Dax (16/08/2019 - tarde) : Les toros de Jandilla gâchent la Fête...

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©Matthieu Saubion
©Matthieu Saubion
Quand on s’ennuie aux arènes, en général on refait le monde et l’histoire de la corrida ou bien on fait des bons mots pour masquer la morosité qui nous envahit. Pour la corrida des toros de Jandilla à Dax, on pouvait jouer à rechercher les mots avec le préfixe « dé » qui la caractérisaient le mieux.

On pouvait commencer par desigual, décastée, déracée, décevante. Après avoir subi la dernière faena, celui qui nous semblait le plus approprié est déprimante. La faute en incombe à un lot de Jandilla, justes de présentation mais surtout sans aucune race, avec pour certains des comportements de mansos mais sans l’émotion que peut créer un manso con casta.
Pourtant la course avait commencé sur une note d’émotion avec la remise à Diego Urdiales par Madame la Maire de Dax d’un cadeau pour fêter les vingt ans de son alternative prise dans les arènes de la cité thermale. Et puis le premier est sorti...

Le tambour major entre en piste au pas. Il accepte mollement de mettre la tête dans le capote de Diego Urdialès. Il prend avec plus de violence que de bravoure, deux piques, la première trop longue. A la muleta, Urdialès doit lui faire toucher le tissu pour le faire charger. Le toro suit mollement s’il est cité de loin ou se jette dans le leurre en se défendant quand le torero lui fait toucher le drap de serge et se retourne très vite. Pas grand-chose de bon à en tirer, Urdialès le tue d’une entière en place.

Le second saute dans le callejon peu après son entrée en piste. Au cheval, il prend deux piques sans pousser par manque de forces. Il est distrait, déracé et semble peu intéressé par ce qui se passe en piste. Il charge avec violence quand Castella le cite pour sa première série avec la muleta. Avec beaucoup de technique et de calme, profitant des déplacements du toro, Castella lui fait suivre le leurre pour ce qui est plus du toreo de salon que de la lidia d’un toro brave car il n’y avait pas de toro brave en piste. Le Jandilla suit le leurre sans conviction et sans intérêt. Il faut l’expérience et le métier du biterrois pour que l’ensemble ressemble, l’émotion en moins, à une faena. Une entière légèrement tombée, et la présidence sort deux mouchoirs blancs, un de trop. Le second trophée est bruyamment contesté par une partie du public.

Le troisième est faible dès son entrée en piste. Il prend deux puyazos et fait une vuelta de campana. De tout cela, il sort complètement invalide. Toñete met rapidement fin à ce qui ne pouvait pas être une faena. Le toro est sifflé à l’arrastre.

Le quatrième est reçu avec métier, efficacité et classe par Urdialès. C’est un manso qui prend deux piques sortant seul de la rencontre. Le torero le brinde au public. Le toro est décasté mais Urdialès lui imposera sa loi. Après une superbe entrée en matière par des doblones et firmas, il met le toro au centre du ruedo. Avec simplicité et sincérité, le torero d’Arnedo enchaine des muletazos efficaces et pourtant élégants. Au contraire de Castella qui a toréé sur le déplacement son Jandilla, il respecte les trois temps de la passe. Il prend le bicho là où il est, le fait passer là où il veut et le met là où il veut le reprendre pour la passe suivante. Et en plus il le fait avec classe et en pesant sur son adversaire. Une entière en place et portée avec sincérité, Diego coupe une oreille amplement méritée et qui aurait du être doublée compte tenu de celles accordées précédemment à Castella.

Le cinquième a un comportement « cyclothymique ». Un coup je charge avec violence, un coup je suis apathique. Il est mis deux fois au cheval. A peine au contact, il sort seul. Très manso, il est quasiment pas piqué (le mouchoir rouge n’aurait pas été scandaleux). Il charge Castella lors du brindis. Le torero s’en sort par des doblones improvisés au centre de la piste. Le toro est décasté, regarde régulièrement les planches. Il est dangereux. Castella est un professionnel expérimenté. Il en tire quelques muletazos, y compris des cambiadas, avant de le tuer d’une entière trasera. Salut du torero, on ne comprend pas pourquoi certains applaudissent l’arrastre.

Le sixième et dernier est un jabonero. Il met bien la tête dans le capote côté droit. Il est très mal piqué, subissant deux sévères cariocas. Il est andarin, court de charge. Il demande une lidia autoritaire et un torero expérimenté. Toñete est encore très vert, ne sait pas résoudre les problèmes posés par le Jandilla. Il baisse rapidement pavillon et tue d’une entière basse (mais efficace) après un pinchazo.

 

Fiche technique :
Arènes de Dax, troisième corrida de la Féria 2019
Six toros de Jandilla décastés et manquant de race pour :

Diego Urdialès : silence, un avis et une oreille
Sébastien Castella : deux oreilles, un avis et salut
Toñete : silence, silence

Douze piques et picotazos, cavalerie Bonijol
Président : Jean Charles Boué
Un hommage a été rendu à Urdialès pour fêter ses vingt ans d’alternative
Castella n’a pas voulu sortir à hombros
Gradins remplis à 90%
Soleil et chaleur retrouvés

Thierry Reboul