Istres (17/06/2018 - tarde) : Enrique ponce et Juan Bautista ouvrent la Grande Porte de la Corrida Lyrique...

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©ElTico
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"Qu'on parle de vous, c'est affreux. Mais il y a une chose pire : c'est qu'on n'en parle pas." Les arènes du Palio peuvent faire leur cette citation d'Oscar Wilde... Car cette Corrida Lyrique qui clôturait l'édition 2018 de la Feria d'Istres, fait et fera assurément parler d'elle... Peut-être même plus que le smoking.

A titre personnel, je ne sais que penser de ces nouveaux concepts, qui mettent la corrida au centre d'un décorum mélant différents autres Arts. Mais je suis en revanche certain de deux choses :
- La corrida au fil du temps s'est vue contrainte de s'adapter sous peine de disparaître. Qui accepterait aujourd'hui de voir des chevaux éventrés en piste ?
- Ce n'est pas en s'écharpant entre nous sur les réseaux sociaux que l'on fera avancer sereinement le débat sur l'inévitable changement d'époque qui se prépare, avec la montée d'une certaine pensée animaliste qu'une minorité voudrait universelle.
Factuellement, la Goyesque d'Arles est devenue au fil des années une date clé du calendrier taurin, quasiment une marque déposée en la matière et la Corrida Lyrique de ce dimanche affichait le "No hay Billetes" depuis jeudi.
Elle s'est par ailleurs terminée en triomphe, Juan Bautista coupant un nouveau rabo dans son jardin Istréen après une faena toute de pouvoir et d'inspiration à un Juan Pedro de grande classe, mais dont les qualités affichées devaient peut-être plus à la science du torero qu'à ses belles dispositions originelles... Pour sa part, Enrique Ponce a donné une nouvelle leçon de prestidigitation taurine face au quatrième, inventant un combat là où il n'y en avait pas et faisant chavirer les arènes sur sa seule personnalité. C'est ça aussi, le talent. Seul Gines Marin a semblé peu à l'aise dans ce contexte, n'ayant pas il est vrai, trouvé d'adversaire à la hauteur de l'évènement.

Laurent ElTico Deloye


La chronique d'Alexandre Guglielmet :

Le premier pour Enrique Ponce se montra distrait lors du capoteo de réception du torero de Chiva avant qu'il ne lui fasse administrer deux légères rations de fer quelconques. Après un brindis aux tendidos, le Juan Pedro se révéla juste de force sur les doblones d'ouverture. Sur les séries suivantes, l'astado confirma ce paramètre, perdant les mains à plusieurs reprises. Toreant à mi hauteur, jouant les infirmiers, l'espagnol tira le maximum de ce noble exemplaire sans pour autant faire monter en intensité son trasteo. Le manque de transmission du Juan Pedro fut compensée par les airs musicaux du concierto d'Aranjuez, donnant un cachet émotionnel à cette faena qui comporta quelques gestes de classe. Il tua par une épée habile légèrement de côté, faisant vaciller rapidement le Juan Pedro. Oreille.

Le deuxième pour Juan Bautista montra guère d'allant lors des capotazos de salida. Après une légère pique, l'arlésien se distingua lors d'un quite par chicuelinas ajustées, rematé d'une larga cordobesa. Juan Bautista fit vibrer instantanément le public par une entame inspirée, avec notamment deux passes dans le dos en marchant. Prenant instantanément la bonne distance à ce très noble exemplaire, Juan Bautista édita un véritable faenon au répertoire varié. Il fit lever la foule en dessinant des séries pleines de toreria, de goût et de pouvoir. L'arlésien remata cette prestation de haute volée par des luquecinas suivies par de circulaires parfaitement cadencées. Il tua d'un coup de canon par recibir au deuxième essai, faisant chuter aussitôt l'astado. Trophée maximum et excessive vuelta posthume au toro, sous une forte division d'opinions.

Gines Marin réceptionna son Juan Pedro par un capoteo varié et de très belle facture. Après un unique picotazo, Gines réalisa un quite mélangé de cordobinas et chicuelinas qui n'eût pas l'effet escompté, faute à un adversaire dévoilant un manque de solidité certain. A la muleta, le toro fut fade et sans charge, Gines Marin tenta de construire une faena mais se retrouva sans option de briller malgré quelques muletazos isolés, la musique jouant quant à elle abusivement, devant le peu de spectacle proposé. Mort en trois temps. Silence.

Après une réception heurtée, le quatrième fut mal piqué lors de deux piques consécutives. Au dernier tiers, le Juan Pedro se montra soso et sans émotions dans ces charges. Après quelques séries sans résultat artistique, Ponce fit déclencher l'air de l'Ave Maria, à la suite d'une tanda de naturelle toute en rondeur et en finesse du poignet. Hélas, la suite sur les accords de "jeux interdits" eut du mal à prendre son envol. Il fallut attendre les ultimes séries par poncinas et doblones de la "casa", saupoudrées d'un extraordinaire changement de main pour donner une tournure supérieure à ce combat. Deux oreilles excessives après une entière tombée d'effet fulgurant.

Juan Bautista salua le cinquième par un capoteo vibrant avant de mener soigneusement son adversaire au caballo par chicuelinas marchées. Après une unique puya, l'arlésien se chargea lui même de poser les palos avec une ultime paire al violin d'exécution parfaite. Au dernier tiers, le toro ne déborda pas de force malgré une noblesse affichée. Dépliant un voile très doux, toréant a mi-hauteur, il put tirer le maximum de cet opposant. Relâché et prenant du plaisir à toréer, il recita ses gammes sur chaque bord avec beaucoup de douceur et de temple avant de tracer une ultime tanda dans des terrains très réduits entre les cornes. Une mort en trois temps lui coûta un trophée malgré une pétition convenable. Énorme ovation avec salut.

Le dernier fut remplacé pour cause de boiterie par un toro marqué du fer de Parladé. Gines Marin l'accueillit par des veroniques bien léchées avant de lui faire administrer une légère prise de châtiment. Au dernier tiers, le Parladé ne montra guère de qualité. Gines réalisa une faena majoritairement gauchère, qui connut de bons moments sur cette rive mais sans parvenir à faire prendre du relief à cette partition longuette, sous un groupe musical jouant de nouveau abusivement. Redondos de clôture avant une fin par tiers de lame et un coup de descabello. Silence.


Arènes du Palio à Istres (13)
Dimanche 17 juin à 18h.
Toros de Juan Pedro Domecq et un de Parladé , de présentation commode.
Poids : 510, 500, 500, 505, 530, 550,465.
No hay billetes.
Beau temps
Durée : 2h45

E.Ponce : Oreille / Deux Oreilles après avis.
J.Bautista : Deux oreilles et la queue / Ovation avec Salut.
G.Marin : Silence / Silence après avis

Sortie par la grande porte d' Enrique Ponce et Juan Bautista.
Vuelta posthume au numéro 130, de nom Manijero, né en janvier 2012 et pesant 500 kilos, sorti en deuxième position.
Décoration de piste: Yohan Clement Morcillo.
Chant : Asae Suzuki & ses choeurs
Guitare : Lucas Romero
Musique : "Chicuelo II"


Alexandre Guglielmet


Voir le reportage photographique : ElTico