin du Week-end.

Fiche technique : Arènes de Céret, dimanche 12 Juillet 1998, seconde corrida de Féria
Quatre toros de IsaÏas et Tulio Vasquez et deux du Marquis d’Albaserrada manquant de fond et de race pour
Luis Francisco Espla, palmas y pitos aux deux
El Fundi : une oreille, silence
César Pérez : silence, silence
Lleno et chaleur étouffante

Thierry Reboul