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Parentis (11/08/2019) : Matinée pluvieuse, novillada heureuse...

©Matthieu Saubion
©Matthieu Saubion
Il y a quelques années, j’avais titré « tienta pluvieuse, féria heureuse » au sujet des Fêtes de Parentis. Il avait bien plu lors de la tienta, mais la Féria n’avait pas été heureuse. Cette année, il a beaucoup plu dans la matinée de dimanche, et cette fois-ci la novillada du centenaire de la corrida à Parentis a été une très intéressante course.

Les organisateurs de l’ADA avaient décidé d’honorer les élevages qui ont marqué l’histoire taurine de la cité landaise. Seule manquait à l’affiche Guardiola Fantoni, grand élevage andalou, dont la dernière novillada a été combattu dans les arènes Roland Portallier. Parmi les élevages prévus figurait celui de Tabernero de Vilvis. Le novillo initialement prévu a été tué au campo, son remplaçant s’est cassé une corne au débarquement tout comme le remplaçant du remplaçant. C’est un novillo de Raso de Portillo qui a complété le cartel. Espérons que ce n’est que partie remise, et que l’on verra bientôt un toro ou un lot de l’élevage de Garcirrey dans le pays de Born.
Tous bien présentés, dans le type de leur fer, les novillos ont eu des comportements variés mais toujours intéressants avec une mention spéciale au premier Raso de Portillo et à l’utrero de Los Maños. Le problème de Parentis est souvent de trouver des toreros capables de lidier le bétail choisi par l’ADA. Ce dimanche, novilleros, piqueros et banderilleros ont été à la hauteur et le public ne s’est pas rendu compte que le temps passe. Le moral de l’équipe de l’ADA, en berne après la novillada de Samedi, est reparti au beau fixe. Comme pour tous les organisateurs, il reste à faire les comptes. La très bonne entrée pour cette seconde course devrait compenser celle plus faible de la veille.


En premier lieu sort un joli novillo de Raso de Portillo qui accroche le capote de Juan Carlos Carballo. Il prend un premier puyazo en poussant, la seconde rencontre est plus légère. Bien qu’un peu juste de forces, le bicho est noble mais sans naïveté. Il demande une lidia sérieuse. Carballo, novillero découvert par l’ADA, a du métier, du recours et de l’envie. Il se croise et en pesant sur le Raso, enchaîne de très bonnes séries à droite. Le toro a de la race et transmet de l’émotion. Le novillero l’aguante bien et guide la charge avec efficacité. A gauche, le toro est plus court. Retour à droite, Juan Carlos le cite de loin pour une dernière série à un bicho qui commence à aller à menos. L’utrero est un peu difficile à fixer pour entrer à matar. Le novillero s’engage pour une bonne épée un peu longue à faire effet, comme souvent les estocades en place. Oreille pour le torero et applaudissements pour l’arrastre.


Le second est un jabonero de Prieto de la Cal, lui aussi dans le type de la ganaderia. Il est abanto et remate fort dans les planches (autre caractéristique de ce fer). Il sera peu et pas très bien piqué. José Cabrera le banderille avec efficacité et réussite. Le Veragua est un peu juste de forces et, comme ses congénères d’Orthez, court de charge. Le novillero est motivé. Il s’applique et tire ce qui est possible d’un toro qui baisse très rapidement de rythme et finit avisé. Cabrera abrège la faena après la cinquième série. Silence après un pinchazo, un entière prudente et quatre descabellos.

Le troisième est un Valdellan, élevage découvert à Parentis. Lui aussi dans le type, il est plus fuyard qu’abanto à sa sortie en piste. Tercio de piques compliqué, en effet les deux puyas successivement utilisées par le piquero cassent au contact du toro. L’utrero est peu piqué. Ce qui n’est pas un vrai problème car il est juste de forces. Cristobal Reyes le banderille. Du tercio, on retiendra l’excellent troisième paire de banderilles al quiebro. Le toro est manso, tardo. Il accroche le novillero en début de faena lors d’une première série de rodillas. Il est compliqué. Querencioso, il part immédiatement aux planches. Le novillero essaie de le remettre au centre. C’est peine perdue. Cristobal finit par le toréer dans sa querencia. Il peut enchaîner, avec application, trois séries de passes. Il profite d’une charge inopinée du Valdellan pour placer une estocade opportuniste et entière al recibir. Salut du torero.

Le quatrième est un Pablo Mayoral bien présenté comme ceux sortis, il ya peu, à Orthez. Il est juste de forces, coupe le terrain et se retourne vite. Après une première pique trasera, il prend un picotazo. Le novillo est faible mais plus de genio que de bravoure. Carballo a envie de bien faire et il fait bien. Il essaie de toréer à mi hauteur, tire trois bons derechazos. A gauche, c’est plus compliqué car le novillo est avisé quand le novillero commence à le toréer par des naturelles. Comme ses congénères d’Orthez, le Pablo Mayoral s’éteint très vite. Carballo s’engage et le tue d’une entière contraire, silence pour le torero.


Le cinquième est un bel exemplaire du fer de Los Maños qui sort avec beaucoup de peps. Il humilie bien à gauche dans le capote, un peu mois sur l’autre corne. Il prend une bonne première pique en mettant les reins. Mis en suerte plus loin, il se rapproche et part pour un second puyazo pris en poussant. Sur un quite de Cristobal Reyes, il fait un vuelta de campana vant de prendre avec bravoure une troisième pique. Bien banderillé par José Cabrera, il remate à plusieurs reprises aux planches. Le novillo est noble, il charge avec régularité, une certaine alegria mais n’est pas naïf. Très bon début de faena de Cabrera qui à droite pèse sur le novillo. A gauche, c’est un peu plus difficile et c’est le toro qui prend le dessus sur le novillero sur la première série sur cette corne. Suit une seconde où le torero baisse plus la main et est forcément dominateur. Comme souvent les produits de cette ganaderia, le Los Maños, sur la fin de la faena, commence à rompre et à partir vers les planches. Intelligemment, Cabrera n’insiste pas. Malheureusement le torero d’Almeria va perdre à l’épée l’oreille qu’il avait largement gagnée muleta en main. Mouchoir bleu pour le toro et vuelta également pour le torero qu’il partagera avec la fille du ganadero.


Le sixième est un Raso de Portillo, joli novillo lucero. Il prend, en poussant, une première pique sans avoir été mis en suerte, ou plutôt envoyé par maladresse par un peon sur le cavalier. Il ne pousse pas à la seconde rencontre. Il est banderillé par la cuadrilla. Deux premières séries sur la corne droite intéressantes. Le novillo a une belle charge et le novillero est sincère et s’applique. D’un seul coup, le novillo devient soso, charge au pas tout en nécessitant de la vigilance de la part du torero. Cristobal Reyes veut bien faire. Il se croise, essaie de prolonger la charge du toro mais il insiste trop et la faena va à menos. Il prend l’épée, amène le toro dans le terrain des piques. Spontanément le Raso retrouve de l’énergie et charge, comme en début de faena, avec une certaine alegria. Regain d’énergie qu’il sera intéressant d’analyser avec des professionnels ou en se replongeant dans l’ouvrage de Claude Popelin «Le taureau et son combat ». Cristobal s’engage avec foi pour une très belle et efficace estocade qui a elle seule justifie l’oreille coupée.


Forte ovation aux trois toreros quand ils quittent le ruedo et sourire revenu sur le visage des organisateurs.

Fiche technique : Novillada du centenaire de la première corrida dans les arènes de Parentis
Six novillos, dans l’ordre de sortie de, Raso de Portillo, Prieto de la Cal, Valdellan, Pablo Mayoral, Los Maños et Raso de Portillo, excellents le premier Raso et le Los Maños, pour :

Juan Carlos Carballo : un avis et une oreille, silence
José Cabrera : silence, vuelta (partagée avec la fille du ganadero)
Cristobal Reyes : un avis et salut, une oreille

Treize piques, cuadra Garcia
Vuelta au novillo de Los Maños
Président : Bernard Sicet
Plus de trois quarts d’arène
Ciel enfin dégagé après les fortes pluies de la nuit et du début de matinée.
A l’issue du paseo, une minute d’applaudissements a rendu hommage à Michel Benito, grand aficionado récemment décédé.

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Matthieu Saubion