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Charlotte Yonnet : Les sorties de toros, on s'en fait des films avant, mais parfois, le scénario n'est pas celui qu'on imaginait...

©ElTico
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En mars dernier, nous nous étions rendus en ce lieu chargé d'Histoire qu'est le Mas de la Belugue, pour assister à la remise du Trophée Henri Fanton 2017 à Quinquin et Charlotte Yonnet par le Club Taurin "Palmas Y Pitos" de Nîmes.

L'occasion de partager un moment avec l'Héritière de la dynastie Camarguaise, qui a désormais repris les rènes de l'élevage emblématique de son grand-père, parallèlement à celui de son père qu'elle gère avec sa mère depuis de nombreuses années.

 

CorridaFrance : Dernièrement, tu as reçu le Trophée Henri Fanton remis par le Club Taurin Palmas Y Pitos de Nîmes. Que représente ce Prix pour toi ?
Charlotte Yonnet : Ce Prix, déjà, était une grosse surprise. Parce que ce toro nous a beaucoup plu et apparemment, a plu au public. Mais de là à en recevoir un Prix... Cela nous a fait bien entendu très plaisir, déjà, c'est une première chose. Et c'est vrai que pour cette année, cela nous a vraiment donné un gros coup de main pour nous faire sortir des toros. Commercialement, cela a été une très bonne chose.

CorridaFrance : On t'a vue très émue lors de ton discours de remerciements. Pourquoi tant d'émotion ?
Charlotte Yonnet : Parce que j'ai reçu ce Prix, qui a été remis entre mes mains... Mais le premier acteur, c'était le toro. On attend toujours que le toro soit remercié, soit par une vuelta, soit par le trophée suprème, l'indulto. Là, en l'occurrence, on n'en est qu'au début de l'escalier... On n'a gravi qu'une marche et c'est avec ce toro là, parce que tous les toros sont différents. Mais surtout, ce Prix récompense beaucoup de gens... Mes parents parce qu'il portait le fer de mon père. Pour mon ancien gardian, André Chaumier, qui n 'est plus là mais qui serait vraiment aux anges d'avoir vu ce toro et surtout qu'il puisse être récompensé. Et puis parce qu'aujourd'hui, on peut continuer grâce à l'aide de tous nos amis. C'est pour cela que c'est très important d'avoir pu partager ce moment.

CorridaFrance : Que représente la sortie d'un toro de la classe de "Tranquilito" dans les arènes de Céret pour un élevage comme celui que tu diriges maintenant, avec toutes les responsabilités que celà implique et en raison du nom prestigieux que tu portes, notamment ?
Charlotte Yonnet : C'est d'autant plus valorisant parce que ce sont des arènes clairement identifiées comme "toristas", comme l'est notre élevage, les toros que l'on élève dans ce style là. Donc, je pense que tout était en place : Les toros y étaient, leur présentation... On a eu beaucoup de chance que le caractère et l'émotion soient de la partie. Et je pense que c'est une très bonne chose que cela soit arrivé à cet endroit là, dans ces arènes là, dans une Feria comme celle là et surtout derrière des toros de Miura.

CorridaFrance : En terme de contacts, quelle a été la plus-value de ce toro ?
Charlotte Yonnet : Il est vrai que Saint-Martin de Crau est une arène fidèle, qui nous contacte depuis des années, qui nous répète, peut-être pas chaque année mais assez régulièrement parce qu'elle essaie de faire travailler beaucoup d'éleveurs français et donc, fait tourner. Mais je pense que si Alès nous a appelés, c'est parce
qu'il y a eu ce toro qui a marqué les esprits l'année dernière. Et puis il y a eu Orthez qui nous a également contactés et qui nous a clairement demandé un toro qui s'approchait dans sa lignée de celui de Céret. Chose qui est très compliquée et surtout pas du tout fiable quand on sait qu'on va sortir des frères d'une année sur l'autre qui peuvent présenter des comportements très différents. Il y a des styles de toros que l'on peut ressentir... Quand tu élèves pendant des années un toro comme "Tranquilito" et notamment sur les derniers mois de sa préparation, tu peux percevoir que c'est un toro très attachant, comme souvent les bons toros. Il y a des toros qui "cassent les bonbons" et puis d'autres, comme "Tranquilito" qui sont plus calmes.

CorridaFrance : Il y en a d'autres, comme "Tranquilito", cette année ?
Charlotte Yonnet : Il pourrait.. Il pourrait, oui (rires...). L'idéal, ce serait de tous pouvoir tous les voir dans une arène. Parce que c'est tellement alléatoire, le comportement... Même d'un jour à l'autre, il varie. Il y a vraiment des toros que je sens prêts aujourd'hui à sortir et à combattre. Et d'autres un peu moins, mais qui vont se préparer car ils ont juste besoin d'un peu de temps. Aujourd'hui, on est à un mois de la corrida d'Alès, donc j'espère que d'ici un mois, tout le lot sera complètement prêt. Mais pour la majorité, au jour d'aujourd'hui, ils sont bien. Il nous faut encore attendre un mois pour voir s'il seront en pleine forme et surtout, comme on les a espérés. Les sorties de toros, on s'en fait des films avant, mais parfois, le scénario n'est pas celui qu'on espérait... Dans un sens comme dans l'autre... Si on avait su que le toro de Céret allait sortir comme ça, peut-être que nous l'aurions préparé pour une corrida-concours... Mais en même temps, finalement, il était bien à sa place, puisqu'il fait encore parler de lui et qu'il a marqué les esprits... C'est le côté magique des toros et la part de chance qu'il y a toujours et sur laquelle il fait aussi compter quand on est éleveur de toros de combat.

CorridaFrance : Et du côté de Céret ?
Charlotte Yonnet : Céret m'avait promis de venir voir un lot de toros... Chose faite (rires). Ensuite, je n'ai pas eu de contact direct et j'ai vu l'annonce des carteles et que donc, malheureusement cette année, on n'y serait pas. Mais j'espère que notre tout viendra une autre année et qu'ils nous rendrons le service, puisque je pense que c'en est quand même un, que nous leur avons rendu l'année dernière. Nous leur avons amené les sobreros quinze jours avant puisqu'ils étaient bloqués par l'Espagne. Nous étions vraiment en "roue de secours", comme souvent. Puis, il s'est passé qu'il n'y en avait pas assez, puisque le vendredi lors de la corrida de Miura au premier jour de la Feria, il sort deux toros de réserve et que nous n'en avions mené que trois. Donc le vendredi 14 juillet à 20 heures, on m'appelle dans les arènes pour me demander trois toros de plus pour finir la feria... J'étais à Céret... Ma mère était chez elle mais était invitée à un grand dîner, le soir du 14 juillet... Elle a du tout annuler, quitter ses talons aiguilles et rappeler du monde pour enfermer tous les toros qui étaient au campo jusqu'à la nuit noire. Et les toros étaient à Céret le lendemain. Je pense qu'on a été très professionnels pour leur rendre ce service. Le premier remerciement, c'est ce toro qui a été exceptionnel. Et du côté de Céret, on verra l'année prochaine... Cette année, la corrida y était, puisqu'elle va aller dans des arènes très importantes comme le sont celles d'Alès et en début de saison. Donc je pense qu'avec quelques mois de plus, elle aurait été d'autant plus prête pour Céret. Et je pense qu'il y avait aussi une novillada qui aurait pu faire l'affaire. Mais dans l'hiver, on ne voit jamais les toros prêts pour l'année suivante.

CorridaFrance : Où va-t-on pouvoir voir les toros de Yonnet cette année ?
Charlotte Yonnet : Il y aura un toro à Saint-Martin de Crau pour la corrida de competencia la semaine prochaine ; la corrida d'Alès pour la Feria de l'Ascension ; fin juillet à Orthez, également en corrida de competencia. Et je dois préciser que nous avons toujours de bons cartels, que ce soit à Alès ou à Saint-Martin de Crau, nous avons la chance d'avoir de très bons matadors devant... On sera tous là pour voir comment cela va se passer mais sur le papier, nous sommes d'ores et déjà très contents et on a hâte d'y être... Puis, on aura un becerro à Bouillargues au mois d'octobre et entre temps, un novillo à Millas au mois d'août.

Propos recueillis par Laurent Deloye


Voir le reportage photographique : ElTico