Samadet (04/11/2018) : Le pouvoir à la jeunesse...

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©Philippe Latour
©Philippe Latour
C’est maintenant une tradition. Les aficionados landais se retrouvent en fin de temporada à Samadet pour le festival caritatif organisé par Marc Serrano avec l’aide de la Peña Al Violin et de Didier Cabanis. Dommage qu’il n’y ait pas plus d’une moitié des gradins qui soit occupée au moment du paseo. Comme d’habitude, tous les participants sont venus gratuitement pour cette course organisée au profit de l’association du service de pediatrie de l’hôpital de Mont de Marsan.

Correctement présentés, compte tenu du contexte, les bichos, offerts par les ganaderos, ont eu des comportements très inégaux. De l’ensemble ressort un très bon novillo de la toute jeune ganaderia provençale Los Espejos auquel il a manqué un peu de forces pour exprimer totalement ses qualités de race et de noblesse. Ont également été intéressants le premier des deux novillos de Pagès Mailhan, encasté et très exigeant, et le bicho des frères Gallon très noble.
Ambiance nostalgique quand à l’issue du paseo, Serge Dupouy a rendu hommage à Alberto Aguilar qui mettait un terme à sa carrière à l’issue de ce festival.
Des toreros présents, c’est le novillero béarnais Dorian Canton qui a triomphé à l’issue d’une faena où il a confirmé sa capacité à s’adapter à l’encaste et au comportement du novillo auquel il est confronté.

Si le festival a été conclu par Jean Laroquette, le jeune élève d’Adour Aficion, il a été débuté par un torero aux tempes grisonnantes, El Boni. Ce dernier a été opposé à un novillo de la ganaderia Marques de Quintanar Le bicho est distrait et fuyard, ce qui oblige le torero a imposé son autorité dès les premiers capotazos. Le Quintanar est manso. Il prend deux piques sans pousser et en se défendant. Il charge avec violence dans les doblones qui débutent la faena. El Boni impose à nouveau son autorité dans les deux premières séries à
gauche. A droite, le novillo s’arrête au trois quart de la passe puis cherche à partir dans les tablas. Toro et faena vont à menos. Le torero manque d’officio avec les aciers et la mise à mort est laborieux.

Le second est un novillo des frères Gallon. Il fait montre de noblesse dès les premiers capotazos de Davila Miura et prend en poussant une bonne, et unique, pique. Le torero commence sa faena à mi hauteur et en douceur pour aider un toro qui a beaucoup de noblesse, qui répète avec envie dans la muleta mais qui a besoin d’être soutenu. Après deux bonnes séries à droite, le novillo se livre moins bien dans les premières séries de naturelles avant de se reprendre aidé par le leurre que le torero lui laisse sous le museau tout au long de la passe. Il a probablement manqué un peu de forces à ce bicho pour que le torero puisse donner plus d’intensité à sa faena. Eduardo coupe la première oreille de la tarde après une demi estocade en arrière.

Le troisième a été offert par Jean Marie Raymond à son ami Marc Serrano. Le Virgen Maria est accueilli par une larga de rodillas avant une bonne série de véroniques. Il est manso et se défend au cheval. Il arrive décomposé au troisième tiers, s’arrêtant à mi passe et envoyant systématiquement un coup de tête à la sortie du muletazo. Marc réduit les terrains, tire (ou arrache) quelques passes isolées avant de pouvoir lier une bonne dernière série à gauche. Le nîmois, un peu déçu, fait une vuelta après avoir tué d’une demie basse et deux descabellos.

Le quatrième est un Pagès-Mailhan (origine César Chico), léger mais avec de la tête. Le toro sort avec beaucoup de gaz, prend une première pique en mettant les reins .Il vient ensuite avec bravoure pour une seconde rencontre plus légère. Il charge avec alegria. Il a de la caste. Alberto Aguilar a du mal, en début de faena, à trouver le bon sitio et à peser sur un animal qui met la tête mais qui exige une lidia plus autoritaire que celle proposée par le torero. Le madrilène, avec son courage habituel, arrive à lier une très bonne série à droite. La fin de faena est plus brouillonne. Alberto coupe une oreille après avoir tué d’une entière basse.

Le cinquième est un Marques de Quintanar petit, brocho et gacho. Bien reçu à la cape par Antonio Nazaré, il prend une seule pique sans pousser et en sortant seul. A la muleta, il est tardo et a une charge courte. Le sévillan a une tauromachie plutôt élégante et qui demande une opposition noble et qui transmet de l’émotion. Très vite la faena va à menos, malgré la bonne volonté du torero, parce que le toro a baissé de ton et n’offre que peu d’options. Silence pour le torero après une demi-épée basse.

Après les anciens, vient le tour des jeunes. Jeune élevage, puisque la ganaderia Los Espejos faisait à Samadet sa première sortie en public et jeune, mais déjà expérimenté, torero puisque son novillo a été toréé par le béarnais Dorian Canton. Le bicho, très typé Santa Coloma, a été le plus intéressant de l’après-midi. Dès son entrée en piste, il humilie avec beaucoup de classe. Il prend une seule pique en mettant les reins, soulevant le groupe équestre. Il sort éprouvé de cette rencontre. En plus du physique, il a le comportement de son encaste. Il répète dans la muleta avec beaucoup de fixité et surtout en baissant la tête. Avec beaucoup d’intelligence, Dorian Canton le toréer en lui laissant la muleta toujours devant le museau et avec beaucoup de douceur ce qui permet de mettre en évidence les qualités du novillo tout en lui permettant de durer malgré sa faiblesse. Dorian, que l’on a vu guerrier face à des novillos compliqués, nous montre qu’il est capable de toréer avec finesse et douceur quand la situation l’exige. Le jeune torero, qui a fait d’énormes progrès lors de sa première temporada en piquée, coupe deux oreilles méritées après une quasi entière efficace. Le novillo est applaudi à l’arrastre et la ganadera est invitée à saluer par Dorian.

Le septième novillo est un Pagès Mailhan issu du même moule que celui toréé par Davila Miura. Il prend deux piques en se défendant. A la muleta, il nécessite lui aussi une lidia autoritaire car c’est un manso con casta, plus compliqué que celui sorti en second. Baptiste Molas, venu en remplacement de Victor Mendès blessé, prend le problème par le bon bout en début de faena. Il double le bicho avec autorité, l’améliore sur les deux premières séries à droite. Puis il commence à privilégier une tauromachie plus « artistique » et pèse moins sur un toro qui finit par prendre le dessus, lui imposant son terrain et l’obligeant à reculer. La faena, uniquement droitière, pourtant bien entamée, est allée à menos par manque de métier et de domination. Elle est conclue par une entière atravesada. Le jeune dacquois est invité à saluer au tiers.

C’est Jean Laroquette, Juanito, qui conclue la tarde en toréant sans mise à mort, car âgé de moins de seize ans, un eral offert par les frères Bats, propriétaires de la ganaderia Alma Serena. Face à joli et intéressant bicho, le jeune espoir béarnais, a laissé entrevoir de belles qualités de capeador. A la muleta, il a enchaîné de très belles naturelles avec quelques jolis adorños. Le garçon a beaucoup de style et d’originalité dans sa matière de toréer et sera à suivre dès que son âge lui permettra de passer en novillada non piquée.

Fiche technique
Arènes de Samadet,

Festival organisé au profit de l’association du service de pédiatrie de l’hôpital de Mont de Marsan ;
Huit novillos et eral, offerts par leurs ganaderos, dans l’ordre de sortie suivant : Marques de Quintanar, Gallon, Pagès-Mailhan, Virgen Maria, Marques de Quintanar, Los Espejos,
Pagès-Mailhan et Alma Serena pour :

El Boni : silence
Eduardo Davila Miura : une oreille
Marc Serrano : vuelta
Alberto Aguilar : une oreille
Antonio Nazaré : silence
Dorian Canton : deux oreilles
Baptiste Molas : salut au tiers
Jean Laroquette « Juanito » : deux oreilles symboliques

Dix piques (cavalerie Bonijol)
Alguaciles (cuadra Christophe Dubroca), cuadra de caballos (Bonijol), Arrastre (Mimi Lamarque) tous bénévoles.
Président : Pascal Darquié
Moins d’une demi-arène

Thierry Reboul

 

Voir le reportage photographique : Philippe Latour