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L'édito : Elevé à la dure...

©ElTico
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Pour un torero, il n'y avait jusqu'alors que deux façons de s'extraire de l'ornière des corridas dures : prendre sa retraite, ou se blesser gravement. Beaucoup - faute de mieux, jamais par choix - ont ramé toute leur carrière dans cet underground ingrat de la tauromachie où tout est plus difficile : petits cachets, gros toros, moins de public, moins de contrats.

L'arnaque, en somme. D'autres, en payant de leur sang, ont vu le ciel s'éclaircir. L'exemple le plus net est celui de Padilla : les Miura, Partido de Resina et autre Palha qui se dressaient à longueur de saison sur sa route se sont transformés comme par magie en Garcigrande, Cuvillo ou Zalduendo après son terrible coup de corne de Saragosse. A un degré moindre, David Mora et Antonio Ferrera ont eux aussi vu les épines se transformer en roses sur le chemin de leur retour après de longues blessures. Comme si les impresarios attendaient que les guerriers du toreo tombent au champ de bataille pour leur donner le droit de lever le pied : "Ok, t'as assez donné, tu quittes les tranchées pour les bureaux". Les autres, eux, restent dans la boue.
Mais si dans le système actuel bien des choses vont dans le mauvais sens, on constate en la matière une amélioration. Un semblant de méritocratie. Ainsi, Roman ou Emilio de Justo n'ont pas eu à perdre un œil pour voir s'adoucir les élevages qu'on leur propose. C'est un bon signal pour leurs compagnons en mal de contrats : ils peuvent désormais s'approcher d'un Miura sans forcément se retrouver enfermés avec lui toute leur vie professionnelle. Juan Leal voit ainsi son choix de se jeter dans la gueule des corridas dures porter peu à peu ses fruits. Pour relancer sa carrière en 2018 il s'était coltiné les élevages les plus infréquentables : Valverde, Yonnet, Aguirre, Escolar. Aujourd'hui, il est déjà annoncé à Valence et à Séville - plazas de luxe où on ne l'avait jamais invité - avec des Fuente Ymbro, ganaderia "sas de décompression" entre les plus dures et les plus commodes. Et surtout, il s'est vu offrir un mano a mano de rêve avec Talavante, chez lui, à Arles. Preuve qu'être élevé à la dure peut aussi avoir du bon.

Romain Fauvet