Maxime Solera : " Je suis là où je voulais être !"...

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Visuel MSolera 270220Ce jeudi après-midi, l'empresa des Arènes d'Arles avait convié Maxime Solera à un tentadero de trois vaches maison au Mas de la Chassagne.

L'occasion pour le futur matador, qui fera sa despedida de novillero dans les arènes de Las Ventas le 29 mars prochain, de parfaire sa préparation à l'aube d'une temporada des plus importantes pour lui.

 

CorridaFrance : Cette saison 2020 s’annonce comme très particulière pour toi. Comment te prépares-tu cet hiver en vue des prochaines échéances qui s’annoncent très importantes ?
Maxime Solera : Comme un légionnaire : Ne jamais s’arrêter... Un acharné à l'entraînement, que ce soit de salon ou avec les séances de physique, même si j’essaye de mieux gérer mon repos. C'est fondamental avec tous les kilomètres effectués pour le campo où on a la possibilité de toréer vaches et toros. Mais aussi en appliquant mon savoir faire du tennis ! Avec des "axes" de travail bien particuliers dans l'optique des différents élevages à affronter, avec les éléments techniques, artistiques, physiques ou psychologiques à améliorer. Des séquences de travail par thème plus ou moins longues selon la nécessité, choisies et organisées selon la chronologie d’apprentissage la plus adéquate. Sans oublier beaucoup de séquences vidéos de moi-même et bien entendu des élevages à affronter ou de toreros dont il faut s’inspirer.

CorridaFrance : Revenons sur 2019. Quels ont été les moments importants de ta temporada ?
Maxime Solera : La saison 2019 a été importante pour moi, avec un début et une fin de saison en terres mexicaines. C'est un enrichissement personnel et une expérience exceptionnelle que de pouvoir effectuer le paseo à la Monumental de México pour clore la saison. Pour ce qui est de la France, un début à la feria d’Arles avec une faena remplie d’émotion et des cites de très loin, comme je les affectionne. Céret, bien sûr, avec cette matinée de rêve et ce défi relevé pour un novillero de triompher dans ces arènes sous l’ère de l'ADAC. Et un mano a mano à Carcassonne devant la novillada à l’ancienne de Miura, comme les aficionados les aiment... et les toreros les redoutent ! En Espagne, ma saison a été marquée par ma présentation à Madrid le 18 août dernier devant les novillos de Dolores Aguirre (ovation et vuelta après pétition d'oreille), les mêmes avec lesquels j’ai fait ma présentation en France en piquée, à Boujan en 2017 ! Et bien sûr mon seul contre six à Andorra (province de Teruel) avec à un nouveau défi relevé, celui d’être le premier novillero français à s’enfermer en solitaire face à six novillos en Espagne. Je veux surtout retenir comme disait Zidane - et l'exemple peut surprendre venant d'un torero -, ce qui est le plus important chez des « sportifs de haut niveau », c'est la régularité maintenue tout au long de la saison lors des différents après-midi où j’ai eu la chance de pouvoir être à l'affiche.

CorridaFrance : Sur un plan plus général, quels sont les évènements qui ont selon toi marqué la saison taurine 2019 ?
Maxime Solera : Tout d’abord les absences et les blessés ... Talavante, Roca Rey, Rafaelillo, Roman, Javier Cortes etc... Les adieux apothéotiques de Jean-Baptiste ! Le tirage au sort à Madrid avec la présence de Roca Rey face aux Adolfo Martín par exemple, ou Sébastien Castella face aux Miura à Séville. Et les triomphes de Paco Ureña.

CorridaFrance : Tu as notamment marqué les esprits en réalisant à plusieurs reprises, notamment à Arles et à Céret, la suerte suprême sans muleta. Pourquoi cette folie ?
Maxime Solera : Tout comme en cuisine le dessert est un plat essentiel et sûrement le plus important du menu, car c’est le dernier mets du repas que l’on a à déguster, il est important pour moi de finir une bonne faena sur une bonne ou spectaculaire estocade. Tout comme à travers ses plats le cuisinier exprime sa personnalité, il en est de même pour moi et avec cette dernière, il est essentiel d’exprimer ma sincérité, mon courage et mon envie de ne pas laisser échapper une occasion de triomphe. Il faut être surprenant afin de faire vivre des émotions distinctes aux personnes présentes. Cela passe par une estocade en se jetant littéralement entre les cornes du toro. A consommer avec modération !...

CorridaFrance : Comment se sont passées les discussions avec l’empresa d’Arles concernant ton alternative avec les toros de la ganaderia mythique de Miura lors de la Feria de Pâques ?
Maxime Solera : Les discussions avec l’empresa d’Arles sont, de mon point de vue, ma vision des choses et resteront de l’ordre du privé. Je tiens juste à dire que les choses se sont faites très naturellement et avec grand professionnalisme.

CorridaFrance : Tu vas partager ce jour là l’affiche avec Rafaelillo, qui reviendra lui d’une terrible blessure infligée par des toros de ce même fer à Pamplona l’an passé. Qu’est ce que cela t’inspire ?
Maxime Solera : Son grave accident est une piqûre de rappel des dangers de l'arène pour tout le monde. Et pour cela, je suis forcément honoré de pouvoir faire le paseo à ses côtés et qu'il soit mon parrain d'alternative. Car il est la référence actuelle dans ce type de corridas et avec cet élevage. Je suis content pour lui, ainsi que pour les aficionados qui l’apprécient, qu'il puisse de nouveau s’habiller de lumières ! C’est également un grand privilège pour moi d’être à l’affiche avec cet élevage mythique de Miura ! Sans oublier bien sûr Sergio Serrano un torero qui a près de dix ans d’alternative et qui est dans un super moment de sa carrière.

CorridaFrance : Tu es d’ores et déjà annoncé à Arles, bien sûr, mais aussi à Alès et à Istres, à chaque fois dans des cartels résolument toristas et à responsabilité. Quelle est la raison de ce choix ?
Maxime Solera : Je suis là où je voulais être ! C’est un choix depuis mes débuts avec picadors, en corrélation avec les arguments avancés lors de la question précédente pour la réalisation de l’estocade sans muleta. C’est un style de tauromachie que j’affectionne et comme je l’ai toujours dit, je suis ici pour estoquer tout type d’encaste, du Juan Pedro Domecs au Miura mais il y a je pense un temps pour tout. Pour ce qui est de la responsabilité elle est présente de partout à ce niveau-là (comme matador de toros) et j’espère devoir en avoir de plus en plus, ce qui sera très bon signe

CorridaFrance : Une polémique a récemment enflé sur les réseaux sociaux concernant l’absence de novilleros français à l’affiche de la prochaine Feria de Boujan. Quelle est ta position à ce sujet ?
Maxime Solera : Effectivement, il y a eu une polémique mais je n'en sais pas assez pour me positionner. Par contre, l'afición de Boujan apprécie un certain type de spectacle que l'empresa, qui est en plus indépendant, doit légitimement lui donner. En ce qui me concerne, lorsque j'ai téléphoné il y a quelques années pour toréer à Boujan et qu'on m'a proposé la Dolores Aguirre pour ma cinquième novillade piquée, je n'ai jamais regretté de l'avoir fait et cela m'a beaucoup servi pour la suite.

CorridaFrance : En ce qui concerne ton entourage professionnel, y aura-t-il des changements par rapport à la saison dernière ?
Maxime Solera : Un changement de banderillero, puisque Marc-Antoine Romero rejoindra l’aventure et le projet et qu'il intégrera la cuadrilla. Et comme valet d'épées ce sera Antonio Guillén, une personne de grande confiance car il est important pour moi d’être vraiment bien entouré.

Propos recueillis par Laurent Deloye ElTico

Voir le reportage photographique : ElTico