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Dax (12/08/2018 - matinale) : Chaleur et petite oreille pour Manzanarès...

@Philippe Latour
@Philippe Latour
On dit que pour faire une bonne corrida, il faut du soleil et des mouches. Ce matin à Dax, le premier était présent, pour les diptères, ils avaient du faire la fête et se terraient dans un coin à l’ombre. Il faut aussi du public, le « no hay billetes » affiché sur les vitres de la taquilla depuis deux jours atteste qu’il y avait du monde aux arènes.

L’affiche côté toreros était bien montée avec les adieux de Padilla, un Manzanarès apprécié des dacquois et un Roca Rey qui peut toujours dynamiter un cartel. Mais il faut surtout des toros pour créer de l’émotion en piste, et le lot de Garcia Jimenez très justes de présentation et de têtes, justes de forces et décastés a plombé cette première corrida de la Féria Dacquoise. Quatre toros sur six ont été sifflés à l’arrastre. J’ai une grande admiration pour ceux qui en plein soleil ont supporté ce pensum de près de deux heures trente.
Seuls moments d’émotion, l’ovation faite au corralero Pompon blessé l’an dernier par un toro de Montalvo et la standing ovation faite à l’issue du paseo pour appeler Padilla à saluer au centre piste avant que l’édile dacquoise lui remette la médaille de la Cité Thermale. Tout le reste de la matinée n’a été qu’ennui et déception.

Le premier montre des signes de faiblesse dès sa sortie en piste et est protesté par une partie du public. Il prend deux piques sans conviction. Après un petit tercio de banderilles, Padilla brinde au public. Début de faena de rodillas pour amener le toro des planches au centre, le torero enchaine par une bonne série à droite. Le toro est fade, instable sur ses pattes et le « Cyclon de Jerez » opte pour une tauromachie plus distante et parallèle. Le toro ne transmet aucune émotion et même le final plus padillesque ne sort que partiellement le public de sa torpeur. Padilla abrège en le tuant d’une entière engagée mais basse et de travers et salue au centre après une pétition minoritaire, sifflets à l’arrastre.

Le second, lui aussi faible, est économisé à la seconde pique après avoir poussé un peu à la première. Le toro manque de force et tombe à la fin de la troisième passe de chaque série. Faena d’infirmier, élégante mais d’infirmier tout de même, pour un Manzanarès qui insiste un peu trop compte tenu du peu d’intérêt du toro. Silence pour le torero après une demie en avant, sifflets à l’arrastre.

Le troisième aux cornes abimées, est très court de charge. Mal et peu piqué, il manque de race, regarde vers les planches. La faena de Roca Rey se limite à quatre séries courtes et sans émotion, avant que le péruvien ne tue d’un vilain bajonazo rapide d’effet. De nouveau silence pour le torero et sifflets à l’arrastre.

Le quatrième met la tête dans la muleta mais est très juste de forces. Il pousse à la première pique et prend un petit picotazo à la seconde. Après un bon tercio de banderilles, le toro montre quelques mauvaises manières à droite ce qui oblige Padilla à le doubler et à le toréer de manière très « orthodoxe ». La faena est classique et nous rappelle que Juan José avait cette capacité à toréer en s’appliquant mais le toro manque très fade manque d’émotion. Il manque aussi de race quand il part dans les planches. Le torero, pressé de prendre l’avion pour Béziers, n’insiste pas et tue d’une bonne entière après un vilain pinchazo. Silence pour le torero et le toro, Padilla prend congé du public, reçoit une ovation de despedida teintée de déception d’un public déçu de ne pas avoir vu le Padilla qu’il était venu voir pour son dernier passage en terres dacquoises. Le départ anticipé pour cause de contrat biterrois a été mal vécu par une partie du public privé d’un temps de partage avec son idole à l’issue de la course.

Le cinquième sera le moins mauvais du lot. Ultra économisé à la pique, il a un peu de forces quand sonnent les clarines avant le troisième tiers. Avec métier et élégance, Manzanarès enchaine des séries élégantes, s’engageant un peu plus que d’habitude mais sans grande émotion face à un toro soso qui ne passait qu’à droite. José Maria coupe une oreille pour cette faena qui ne restera pas dans les mémoires après un recibir sincère dans l’exécution mais très approximatif et surtout long d’effet.

Le sixième, le mieux présenté du lot, sort avec fougue, tape un burladero et se casse une corne. Mouchoir vert, le toro ne veut pas rentrer malgré l’intervention des cabestros l’accès au corrales étant trop sombre. Manzanarès prend en main les opérations et réussit à faire réintégrer l’arrière boutique des arènes au récalcitrant. Le sobrero, du même fer, manque de force et est totalement décasté. Cinq séries à droite données par un Roca Rey démotivé à un toro lui aussi démotivé et une demie en place, un silence pour le torero et des sifflets pour l’arrastre viennent conclure une matinée décevante et à très vite oublier (sauf pour éviter cette ganaderia de peu de race et d’intérêt).


Fiche technique
Arènes de Dax, première corrida de la Féria 2018
Six toros de Garcia Jimenez (le sixième comme sobrero) justes de présentation, de forces et totalement décastés pour :

Juan José Padilla : salut au centre (légère pétition) et ovation de despedida
José Maria Manzanarès : silence, une oreille
Andres Roca Rey : silence, silence

Trois piques et neuf picotazos, cavalerie Bonijol
Pitos à l’arrastre des trois premiers et du dernier
Poids des toros : 505, 480,486, 515, 490, 490 (sobrero)
Président : Jean Charles Boué
Chaleur insupportable
No Hay Billetes

Thierry Reboul

 

Voir le reportage photographique : Philippe Latour