Adrien Salenc : "J’aimerai qu’on me donne l'opportunité, à moi mais aussi à mes compagnons qui viennent de prendre l’alternative, en ouvrant les cartels des ferias et en misant sur le futur de la tauromachie"...

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©ElTico
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Adrien Salenc est devenu le 66ème matador de toros français de l'histoire le 14 juin dernier à Istres, face au toro portant le n°110 de Zalduendo. Après des débuts prometteurs dans la catégorie supérieure, il doit désormais confirmer les bonnes impressions laissées la saison dernière à Dax ou encore Bayonne.

C'est avant de quitter le sol européen pour la Colombie puis le Pérou, qu'il est revenu sur une saison 2019 riche en émotions, bonnes ou moins bonnes, avec notamment la blessure de son banderillero Rafael Cañada.

 

CorridaFrance : Tout d’abord, comment Adrien Salenc a passé les fêtes de fin d’année et comment se prépare-t-il à l’aube de cette nouvelle temporada ?
Adrien Salenc : Magnifiquement bien ! J’ai passé de très bonnes fêtes de fin d’année, car ce sont mes seules “vacances”, en réalité dans toute l’année, lors desquelles je peux déconnecter un peu des toros et me centrer sur ma famille et mes amis. Mais bien sûr, et c’est plus fort que moi, dès que je passe deux jours sans m’entraîner, il faut que je m’y remette aussitôt. Finalement, depuis que j’ai terminé la temporada dernière, je ne me suis pas réellement arrêté et j’ai de suite commencé à préparer 2020, en continuant mes entraînements à Madrid et les tentaderos dans toute l’Espagne.

CorridaFrance : Revenons maintenant sur 2019, qui a été l’année de ton alternative. Comment as-tu vécu cette journée si particulière ?
Adrien Salenc : Je garde d’excellent souvenirs de cette journée. Je me rappelle que ça a été très dur pour moi de contenir mes émotions et tous les sentiments qu’a dégagé en moi cette journée là, même si je m’y étais préparé depuis plusieurs mois. Le jour même, c’est très difficile de canaliser la pression, la responsabilité, l’envie que peut générer un événement comme celà dans la vie d’un torero. Tout était réuni, le cartel était de rêve, avec deux des plus grandes figuras du toreo et le maestro El Juli qui suit ma carrière depuis mes débuts. La corrida de Zalduendo était aussi magnifique, mais le vent s’est invité à la corrida et ne nous a pas laissé nous exprimer comme on l’aurait voulu à certains moments. Cela a été pour moi un grand rêve d'accompli et un objectif atteint. Maintenant le chemin se corse...

CorridaFrance : 2019 a malheureusement aussi été l’année qui a vu ton banderillero de confiance Rafael Cañada être grièvement blessé à Valencia. Comment as-tu vécu ce moment ?
Adrien Salenc : Très mal. Je garde un mauvais souvenir de ma despedida de novillero à cause de cet accident. Cela a a été tres difficile pour moi et ça l’est encore au jour d’aujourd’hui, d’accepter que Rafael ne sera plus à mes côtés dans les arènes durant le restant de ma carrière. C’est une personne qui signifie beaucoup dans ma vie depuis mes debuts dans la tauromachie, qui a toujours été là dans les bons et les mauvais moments, autant personnellement que professionnellement parlant et qui m’a toujours conseillé avec le coeur, tout comme Olivier Baratchart ou Angel Gomez Escorial.

CorridaFrance : Sur un plan personnel, comment as-tu vécu cette temporada 2019 ?
Adrien Salenc : J’ai vécu la temporada 2019 avec beaucoup de pression certes, car chaque date pouvait être décisive pour le reste de ma carrière et pour mon futur immédiat. Mais à la fois avec beaucoup de plaisir, car j’ai réussi à passer un palier important dans ma vie avec l’alternative. Puis, je me suis confronté à des corridas de respect qui ont été des épreuves pour moi, comme la corrida de Ana Romero à Dax, qui était sérieuse. Et je pense que j’ai prouvé ce jour là à beaucoup d’aficionados, tout comme à Bayonne, que j’avais ma place dans l’escalafon et dans les cartels en France.

©Philippe Latour
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CorridaFrance : Quels ont été les grands moments de ta saison ?
Adrien Salenc : J’avais décidé avec mon apoderado Olivier Baratchart, de commencer l’année en tant que novillero car je voulais toréer dans les arènes ou je n’étais pas encore allé en espagne avant de prendre l’alternative et surtout retourner à Las Ventas de Madrid. Ce jour là, à Madrid, je pense avoir laissé une grosse impression, tout comme à Zaragoza un mois après. Mais avec le gros bémol qu’à ces deux dates là, j’ai été mauvais à l’épée et donc j’ai perdu les reconnaissances en forme d’oreilles que j’aurais pu avoir, notamment une à madrid et deux à Zaragoza. J’en ai déjà parlé avant, mais Istres a marqué beaucoup mon année aussi. Puis ensuite sont venues les corridas de Eauze, Azpeitia, au Perou également ou je n’ai vraiment pas été chanceux avec les lots de toros que j’ai eu à toréer ces jours là. Puis arriva une des dates clés de l’année à Dax, le 17 août, avec une corrida sérieuse de Ana Romero et devant un public exigeant comme celui de Dax où j’ai pu prouver ma valeur et mes qualités comme torero en coupant une grosse oreille à mon premier toro. Et ma dernière corrida de la temporada à Bayonne, où j’ai fini l’année en triomphant lors de la corrida des six toreros, en coupant les deux oreilles de mon seul toro de l’après-midi. Une bonne manière de finir cette temporada si importante pour moi, lors de laquelle j’ai du m’affirmer très vite et grandir à grands pas entre chaque corrida.

CorridaFrance : Quelles sont tes ambitions pour 2020 ?
Adrien Salenc : De continuer sur la même lancée, en donnant toujours le meilleur de moi même à chaque fois que j’aurai la chance et le privilège de pouvoir toréer ! Mais au delà de cela, je serais un menteur si je ne disais pas que j’aimerai toréer toutes les corridas possibles, que ce soit en France ou en Espagne. J’espère vraiment pouvoir me faire ma place et démontrer que je suis capable d’être à la hauteur lors de chaque corrida. J’aimerai bien sûr confirmer mon alternative dans ma ville, à Nîmes. Et qu’on me donne mon opportunité, à moi mais aussi à mes compagnons qui viennent de prendre l’alternative, en ouvrant les cartels des ferias et en misant sur le futur de la tauromachie. Surtout en France et dans les arènes de deuxième ou troisième catégorie, car si nous toreros français, ne toréons pas chez nous dans notre pays, où allons nous aller..?

CorridaFrance : Sans les dévoiler, bien entendu, as-tu déjà des contrats de signés pour 2020 ?
Adrien Salenc : Oui. Je pars la semaine prochaine en Colombie où je vais commencer la temporada le 2 février dans les arènes de Lenguazaque à côté de la capitale, Bogota. Puis je serai au Perou pour deux corridas le 4 et le 5 dans les arènes de Caraveli. Trois dates qui me viennent très bien pour attaquer l’année tôt et commencer déjà à prendre le rythme de la temporada. Car un torero est torero, pour toréer !

CorridaFrance : Que doit-on souhaiter à Adrien Salenc au moment où débute cette nouvelle saison ?
Adrien Salenc : Chacun me souhaitera des choses différentes, mais surtout d’être en bonne santé, de pouvoir triompher, d’avoir des contrats et de continuer à exercer ma profession et de vivre pour ma passion comme je le fais jusqu’à aujourd’hui. Car je n’ai que ça dans la tête, c’est un dévouement corps et âme, jour après jour, une manière de vivre et d’affronter la vie différemment...

Propos recueillis par Laurent Deloye ElTico