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Gamarde (31/03/2019) : Aguado, un triomphe qui en préfigure d’autres...

©Philippe Latour
©Philippe Latour
C’est désormais un rituel du calendrier taurin. La première corrida de la temporada française a lieu dans les arènes couvertes de la cité chalossaise de Gamarde.

La placita, à l’origine fief de la course landaise, est devenue un lieu incontournable de la tauromachie espagnole dans les Landes. En cinq ans, l’organisation a progressé et surtout le bétail présenté est devenu par sa présentation digne de bien des arènes de catégories supérieures. Les organisateurs ont su prendre le risque de sortir de l’encaste Domecq, en proposant au public, qui garnissait presque totalement les gradins, une course d’origine Murube.
Les toros de Castillejo de Huebra ont affiché un promedio supérieur à 520 kg avec trois toros très typés Murube et trois autres plus hauts et fins. Parfois juste de forces, ils ont manqué de fond mais permettaient, par leur noblesse, aux toreros de s’exprimer à condition d’être en capacité de peser sur leurs adversaires.
Si Pablo Aguado, artiste et lidiador, a été à la hauteur des espoirs mis en lui, José Garrido a semblé à cours de « compétition » et peut-être de motivation. David Galvan, appelé de la dernière pour remplacer Daniel Luque, a fait illusion à son premier et n’a pas convaincu à son second.

Le premier, dans le type et bien armé, a dès son entrée en piste le comportement idéal du toro de rejon destination habituelle aujourd’hui des toros d’origine Murube. Juste de forces, il est gazapon et suit matador et banderilleros sans jamais accélérer. Il prend une pique en poussant. David Galvan, jusque là plutôt élégant avec le capote, brinde au public et entreprend le toro par le haut. Le Murube bouscule le torero heureusement sans mal. Le Castillejo manque de moral, regarde à chaque sortie de passe vers les talanquères. Le torero est élégant mais il enchaine des séries à droite très marginales et souvent sur le voyage. Dès qu’il passe sur le piton gauche , le plus compliqué, il est débordé .Le final pueblerino porte sur une petite partie du public qui réclame et obtient une oreille pour le torero de Cadiz après une entière verticale portée à la rencontre. Le trophée accordé un peu généreusement est contestée par une partie du public.

Le second, invalide, est renvoyé au toril et est remplacé par un exemplaire du même fer. Garrido l’accueille par une larga de rodillas. Il prend deux piques poussant à la première et venant du milieu à la seconde sans totalement s’investir sous le fer. Brindis au public et début de faena par le haut, le torero de Badajoz enchaîne sur une bonne série à droite. Il se croise, pèse sur le toro qui, noble, se laisse embarquer dans la muleta sur les deux pitones. Dès la troisième série, Garrido ne se croise plus, toréé fuera de cacho et sur le voyage. Le toro, non dominé, finit par baisser de ton, va à menos et la faena, trop longue, se termine bien plus mal qu’elle n’a commencé. Silence après une épée basse et trasera.

Le troisième, plus haut que les précédents, prend une pique forte et carioquée. A la cape et à la muleta, il est noble. Pablo Aguado l’amène des tablas au centre avec beaucoup d’élégance alternant derechazos et trincheras. Le sévillan est en grand progrès. Il construit une faena, enchaînement de passes fluides, templées, toréant avec le vuelo. On retiendra de ce joli moment de toreo à la fois dominateur et artiste de superbes naturelles de face ou en se croisant avec un temple très andalou. Le sévillan enchaînera également des derechazos avec des changements de main et pecho final qui devrait faire se lever le public andalou lors de la prochaine féria d’Avril (ou plutôt de Mai) Un premier pinchazo après une tentative à recibir, Pablo conclue par une demie tendida et un descabello et coupe une oreille que personne ne contestera.

Le quatrième est accueilli au capote par un David Galvan qui recule à chaque passe. Mal piqué, le toro arrive à la muleta sans être fixé. Très superficiel, Galvan le toréé sur le voyage, sans se croiser. Il se laisse enfermer dans les tablas par un toro qui manque de fond mais qui offrait quelques possibilités. La faena manque de transmission et s’éternise. Le final très pueblerino, ne porte même pas sur le public. Silence après une entière contraire longue à faire effet.

Le cinquième prend un picotazo sans pousser. Garrido réalise un joli quite par ortecinas qui laisse présager son envie de s’arrimer. Hélas le début de la faena est profilé et brouillon, le torero ne trouve pas le sitio et accentue les défauts d’un toro qui finit par l’accrocher. Vexé d’être mis en difficulté, José Garrido termine sa faena par deux séries mieux construites. Il tue d’une épée, habile, basse et trasera, très rapide d’effet qui lui permet de couper une oreille généreuse.

Le sixième, très Murube, bizco avec une armure « sérieuse » se retient dans la cape. Aguado le règle au capote mais a du mal à enchaîner avec des passes plus « artistiques ». Plus manso que brave, le toro pousse et renverse le groupe équestre blessant le piquero et le cheval. Il prend un second puyazo plus léger du picador de réserve. Le bicho est manso compliqué, exigeant et demande les papiers. Pablo Aguado s’arrime, se croise, aguante et tire des passes sincères et parfois élégantes à un toro qui aurait posé des problèmes difficilement surmontables à d’autres toreros. C’est une autre facette de la toreria du jeune sévillan qui a montré qu’il pouvait être aussi un lidiador courageux et efficace. Il tire ce qui pouvait l’être du Castillejo de Huebra avant de tuer d’une entière en place et efficace. Il coupe une seconde oreille. Il sort à hombros de la placita chalossaise après un triomphe qui ne sera probablement pas le dernier pour un torero en grand progrès et qui devrait être présent dans toutes les grandes arènes de France et d’Espagne.


Fiche technique
Arènes de Gamarde : ouverture de la temporada française
5 toros de Castillejo de Huebra, encaste Murube, (dont un 2nd bis comme sobrero) et un de José Manuel Sanchez (le 6ème même origine) pour :

David Galvan : une oreille contestée, un avis et silence
José Garrido : silence, une oreille
Pablo Aguado : une oreille, une oreille

Huit piques dont une chute au sixième avec blessure du piquero (épaule déboitée), cavalerie Bonijol
Président : Philippe Lalanne
Quasi lleno
Douceur de printemps bien avancé faisant regretter que les arènes soient couvertes

Thierry Reboul

Voir le reportage photographique : Philippe Latour