• 1

Mauguio (10/06/2018) : Mano a mano triomphal et indulto d'"Opulento", de Gallon...

©ElTico
©ElTico
Les professionnels de la profession disserteront à l'envi sur l'indulto d'"Opulento" et polémiqueront jusqu'au bout de la nuit, j'espère sans apostrophe et autour d'un verre, sur son unique pique, la catégorie des arènes, le fait que sa grâce serve ou obère l'avenir (...?) de la tauromachie... Je préfère garder en mémoire son extraordinaire piton gauche, ses charges inlassables, sa transmission...

Mais surtout les yeux embués de Michel et Jean-Pierre Gallon, qui se donnent coeurs et âmes à cette ganaderia qui représente tant à leurs yeux. Et puis l'extraordinaire personnalité de Javier Conde. Car durant ses deux premiers toros, je me suis surpris à me demander si cet engagement était finalement une si bonne idée. Moi qui pourtant me réjouissais quelques minutes avant le paseo de le revoir, après une aussi longue période de disette. Puis sortit en cinquième position "Opulento". Et très vite, l'idée re-devint géniale... Certes, il aurait été compliqué pour l'Artiste malagueño d'aller chercher ces deux oreilles et cette queue épée en main. Conde est un matador dont l'engagement au moment suprême n'a jamais été la marque de fabrique. Alors à ce moment là, l'indulto pouvait passer pour une bonne idée...
Roman Perez a coupé quant à lui quatre oreilles, dont les deux d'un premier "Opulento" sorti en deuxième position et dont la dépouille sera primée d'une vuelta al ruedo posthume.
Les deux toreros sont sortis en triomphe entourés par les deux ganaderos, belle image de clôture pour cette trentième Romeria de Mauguio. Et personne n'a trouvé à y redire...

Laurent ElTico Deloye


La chronique d'Alexandre Guglielmet :

Javier Conde salua le premier exemplaire par un capoteo très stylé, déclenchant les premiers olés de la tarde. Après une forte dose de fer administrée par le lancier, le tercio fut logiquement changé. A la muleta, le Gallon est maniable, supérieur sur la rive droite. Conde prit du temps pour rentrer dans la faena et se mit partiellement en évidence en fin de combat par deux séries de derechazos allurés, mais à l'engagement très mesuré. Brève tentative sur la corne gauche vite avortée. Mort laborieuse. Silence.

Roman Perez soigna sa réception capotera par de douces veroniques, enchaînée par des chicuelinas ajustées. Après une forte monopique, Romain dessina un quite par des veroniques parfaitement templées. Brindis à Thomas Cerqueira et au professeur Nègre. Sur les premiers échanges de muleta, le Gallon montra des signes de faiblesse, perdant les mains à plusieurs reprises malgré de belles intentions dans l'étoffe. Face à ce paramètre, le français a du enfiler son costume d'infirmier pour tirer le meilleur de ce noble animal. Sans jamais baisser la main, Romain livra une faena ambidextre entretenue, connaissant son paroxysme sur la rive gauche, imprimant deux tandas de naturelles parfaitement rythmées et cadencées. Il termina cette prestation dans des périmètres restreints servant muletazos et redondos, connectant ainsi un peu plus avec les étagères. Il tua par une entière traserita vite concluante, libérant deux oreilles du palco présidentiel. Vuelta posthume excessive.

Le troisième du lot montra de meilleures dispositions sur le côté droit lors des capotazos de réception. Au tercio de varas, le Gallon prit deux rations de fer sans histoire. Face à cet astado manquant de force, Javier Conde prit ensuite la main gauche, sans résultat. Devant cet animal devenant de plus en plus éteint, les passages sur la corne opposée furent sans grande consistance malgré deux ou trois gestes isolés très "condesque". Mort en quatre temps. Silence.

Romain accueillit de belle manière le quatrième de l'envoi par un capoteo très suave, ponctué par trois medias a camara lenta. Deux piques sans histoire. Au dernier tiers, le Gallon se révèla être collaborateur sur les premiers instants muleteros. Après un début de faena inspiré, Romain prit la main droite pour deux séries de bonne facture, déclenchant les accords musicaux. Hélas, l'animal baissa rapidement de ton, rendant la suite moins fluide malgré quelques passages méritoires et variés du tarasconnais. Demie lame suivie de deux coups de verduguillo. Silence.

Le noble cinquième fut châtié sur une unique rencontre. Au dernier tiers, Javier Conde démarra tambours battants, faisant vibrer l'assistance sur une entame de faena très inspirée, puant la toreria. Face à ce toro noble, excellent à gauche mais manquant de solidité, l'espagnol déboucha enfin le flacon. Compas ouvert, gestuelle et attitude très flamenca, Conde régala les tendidos. Bénéficiant des bonnes embestidas d'Opulento, l'espagnol alterna les séries avec goût et temple. Mais c'est sur trois tandas de magnifiques naturelles pleines d'arte puro qu'il transporta le public au plus profond de l'Andalousie. Intelligemment, il fit déclencher et monter la pétition d'indulto jusqu'à sa généreuse obtention. Les moments suivants furent tout en inspiration pour le plus grand plaisir des présents. Deux oreilles et la queue symboliques et vuelta en compagnie de Michel et Jean Pierre Gallon.

Le dernier du lot sera économisé sur unique rencontre. Brindis de Roman Perez à Javier Conde. Ce Gallon se montra nettement supérieur sur la rive gauche. Romain trouva sans tarder le bon sitio et la bonne distance à donner pour tirer le meilleur de cet animal de bon son. Dans un voile doux et sous les airs musicaux, il lui enchaîna des séries harmonieuses, majoritairement gauchère. Deux oreilles après entière au premier essai. Vuelta en compagnie des deux ganaderos.


Arènes de Mauguio (34)
30ème Romeria
Dimanche 10 juin 2018 à 17h30.
6 toros des frères Gallon
Poids : 460 , 470 , 475 , 490 , 480 , 470.
1/3 de plaza
Beau temps
Durée : 2h35

Javier Conde : Silence après avis / Silence / Deux oreilles et la queue symboliques.
Roman Perez : Deux oreilles / Silence / Deux oreilles.

Sortie à hombros des deux toreros ainsi que des ganaderos.
Le poste de sobresaliente fut assuré par Jeremy Banti
Une minute de silence fut observée en la mémoire de Luc Jalabert.

Indulto du cinquième toro de nom Opulento, numéro 91, né en mai 2014 et pesant 480 kilos.

Vuelta al ruedo du second portant le nom d'Opulento, numéro 27, né en juin 2014 et pesant 470 kilos.

Alexandre Guglielmet


Voir le reportage photographique : ElTico