Festival de Mont de Marsan (01/03/2020) : un faenon de Lopez Simon...

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©Matthieu Saubion
©Matthieu Saubion
Pari risqué que d’organiser un festival début mars dans une arène non couverte, le Cercle Taurin Montois a quand même maintenu la course prévue pour fêter ses cinquante ans malgré une météo menaçante.

Très bien protégée la piste était parfaite, la pluie a eu la correction de ne pas s’inviter au Plumaçon et le soleil a fait quelques timides apparitions. Dommage que la froidure et l’épidémie de corona virus aient retenu certains aficionados au coin du feu. La cause était belle puisqu’au bénéfice de l’association « Les Pitchouns du Moun » qui vient en aide aux enfants malades (http://www.pitchounsdumoun.com/). En plus de faire une action solidaire, les spectateurs présents ont vécu un festival entretenu avec une grande faena de Lopez Simon.

Curro Diaz ouvre les débats face à un exemplaire du Camino de Santiago. Le torero de Linarès se fait accrocher la cape après une bonne série de réception. Le bicho, juste de forces, prend une pique en poussant sur une corne. Il est noble mais a une charge courte. Après l’avoir doublé, le torero enchaîne deux séries à droite élégantes, finies par des passes d’ornement très andalouses. Même chose à gauche, mais sur les deux pitones, il ne se croise pas et reste sur les bordures. Le toro va à menos, se défend de plus en plus. Le final est « très fleuri » mais reste marginal. Curro Diaz coupe une oreille après une entière basse et prudente.

Le second Camino de Santiago, après une belle réception à la cape de Diego Urdiales est peu piqué. Après une bonne paire de Mathieu Guillon, le torero d’Arnedo le brinde au public. Le bicho est une peu, tardo, juste de forces, mais il met la tête dans le leurre pour peu qu’on l’oblige. Urdiales se croise avec sincérité, toréé à mi hauteur et enchaîne des séries de derechazos méritoires. Le toro se complique, en particulier à droite, mais le torero ne baisse pas les bras. Il tire passe à passe dans les tablas de bonnes naturelles. Beaucoup d’application et motivation chez un torero qui se rappelle au bon souvenir des organisateurs français à l’heure où se négocient les derniers postes des ferias importantes. Très applaudi, il coupe une oreille amplement méritée.

Le troisième, Alma Serena, a tout du manso dans sa façon de sortir du toril et se comportera en manso tout au long de sa présence en piste. Il est abanto, suelto. Au cheval, il s’allume sous le fer, met les reins et reste collé au peto. Puis il recommence à s’échapper après deux capotazos ou muletazos. Thomas Dufau va s’en voir avec un bicho qu’il doit parfois poursuivre tout autour du ruedo pour l’obliger à combattre. En plus de manquer de race, le novillo est dangereux et inflige au torero landais une « tumade » impressionnante. Thomas s’arrime. A force d’application et d’autorité, il impose à l’Alma Serena des séries de naturelles inespérées dont une vraiment excellente. La fin de faena est plus compliquée, le toro s’échappant dès le cite. Thomas s’engage pour une entière efficace. Une oreille vient récompenser le professionnalisme et la volonté d’un torero dont les progrès avec la main gauche se confirment de courses en courses.

Lopez Simon comprend dès sa sortie en piste que le quatrième, Alma Serena, est un monument de noblesse et de suavité. Le triomphateur de la dernière Madeleine enchaîne de superbes passes de cape. Il entend les premiers olés du public quand il le met en suerte par des chicuelinas marchées au millimètre. Hélas le bicho réussit la performance d’être à la fois noble et manso. Il sort seul dès le contact du fer lors de ses trois rencontres avec la cavalerie. Pour nous faire oublier ce mauvais tercio de pique, Lopez Simon le cite au centre de la piste pour un très bon quite par véroniques. Après avoir brindé au public, ill va s’offrir et nous offrir un faenon faits de séries des deux mains templées, plein de finesse et d’élégance et parsemé de détails inspirés. Il toréé relâché et avec un plaisir qu’il sait communiquer au public. Deux grandes séries à droite puis deux autres superbes à gauche avant de réduire les terrains. Le final, à un toro soumis à l’a volonté du maestro, est à la hauteur de l’ensemble de la prestation du torero et c’est naturellement que deux oreilles sont accordées après une entière habile et efficace. La vuelta accordée à l’Alma Serena est elle très discutable. Même en festival, on est dans une arène de première catégorie et la qualité d’un toro se juge sur les trois tiers. Un zéro pointé au premier est comme pour certains examens une note éliminatoire.
Le cinquième, Alma Serena, est reçu de rodillas par Yon Lamothe. Juste de forces, il pousse en se défendant sous le fer lors d’une unique rencontre. Après un bon début à la cape, le jeune landais commence sa faena par des séries de derechazos, eux aussi, de rodillas. Le novillo est noble et a une bonne corne droite. Yon alterne de bons muletazos, profitant des qualités du bicho, avec d’autres plus brouillons. Il coupe deux oreilles, la seconde festivalière, après une entière un peu basse mais efficace.

Fiche technique :
Arènes de Mont de Marsan, festival organisé pour fêter les cinquante ans du Cercle Taurin Montois au profit de l’association « Les Pitchouns du Moun »
Deux astados du Camino de Santiago (1 et 2) et trois d’Alma Serena pour :

Curro Diaz : une oreille
Diego Urdiales : une oreille
Thomas Dufau : une oreille
Alberto Lopez Simon : deux oreilles
Yon Lamothe : deux oreilles

Salut de Philippe Bats après la mort du quatrième
Vuelta discutable à l’Alma Serena sorti en quatrième
Sept piques, cavalerie Bonijol
Présidence : Jacques Grué (Villeneuve de Marsan)
Du monde mais pas assez, sur les gradins
Temps ¾ Hivernal, ¼ débuts timides de Printemps
A l’issue du paseo, une minute de silence a été observée en mémoire du ganadero landais Pierre Bats. Tous les novillos d’Alma Serena sont sortis avec une devise noire.
Pour ceux qui n’ont pas pu se déplacer, ils peuvent se rendre sur le site de l’association « http://www.pitchounsdumoun.com/ »

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Matthieu Saubion