• 1

Béziers (12/08/2018 - tarde) : Padilla et Bautista triomphent ; oreille pour Ferrera...

©ElTico
©ElTico
Décidément, les présidences biterroises ont l'Art, d'une année sur l'autre, de faire parler d'elles... En refusant la seconde oreille du quatrième Nuñez Del Cuvillo, demandée unanimement par le public qui garnissait aux deux tiers les arènes du Plateau de Valras, le Président Daudé s'est vu offrir une bronca majuscule dont même l'orage qui grondait au loin a eu peur, préférant rester à distance du courroux populaire.

Certes, il expliquera demain dans la presse régionale écrite, comme il en a l'habitude, que l'octroi d'un deuxième pavillon est de sa seule discrétion. Et il aura raison. La raison des textes et des règlements. Mais que serait la Loi sans l'Esprit de la Loi ? Sérieusement, on en a vu d'autres, surtout à Béziers, non ? Cette corrida qui fêtait les adieux du "Pirate" à l'aficion biterroise, aurait dû se clôturer par sa sortie a hombros via la Grande Porte, après une faena certes "Padillesque", mais oh combien émouvante et lors de laquelle il a, une nouvelle fois, visiblement fatigué après sa prestation Dacquoise et le trajet qui s'en est suivi ce matin, tout donné à son public...
Face à un lot de Nuñez Del Cuvillo donnant du jeu en général, Antonio Ferrera et Juan Bautista ont également coupé des oreilles : Une pour l'Espagnol face à son premier, le cinquième faisant mentir l'adage. Deux pour Juan Bautista au terme de deux faenas intelligentes, parfaitement adaptées aux conditions de ses adversaires, le manso sixième étant couché d'une entière d'école a recibir, d'effet foudroyant.
Pas de sortie a hombros par la porte des cuadrillas pour les deux triomphateurs du jour, qui ont préféré quitter le ruedo accompagnés d'Antonio Ferrera sous une énorme ovation.

Laurent ElTico Deloye


La chronique d'Alexandre Guglielmet :

Juan José Padilla sembla émoussé physiquement après avoir toréé ce matin à Dax, laissant le soin à son lidiando de mettre le toro en suerte lors de deux piques mal données. Confirmation de ce manque de fraîcheur, le torero laissa à ses subalternes l'exécution du tercio de banderilles. Face à un Cuvillo maniable mais sans classe, Padilla servit une faena dans le style de la casa. Connectant instantanément avec un public acquis à sa cause, le natif de Jerez livra des séries plaisantes sur la rive droite avant de partir dans un registre plus baroque à base de molinetes à genoux, naturelles en regardant le public, martinete, double pecho. Faena visiblement pas au goût de la présidence puisqu'il ne céda pas à la pression populaire afin de déclencher la musique. L'espagnol tua par une épée maligne de côté, d'effet fulgurant. Oreille.

Antonio Ferrera salua le second par un capoteo très suave. Sur la première rencontre, la pique se brisa en son milieu, entraînant la chute du cavalier sans dégât. La seconde pique prise en bravito fut longue mais précise. A l'issue du tercio de varas, Juan Bautista partit au quite pour dessiner de très douces chicuelinas. Brindis au public. Le Cuvillo fut très noble mais sans déborder de force. Ferrera déploya un voile doux pour dessiner sur chaque bord des séries toutes en rondeur et en temple, malgré plusieurs placements douteux. En fin de labeur le toro baissa de ton, ce qui n'empêcha pas le diestro espagnol d'imprimer encore quelques passages plaisants et inspirés. Mort par entière au second assaut face à un Cuvillo faisant preuve de caste avant de tomber. Oreille.

Juan Bautista salua le troisième du lot par larga avant que le Cuvillo ne prenne deux rations de fer, dont l'initiale lors de la mise en place du groupe équestre. Après un brindis au public, l'arlésien débuta par des doblones ajustés et délicats. A la muleta, le toro fut maniable. Juan Bautista, précis dans ses toques, trouva le bon sitio et put instrumentaliser un trasteo entretenu. L'arlésien enchaina les séries avec goût et poder, agrémentant le tout par un répertoire très varié.En fin de faena, le tricolore réduisit les distances et fit preuve de technique pour arracher les derniers passages. Manoletinas en guise de clôture de faena avant une mort par recibir au second essai. Oreille.

Le quatrième est très distrait lors de sa sortie. Dès son entrée dans le peto, le picador fut éjecté de la monture. Sur les capotazos suivants, le Cuvillo effectua une spectaculaire vuelta de campana avant de prendre une seconde rencontre assez appuyée. Pour le plus grand plaisir du public, le cyclone de Jerez posa les palos avec brio et alegria dont l'ultime paire al violin faisant lever la foule. Début de faena enjoué, les deux genoux en terre, refroidi par un désarmé sur le remate. L'animal ne proposa pas une grande charge, ayant du mal à répondre à toutes les sollicitations. Connecté avec le public, Padilla joua sur la corde du tremendisme pour construire son trasteo enjoué et populaire. En fin de combat, le toro s'éteignit complètement. Padilla chercha les derniers échanges sur la très courte distance, entre les pitons, ponctuant le tout par un desplante à genoux très padillesque. A la suerte suprême, l'espagnol logea une entière qui fit mouche sans attendre. Oreille avec très forte pétition de la seconde oreille, non accordée, pour ma part à juste titre si l'on se base sur le combat en lui même et non en hommage à sa carrière. Double vuelta, dont le dernier tour de piste vibrant et chargé en émotion.

Le cinquième est mal piqué sur une prise rectifiée avant une seconde sans histoire. A la sortie de cette rencontre, le Cuvillo se montra faible, à la limite de l'invalidité. Logiquement la seconde fut donnée à dose thérapeutique. A la muleta, Ferrera dut jouer les infirmiers pour maintenir à flot l'animal. Sans baisser la main, espaçant ses séries, l'espagnol put tirer quelques échanges au ralenti, très templées, mais sans parvenir à faire monter en intensité l'ensemble. Ovation avec Salut après une entière de côté.

Le sixième prit trois rations de fer dont la dernière sur le cheval de réserve. Sur les premiers échanges muleteros, le Cuvillo se montra manso. Juan Bautista déploya une muleta technique pour garder l'astado dans son voile et atténuer les envies de fuite de son adversaire. Malgré ce paramètre et un opposant sans classe dans ses charges, le français, très volontaire, réussit à donner une belle intensité à son combat. Près des planches, il édita une faena très convaincante, parfaitement maîtrisée, faisant preuve de domination et d'intelligence. Il tua par un estoconazo à recibir sin puntilla, délivrant un mouchoir du palco présidentiel.


Arènes de Béziers (34)
Dimanche 12 août à 18h.
6 toros de Nuñez Del Cuvillo
Poids : 545 , 580 , 585 , 515 , 510 , 520.
2/3 de plaza
Beau temps
Présidence : Michel Daudé
Durée : 2h30


J.J.Padilla : Oreille / Oreille avec pétition de la seconde.
A.Ferrera : Oreille / Ovation avec Salut.
J.Bautista : Oreille / Oreille.


Padilla faisait sa despedida à la plaza de Béziers et fut appelé à saluer après le paseo. Énorme ovation de la part du public bitterois.

Alexandre Guglielmet


Voir le reportage photographique : ElTico