Aire sur l'Adour (01/05/2019) : Une oreille pour Juan Carlos Carballo et Dorian Canton...

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©Philippe Latour
©Philippe Latour
Cette année, c’est la Peña des Arsouillos qui a pris seule la responsabilité de l’organisation de la novillada du 1er Mai à Aire sur Adour. Cette association est à la fois un regroupement de jeunes aficionados et une banda. C’est donc autour de leurs deux passions qu’ils ont articulé le programme de cette journée.

Avec l’aide de bandas amies, ils ont animé de fort belle manière l’avant corrida et les temps morts entre les toros. Pour la partie taurine, on sait l’appétence toriste des Arsouillos et c’est donc l’élevage de Juan Luis Fraile qu’ils ont choisi pour cette novillada. Bien présentés, dans le type Graciliano, les utreros ont constitué un lot de trois et trois. Tout d’abord sont sortis trois toros compliqués, posant des problèmes par leur violence et la difficulté à canaliser leurs coups de tête, puis trois autres , justes de forces ,qui humiliaient plus naturellement. Ils ont pris un total de dix sept piques sans réelle bravoure, se défendant sous le fer et sortant souvent seuls. A la muleta, ils ont été exigeants, demandaient une lidia efficace et autoritaire et peut-être un peu plus de recours et d’expérience de la part des novilleros.
Le premier donne des hachazos dès les premiers capotazos de Juan Carlos Carballo. Mal mis en suerte, il prend une première pique trasera et carioquée. Il sort seul de la seconde avant de prendre un troisième puyazo en s’investissant un peu plus. Ses coups de tête posent des problèmes aux banderilleros. Il arrive au troisième tiers avec une charge courte et brusque. Il ne baissera jamais la tête d’autant plus que Carballo ne le châtie pas beaucoup en début de faena. Le novillero de Cacérès est très courageux. Il se croise avec sincérité mais le toro est compliqué et retient sa charge ; Juan Carlos tire quelques muletazos valeureux surtout sur la corne droite, les deux meilleurs lors de la dernière série. Sur la gauche le Fraile vient moins bien. Le toro va à menos et Carballo conclue sa faena d’une entière après avoir pinché deux fois.

Le second sera le « Bad Boy » du lot. Attendu à porta gayola par Maxime Solera, il ne voit pas le torero à sa sortie. Le novillero, stoïque, l’attend et lui donne une larga afarolada de rodillas. Dès le début, il donne des coups de tête dans les capes. Il prend quatre piques, sans pousser, en se défendant et sort de ce premier tiers insuffisamment châtié. Tout au long de la faena, il charge la muleta avec violence, sans baisser la tête et met le torero en difficulté  Le novillero essaiera avec courage mais n’arrivera pas à résoudre le problème posé par le Fraile sur la corne droite. La corne gauche est elle impossible. La faena va rapidement à menos. Maxime, qui tue de la main gauche, va connaître une après-midi difficile avec les aciers. Il pinche trois fois avant de conclure par une entière très basse qui provoque une hémorragie.

Le troisième est plus faible que les deux premiers. Mal piqué, il prend deux puyazos sans pousser. Mathieu Guillon et Manolo de los Reyes sont invités à saluer après un bon tercio de banderilles. Dorian Canton, profite du fait que le novillo baisse la tête pour le toréer par le bas, donnant de bons derechazos. Mais le Fraile perd les pieds à deux reprises. A mi hauteur, il raccourcit sa charge, A gauche, le novillo est plus difficile. Dorian, revient à droite s’applique, mais l’ensemble manque de transmission. Après un adorño chahuté, le jeune béarnais connait quelques difficultés avec les aciers. Il pinche deux fois avant de placer une vilaine entière basse et en avant.

Le quatrième est abanto, distrait, mais il baisse la tête dans la cape de Juan Carlos Carballo. Il sera le mieux piqué de l’après-midi. Il vient fort au cheval, se défend lors des deux premières rencontres avant de prendre une troisième pique, bien administrée par le cavalier, en poussant. Le toro est plus noble que les trois premiers. Carballo le double avec autorité et efficacité. Il trouve rapidement les bons sitio et terrain, et enchaîne, en se croisant, et parfois de face des séries courtes sur les deux pitones, qui portent sur le toro et le public. Le novillero construit une faena intéressante, domine son opposant créant par son courage et son style une émotion qui lui attire les faveurs du public. Il s’engage avec beaucoup de sincérité pour tuer et se fait prendre très spectaculairement. L’estocade, légèrement en avant, est efficace. Juan Carlos coupe la première oreille de la tarde. A l’issue de sa vuelta, il gagne l’infirmerie où il sera pris en charge par l’équipe médicale pour une cornada interne.

Le cinquième, à sa sortie remate dans les planches et humilie dans le capote de Maxime Solera. Il prend une première pique trop forte et surtout dans l’épaule, puis une seconde en, arrière. Il est noble mais très éprouvé par le premier tiers, il manque de chispa quand il charge la muleta sur la corne droite. A gauche, il ne passe pas. Le Fraile devient rapidement soso. Solera prolonge trop une faena qui manque de transmission. Une nouvelle fois, il tue mal.

Le ganadero a insisté pour que le dernier soit intégré au sorteo. Le novillo, joliment fait, sera le  « moins compliqué » du lot. Distrait, fuyard, il manque de bravoure au cheval (deux piques sans pousser et en sortant seul) ; Salut d’El Santo et de Manolo de los Reyes au second tercio, Dorian débute sa faena dans les tablas. Le toro répond au cite et met la tête dans la muleta au début de la passe mais sort en cherchant des yeux les planches près desquelles il aimerait se réfugier. Après deux bonnes séries à droite, le novillero s’applique, ne se croise probablement pas forcément assez et a du mal à garder la tête du toro dans la muleta en sortie de passe . Petit à petit le Fraile emmène le torero dans les tablas et la faena va à menos. Le public réclame et obtient une oreille (pétition majoritaire) après cette faena et surtout une estocade beaucoup trop en avant.


Fiche technique :
Arènes d’Aire sur Adour, novillada de la Fête des Arsouillos
6 novillos de Juan Luis Fraile bien présentés compliqués les trois premiers, plus nobles les trois derniers pour
Juan Carlos Carballo : un avis et silence, une oreille
Maxime Solera : silence, un avis et silence
Dorian Canton : silence, un avis et une oreille
Dix sept piques, cavalerie Garcia (Tolède-Madrid) qui remplaçait la cavalerie Bonijol bloquée pour un problème sanitaire
Le prix à la meilleure pique n’a pas été attribué
Salut de Mathieu Guillon et Manolo de los Reyes au troisième et d’El Santo et Manolo de los Reyes au sixième
Président : Pascal Darquié
Un tiers d’arène
Ciel moutonneux, air chargé en pollen et difficilement respirable en particulier pour les toreros.

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour