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Arles (07/09/2019) : Juan Bautista sort une dernière fois par la Grande Porte des Arènes d'Arles et entre dans l'Histoire...

©ElTico
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Même dans les plus beaux des rêves on n'aurait pu imaginer un tel final pour la despedida de Juan Bautista... Une nouvelle fois, l'Arlésien, en parfaite maîtrise de son destin, lui qui a décidé en pleine gloire de se retirer des ruedos, écrit son Histoire.

Est-ce qu'un autre torero a réussi le prodige d'indulter le dernier toro de sa carrière ?... Je suis à cette heure incapable de le dire... Lui l'aura fait, au terme d'une Goyesque d'Anthologie pour clore de châpitre de Juan Bautista torero. Jean-Baptiste Jalabert, lui, fera encore parler de lui dans le milieu taurin pendant de longues années...
Enrique Ponce, en parfait compagnon pour l'occasion, aura marqué la tarde de sa toreria, coupant quatre oreilles et une queue pour accompagner le héros du jour en triomphe, mais aussi de sa classe en allant par exemple ramasser la coiffure Goyesque de son cadet après la grâce d'"Ingenioso", auquel celui-ci venait de pardonner la vie. Un petit geste pour le commun des mortels, mais un geste qui compte chez les Grands de ce Monde...
Trois heures quinze de spectacle à en pleurer, deux toros de vuelta, un indulto... Pas une minute d'ennui. Et Anne-Céline qui interprête l'"Hymne à l'Amour"... Pour nous, c'était "Ne me (nous) quitte pas ?...

Laurent Deloye ElTico


La chronique d'Alexandre Guglielmet :

Enrique Ponce fit résonner les premiers olés de la tarde en saluant son Nuñez Del Cuvillo par un capoteo doux et raffiné. Le tercio de piques fut entrecoupé par un quite de l'espagnol , à base de chicuelinas léchées et rematé par larga cordobesa. A l'issue de ce premier tiers , Juan Bautista réalisa un quite par chicuelinas et tafalleras , avant de recevoir le brindis d'Enrique Ponce. Après des doblones d'ouverture de faena , le natif de Chiva trouva de suite le bon sitio sur un piton droit pourvu d'une très belle noblesse , servant deux séries élégantes et templées, déclenchant naturellement les accords musicaux. Sur la rive gauche, Ponce ne trouva pas la même qualité chez son adversaire, imprimant une série agréable mais sans grande intensité. Retour sur tribord pour tracer sur le sable arlésien trois magnifiques séries de derechazos très a gusto, faisant vibrer le conclave. Une lame habile et d'effet rapide libéra deux oreilles du palco présidentiel.

Le Garcigrande, dévolu à Juan Bautista , prit deux rations de fer sans histoire. Après un entame de faena inspiré , l' arlésien édita un trasteo varié et intelligent , tirant le meilleur d' un animal qui semblait peu propice au triomphe. A base d'abnégation et de technique, il parvint à améliorer les charges de son astado , faisant aller sa faena a mas. Dans un ensemble bien construit et parfaitement maîtrisé , Juan Bautista connut les meilleurs moments en seconde partie de trasteo , sortant de son voile une importante série de derechazos , suivie d'une tanda par passes de cartucho ajustées et luquecinas dès plus vibrantes. Final en rondeur dans des terrains réduits avant de tuer en deux assauts. Oreille.

L' Adolfo Martin , sorti en troisième position , resta court dans le capote de salida d' Enrique Ponce. Face à la cavalerie , le bicho sauta au cou de la monture avant de se faire administrer deux puyas en brave dont la seconde très appuyée.La mise en suerte pour la troisième pique fut protestée par le public et son exécution le fut tout autant malgré un piquero adroit.Sortie du cavalier sous une division d'opinions. A la muleta, l' Adolfo accusa clairement le coup. Ponce livra quelques muletazos isolés , notamment sur la corne droite en fin de trasteo mais l'ensemble ne prit jamais son envol. Mort par tiers de lame au second essai. Silence après avis.

Réception vibrante du toro de la Quinta, Juan Bautista régalant les étagères par veroniques en tablier, suivies de chicuelinas ultra serrées.Après une première rencontre prise en brave , le Quinta fut placé au centre de piste et Alberto Sandoval à l'arrastre.L'animal s'élança avec envie contre la monture, démontrant de nouveau une belle bravoure contre le peto.Brindis à ses enfants.Au dernier tercio, le bicho se montra intéressant avec son lot d' exigence. Technicien hors pair, Juan Bautista réalisa une faena pleine de maturité, pouvoir, variété.Après des séries poderosas sur chaque corne , pesant ainsi sur cet exemplaire , l' arlésien fit basculer son combat dans une autre dimension.Laissant son ayuda posée au sol , Juan Bautista enchaîna des tandas ambidextres avec pureté, rondeur et sérénité , impactant avec force sur des tendidos conquis.Sublime final par bernardinas allurées avant de faire exploser l' amphithéâtre par une alternance de muletazos rapprochés et millimétrés.Recibir concluant , délivrant deux oreilles au maestro.Vuelta posthume au toro.

Le Juan Pedro Domecq , sorti en cinquième position , prit deux légères rations de châtiment.Dans l'étoffe d' Enrique Ponce , le fauve se montra noble malgré un manque de transmission dans ses charges.Dans un registre classique , l' ibère développa sa tauromachie si fine et élégante , éditant une faena de haute note.Porté par de sublimes accords musicaux, il connut les meilleurs passages sur la gauche avec d'exquises naturelles aux toques inversés avant de tracer ses fameuses poncinas pour le plus grand plaisir du public.Mort par entière.Deux oreilles et la queue excessive et vuelta posthume au toro protestée par une partie du public.

"Ingenioso" , de Vegahermosa, fut le toro de despedida de Juan Bautista.Le français le salua avec envie par larga de rodillas avant de le mettre en valeur au groupe équestre, en le plaçant à distance croissante.Le bicho se distingua par sa bravoure sur trois piques, s'engouffrant dans le peto d' un Puchano des grands jours avec alegria et poussant avec force notamment sur la rencontre initiale.Au second tercio, Juan Bautista partagea les palos avec Tejero et César Fernandez.Le camarguais fit rugir la plaza par une pose al violin de catégorie.Le trio saluant à l'issue de ce brillant tercio.Brindis au ciel , Luc Jalabert étant certainement dans les pensées du maestro.Entame de faena décidé par des muletazos à genoux le long des planches, suivis par molinette et passes inspirées.Profitant des charges nobles et classieuses de ce toro , Juan Bautista ne laissa pas passer l'occasion de signer une dernière prestation de haute volée.Mettant en valeur ce collaborateur en le citant avec distance, l'arlésien livra un véritable faenon , chargé d' intensité et d'émotion.Durant dix minutes de plaisir, il fit lever comme un seul homme les tribunes, dessinant des séries ambidextres avec temple , relâchement, toreria et rythme.La pétition d'indulto fut logiquement cédée après cette faena rêvée qui aura mis la larme à l'œil de nombreux aficionados.Deux oreilles et la queue symboliques.Vuelta en compagnie du mayoral avant que Juan Bautista ne coupe la coleta à Tejero.


Arènes d' Arles
Samedi 7 septembre 2019 , à 17h.
Corrida Goyesque , hommage à Vincent Van Gogh
Toros de Nuñez Del Cuvillo , Garcigrande , Adolfo Martin , La Quinta , Juan Pedro Domecq , Vegahermosa.
Poids : 520 , 505 , 515 , 510 , 500 , 530.
Beau temps
Durée : 3h
No hay billetes
Présidence : Sandra Monteils / Jacky Boyer / Didier Garrigues

Enrique Ponce : Deux oreilles / Silence après avis / Deux oreilles et la queue
Juan Bautista : Oreille / Deux oreilles / Deux oreilles et la queue symbolique

Sortie par la grande porte d'Enrique Ponce et Juan Bautista.
A l'issue du paseo , l' hymne espagnole et française furent jouées , suivies du salut des deux protagonistes du jour.
Corrida de despedida du maestro arlésien, marquant également ses vingt années d' alternative

Le toro de Vegahermosa, de nom "Ingenioso" , portant le numéro 19 , né en janvier 2015 , pesant 530 kilos fut gracié.
Le toro de la Quinta , numéro 36 , nommé "Secretario" , né en octobre 2014 , pesant 510 kilos fut primé d'une vuelta posthume.
Le toro de Juan Pedro Domecq , numéro 87 , de nom "Jaraiz" , né en mars 2015 , pesant 500 kilos fut primé d'une vuelta posthume.
Musique assurée par Chicuelo II , les choeurs Escandihado et la soprano Muriel Tomao.
Fin de corrida sous "l'hymne à l'amour" chanté par Anne Céline Jalabert , épouse de Juan Bautista

Alexandre Guglielmet


Voir le reportage photographique : ElTico