L'édito : Les anciens d'abord...

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©Maestranza Pagès
©Maestranza Pagès
Si c’est en partie justifié par la rareté de leur talent, les figuras cumulent les privilèges : choix des toros, choix des compagnons de cartels, choix de la meilleure date et cachets XXL, soit dit en passant plus du tout en phase avec l’argent qu’elles génèrent.

Leurs désirs sont des ordres. Mais il en est un plus dur à satisfaire, eu égard à leur longévité : celui de ne pas être chef de lidia.

La position de premier de cordée ne plaît à aucun torero : il sort à peine de sa chambre d'hôtel, le public est encore occupé à chercher sa place, commander à boire, repérer sa grand-mère dans la foule, ou fabriquer un chapeau avec le sorteo. Résultat, c’est plus dur de couper des oreilles. Alors, pour satisfaire les figuras, les impresarios cherchent toujours un ancien de service qui peut se coltiner le toro d’ouverture sans faire tache sur l’affiche (Padilla hier, Ferrera aujourd’hui).

Faute de quoi, la star refuse de toréer, ou demande pour la peine une augmentation. Ça ne fait pas les affaires des directeurs d’arènes, qui régulièrement s'en émeuvent. La semaine dernière, l'empresa de Séville Ramon Valencia y est allé franchement : "Il serait bienvenu de modifier le règlement pour qu'un jeune puisse ouvrir le cartel". Plutôt que de remettre ainsi en question la loi taurine, ne serait-il pas plus logique que les figuras s'y conforment sans rechigner ? Car ce n'est finalement qu'une petite contre-partie à leurs immenses privilèges.


Romain Fauvet