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Nîmes (18/05/2018) : La première oreille de la Feria sous l'orage pour Juan Leal...

©ElTico
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Le retour des ex-Pablo-Romero's dans les arènes nîmoises, quinze ans après leur dernière apparition ici face à Stéphane Fernandez-Meca, Denis Loré et Sérafin Marin, ne passera pas à la postérité... Les six estampes de toros, dans le style si particulier de cet encaste unique bien que partageant quelques gènes avec les Miura voisins, sortis du toril fuyards, distraits et peu intéressés par les leurres, ont en général manqué cruellement de race.

Et si quelques rencontres spectaculaires avec les lanciers purent rappeler à certains les tercios de varas d'antan face à ces fiers combattants andalous, les faneas se succédèrent malheureusement comme presque autant de rendez-vous manqués. Mais le point positif de cette course, outre la belle entrée constatée pour une corrida du vendredi, est la prestation des deux français du cartel. Thomas Dufau a montré beaucoup d'envie tout au long de la tarde et notamment face à son premier, un exemplaire non dénué d'intérêt qu'il sut intéresser à mi-hauteur avant de buter aux aciers. Et bien sûr Juan Leal qui a coupé la seule oreille de la course sous l'averse au dernier, lui aussi intéressant à l'entame des débats avant de baisser de ton brutalement. Quant à Rafaelillo, toujours volontaire dans son style rageur, il n'a jamais paru en mesure de prendre la main sur deux adversaires particulièrement compliqués.

Laurent ElTico Deloye


La chronique d'Alexandre Guglielmet :

Le premier, pour Rafaelillo, se montra guère intéressé par le capote de salida du torero de Murcia. Au tercio de piques, la lidia fut inexistante et sans aucune mise en suerte. Le Partido de Resina prit quatre piques très appuyées dont la dernière rencontre donnée après le changement de tercio. Dès les muletazos initiaux, l'astado confirma un manque flagrant de qualité, sans charge, n'embestissant pas dans le voile et donnant quelques vilains coups de tête. Rafaelillo tenta de construire une faena, en vain. Pour ne rien arranger, la mort fut longue et compliquée avec une multitude de coups de verdugo, déclenchant des protestations des tendidos. Silence.

Thomas Dufau démontra beaucoup d'envie en saluant son adversaire par cinq largas de rodillas dont les deux dernières qui passèrent à quelques millimètres de la chaquetilla. Face au lancier, le Partido de Resina fut économisé sur deux légères rencontres. A l'issue du tercio, Juan Leal se mit en évidence avec un quite par saltilleras du plus bel effet, montrant les intentions de l'arlésien. Au dernier tercio, Thomas comprit rapidement les besoins de cet animal à demi-charge, distrait et manquant d'humiliation. Toréant à mi hauteur, laissant bien le toro se reprendre entre chaque série, le landais tira le maximum de ce cardeno. Il livra, sous les airs musicaux, une prestation ambidextre très élégante, supérieure en intensité sur la rive droite, rematée par une tanda de manoletinas. Il perdit certainement une oreille lors d'une mort en deux temps d'exécution lente. Vuelta après avis.

Le troisième ne montra rien d'intéressant dans le capote de réception de Juan Leal. Deux piques sans histoire avant de voir Juan Leal dessiner un quite plein centre par des zapopinas allurées. Salut de Marco Leal et José Gomez après un tercio de banderilles brillant. Le protégé de Maurice Behro débuta sa faena plein centre, par une alternance de cambios et de pechos, lui faisant écouter une forte ovation. Sur la série suivante droitière, il fit déclencher la musique grâce à de doux derechazos parfaitement templés. Le bicho se décomposant à vitesse grand V, Juan Leal en tira le maximum par une tauromachie personnelle et encimista, sortant de son voile des muletazos de qualité, agrémentant le tout par redondos et desplante. Bernardinas de clôture avant deux pinchazos et une épée très basse lui faisant perdre l'oreille qui lui tendait les bras. Ovation avec Salut.

Le quatrième reçu par larga, prit deux rations de fer poussant légèrement sur le contact initial. A la muleta, ce toro montra plus de mobilité que ses frères, mais dénué de classe. L'espagnol, toréant beaucoup à la voix, livra quelques passages méritoires mais sans parvenir à connecter avec les étagères. Mort très longue en quatre temps récoltant au passage quelques sifflets. Silence.

Le cinquième est très distrait et a du mal à être fixé. Il sera d'ailleurs piqué lors de la première rencontre sur le cheval de réserve. Il prendra deux autres puyas sans éclat. Au dernier tercio, le Pablo Romero n'est guère propice au succès. Thomas Dufau fit l'effort mais ne put rien tirer de ce piètre collaborateur. Lame entière lente de conclusion. Silence.

Juan Leal réceptionna le dernier du lot par un capoteo vibrant. Le Pablo Romero se mit en valeur en renversant la cavalerie lors d'une pique prise avec bravoure et force. La seconde sera quant à elle beaucoup plus légère. Face à un toro maniable mais manquant de prestance, Juan Leal trouva de suite le bon sitio pour dessiner trois séries de derechazos a camara lenta, d'exécution parfaite, se mettant ainsi le public dans la poche. Sous une pluie battante, la suite des débats sur la corne gauche fut d'un très bon niveau avec des naturelles harmonieuses. Le final droitier dans des terrains réduits finira de conquérir le Colisée. Mort par entière rapide après deux pinchazos, libérant une oreille du palco.

 

Arènes de Nîmes
Vendredi 18 mai à 18h.
6 toros de Partido de Resina (ex Pablo Romero).
Poids: 544 , 547 , 539 , 536 , 563 , 549.
2/3 de plaza
Beau temps
Durée : 2h35

Rafaelillo : Silence après avis / Silence après avis.
T.Dufau : Vuelta après avis / Silence.
J.Leal : Ovation avec Salut / Oreille.

Alexandre Guglielmet


Voir le reportage photographique : ElTico