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Bayonne (31/08/2019 - tarde) : Corrida concours, toreros fêtés et président contesté...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Souvent au rugby, à l’issue de la rencontre, l’homme au sifflet est le sujet des discussions dans les bars et autres tavernes. Cela ne changera rien au cours des choses. Cela permettra à certains de dire des bêtises plus grosses qu’eux.

Tout au long du chemin qui me ramenait à ma voiture à l’issue de la corrida concours de Bayonne, toutes les conversations que j’ai entendues, ou auxquelles j’ai participé, concernaient la manière dont la course a été géré (ou mal géré) par le palco. Président et assesseurs se souviendront de toutes les broncas qui leur ont été adressées au cours de la soirée.
Acte un du vaudeville, le président refuse la seconde oreille à Sergio Florès. Acte deux le même président accorde deux oreilles à Adrien Salenc et refuse d’accorder une vuelta au toro de Los Maños. Ce n’est pas être normand que de dire qu’aussi bien le public que le palco ont leur part de vérités et d’erreurs. La faena de Florès intéressante et courageuse face à un toro exigeant et plus que très armé de Valdefresno est de celle qui mérite presque une oreille. Elle est conclue par une estocade d’anthologie. Au total, le torero mérite un petit peu moins de deux oreilles. Adrien Salenc réalise une faena appliquée avec de très bons passages à un toro noblissime et collaborateur de Los Maños. Tout cela vaut bien plus d’une oreille mais moins de deux dans une plaza de première catégorie. Le président arrondit par défaut à une oreille pour le mexicain et par excès à deux oreilles pour le français. Grosse bronca dans les deux cas, pour des motifs différents certes mais l’impression de désordre est la même . Le président est seul juge pour l’attribution du second trophée mais il est garant de la cohérence des récompenses distribuées au long de la course. En rugby, un arbitre peut avoir une interprétation d’une règle mais il doit rester cohérent tout au long du match ce que n’a pas fait le palco de cette deuxième corrida de la Féria de l’Atlantique. Il y avait des raisons de sortir les deux mouchoirs blancs pour Sergi Florès , il y avait le temps de les sortir pour Adrien Salenc Pour ce qui est de la vuelta au toro de Los Maños , il a eu raison de ne pas l’accorder compte tenu du premier tiers quelconque réalisé par ce bicho et de la tradition qui veut qu’en corrida concours on ne sorte pas le mouchoir bleu
Annoncée comme une corrida concours, la course bayonnaise de ce samedi a plus ressemblé à un spectacle avec six ganaderias différentes qu’à une compétition entre plusieurs élevages dont les propriétaires aspirent à triompher sur le sable des arènes de Lachepaillet. Très bien présentés, si ce n’est l’excès de poids du Murube, aucun des toros n’a fourni, face au cheval, la prestation attendue pour une concours. Les toreros ont géré le premier tiers comme s’il s’agissait d’une course ordinaire.

En premier est sorti un toro de José Murube en surcharge pondéral. Dès sa sortie en piste ; il a une charge courte. Il met bien la tête dans le capote de Lopez Chaves sur la corne droite. Cité sur la corne gauche ,il découpe en deux la cape du torero. Il prend deux piques, mis en suerte près du cheval, sans pousser et se défend au contact du fer. Quasi parado, il accuse le coup à la fin du premier tercio. Au premier derechazo, le Murube vient sur l’homme. Domingo Lopez Chaves est un torero expérimenté et un bon lidiador . Il arrache deux séries à droite « sur le fil du rasoir » à un toro qui n’avance pas. La corne gauche est impossible et sur l’autre piton, le toro est de plus en plus dangereux. Le torero salue après une demie et deux descabellos, sifflets à l’arrastre.
Le second est un Valdefresno dont l’armure impressionnante provoque des murmures sur les gradins. c’est un pur Atanasio difficile à fixer. Sergio Flores le met au centre pour une superbe série de chicuelinas dont certaines très serrées. Le toro vient très fort au cheval. Le piquero manque d’être désarçonné et perdre le palo. Le Valdefresno ne pousse pas ; La seconde rencontre se limite à un picotazo. Jesus Robledo salue après deux paires posées face à un berceau qui en aurait effrayé plus d’un. On sent Flores très motivé. Il débute sa faena par des cambiadas que l’envergure des cornes du toro rend encore plus impressionnantes. Avec beaucoup d’envie et de sincérité, il enchaîne des séries à droite à la fin desquelles le toro part aux planches. Sergio le remet à chaque fois au centre. La quatrième série, la seule à gauche, sera la meilleure avec deux très belles naturelles et un grand pecho. Les deux dernières séries à droite sont données plus près des planches et en pesant moins sur le toro. L’estocade, à montrer dans toutes les écoles taurines, est un monument de sincérité, d’engagement et d’efficacité. Le matador a , malgré l’envergure des cornes, franchi le piton droit en s’exposant au maximum. Le public réclame deux oreilles, le président résiste à la pétition pour la seconde ce qui lui vaut une bronca de gala après l’arrastre et la double vuelta du torero. Comme souvent chacun à tort et raison à la fois. Si on se place dans la perspective « madrilène » le second trophée se discute, mais celle de Castella vendredi aussi. Pour le public qui fait parler son cœur, il est indiscutable. Le palco est en droit de décider, et ce n’est pas simple , à condition d’être cohérent et on reparlera après la faena d’Adrien Salenc.
Le troisième est un El Retamar bien dans le type Nuñez. Il est faible et est économisé au cheval, deux picotazos. Miguel Angel Pacheco , et c’est l’intérêt de cette corrida à six toreros qui ont besoin de se montrer, est lui très motivé. il essaie de renouveler sa prestation vicoise. Malheureusement le toro est faible, fléchit à plusieurs reprises et finit dans les planches. Les efforts et l’application du torero ne sont pas récompensés. Silence après une entière très basse.
Le quatrième est un José Cruz , lui aussi dans le type de l’élevage. Il est noble mais a peu de forces. Mal mis en suerte, il prend deux piques sans pousser. Juan Ortega le met au centre pour commencer sa faena. Le toro est noble mais n’a pas de charge. Toro et torero manque d’alegria et la faena plonge le public dans l’ennui ‘d’autant que le torero insiste au-delà du nécessaire (et presque du supportable). Salut du torero qui tue d’une entière basse mais efficace, le toro est sifflé à l’arrastre.
Le cinquième est un Los Maños . C’est le plus léger mais c’est normal compte tenu de son encaste. Il a du gaz à sa sortie du toril et Adrien Salenc en profite pour le toréer à la cape avec beaucoup d’efficacité et d’élégance. Le toro prend deux piques , la première en poussant, Il ne s’investit pas dans la seconde rencontre. Il manque de bravoure mais pas de noblesse. Adrien , qui va à mas depuis sa prise d’alternative , est serein et lui aussi très motivé. Il met le bicho au centre et profite de sa noblesse pour lier deux bonnes séries à droite. Le Los Maños humilie sur les deux cornes. Le torero se connecte bien avec lui , et avec le public. La faena de huit séries est peut être un peu longue mais elle comporte de très bons passages dont un bel enchaînement avec molinete, changement de main , naturelles et pecho. L’épée entière, portée avec foie , est efficace. Le public réclame l’oreille, le président sans hésiter en accorde deux. C’est son droit mais cela manque de cohérence avec la manière dont a été traité Flores. Cela manque aussi de « diplomatie » ou de ce qu’on appelle en management d’intelligence sociale. Il suffisait au président de sortir un premier mouchoir puis d’attendre la demande du public qui aurait très probablement demandé la seconde oreille. Cela aurait évité qu’Adrien soit sifflé quand il a reçu les deux trophées. Avec beaucoup d’à propos , le jeune torero renversera la situation à son avantage. il offre sa seconde oreille à Florès, invite le mayoral à partager sa vuelta et tout le monde est content.
Nouvel bronca, celle-ci totalement injustifiée, au président qui a refusé la vuelta au toro qui était noblissime mais a manqué de bravoure au cheval. Et là se pose à nouveau le problème de cohérence avec le palco de la veille qui a accordé une vuelta à un toro nettement moins bon que le Los Maños.
Le sixième est un Pédrès de 630 Kg. Il sort seul de la première pique et pousse à la seconde. Il est bien banderillé par Manolo de los Reyes. Dorian Canton brinde au public. Trop lourd et manquant de race , le toro est réservé et a une charge courte. Le jeune béarnais s’applique, lui tire des muletazos méritoires mais l’ensemble, par la faute du toro , manque de transmission. Silence après deux pinchazos, un demi contraire et trois quarts de lame basse .
Avant de sortir à hombros, avec à propos, Adrien invite Florès et le mayoral de Los Maños à l’accompagner pour une vuelta qui sera très applaudie, grosse ovation de despedida pour Sergio Florès.


Fiche technique
Arènes de Bayonne, corrida concours de la Féria de l’Atlantique 2019
Six toros dans l’ordre de sortie des ganaderias José Murube, Valdefresno, El Retamar, José Cruz, Los Maños et Pedrès. Aucun n’a été brave au cheval. Le Valdefresno , très armé, manso con casta, a transmis beaucoup d’émotion, le Los Maños a été noblissime. Sifflets à l’arrastre du José Murube et du José Cruz
Ils ont été toréés et estoqués par :

Domingo Lopez Chavès : un avis et salut
Sergio Florès : une oreille, forte pétition de la seconde, deux vueltas et bronca au Prèsident
Miguel Angel Pacheco : silence
Juan Ortega : salut
Adrien Salenc : deux oreilles contestées
Dorian Canton : silence

Douze piques de corrida ordinaire , cavalerie Heyral
Salut au second de Jesus Robledo
Présidence très contestée de Bernard Peytrin
4/10èmes d’arène
Ciel gris en début de corrida, éclairage artificiel à partir du troisième toro

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour