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Eduardo Martínez Urquidi, ganadero de "Los Encinos" : "La mesure de la bravoure n´a plus de raison de se limiter exclusivement aux piques"...

@Daniel Daudet
@Daniel Daudet
Les ganaderos Eduardo Martínez Urquidi, le propriétaire et fondateur de "Los Encinos" et Fernando de la Mora, enverront trois toros chacun pour le mano à mano de fin janvier à México entre José Tomás et Joselito Adame.

Notre correspondant au Mexique Daniel Daudet est allé à la rencontre du premier nommé dans son ranch de San Cirilo.

 

 

 

Fiche :
Ganadería Los Encinos
Fondateur et proprietaire: Eduardo Martínez Urquidi
Rancho: San Cirilo
Pedro Escobedo (Etat de Querétaro)
Devise: vert, rose et bleu
Début à Mexico: 30 janvier 2000


CorridaFrance : D´oú provient le nom de Los Encinos?
Eduardo Martínez Urquidi : Lorsque j´ai fondé la ganadería, je n´avais pas l´intention de lui donner un nom personnel, c´est pour cela que comme il y a des encinos (chènes) en abondance dans la propriété, et que c´est un arbre que j´apprécie beaucoup, j´ai pensé que se serait un bon nom pour l´élevage.

CorridaFrance : Pour quels motifs avez vous entrepris ce pari d´importer du bétail d´Espagne ?
Eduardo Martínez Urquidi : Mon père était très ami d´Antonio Llaguno González, propriétaire de San Mateo. Depuis mon enfance, j´ai fréquenté cette ganadería avec ses faenas de campo, ses tientas, les plazas lorsqu´elle faisait combattre. J´ai toujours entendu parler de l´importation de bétail que San Mateo avait réalisé dans les premières années du XXème siècle, de son intégration et ses conséquences pour l´élevage mexicain. Au fil des ans, et au fur à mesure que je me suis interéssé de prés au monde de l´élevage du toro de combat, je me suis rendu compte du besoin génétique d´introduire de nouveaux étalons et vaches au campo bravo mexicain, pour donner plus de vigueur à son comportement, et agrandir le spectre de possibilités face au XXIème siècle. Je gardais en moi cette inquiétude et lorsque l´occasion d´acquérir du bétail en Espagne s´est présentée, je l´ai concrétisée avec les éleveurs José Chafik et Marcelino Miaja qui m´ont accompagné dans cette démarche. Il a fallu a posteriori surmonter les formalités avec les autorités mexicaines pour obtenir les permis correspondants pour l´importation de ces bovins. Une importation qui n´avait pas lieu depuis 1949, suite à une poussée de fièvre aphteuse et d´autres limitations sanitaires à cause desquelles la frontière demeurait fermée. Après deux ans à s´être scrupuleusement attaché à remplir toutes les exigences sanitaires éxigées par les autorités mexicaines et espagnoles, et en comptant avec toute la collaboration des autorités locales, j´ai obtenu les permis pour cette importation. Une importation que nous avons réalisée ensemble, Arturo Jiménez de la ganadería San José, José Chafik et Marcelino Miaja de la ganadería San Martín et moi même pour Los Encinos.

CorridaFrance : Combien de têtes arrivèrent en novembre 1996?
Eduardo Martínez Urquidi : 55 femelles et 23 mâles. Et en 1997 se réalisa un deuxième apport de 28 femelles. De toutes celles-ci, 32 ont eu comme destination finale la ganadería de Los Encinos, en plus des étalons que nous avons amené d´Europe.

CorridaFrance : Combien cela faisait- il que l´on n´importait pas de bétail d´Espagne ?
Eduardo Martínez Urquidi : Depuis 1949 il n´y avait pas d´importation de bovins d´aucun type, pas seulement de toro de combat. Le permis que nous avons obtenu fut le premier depuis cette date. Un permis du Ministère de l´Agriculture et l´Elevage délivré le 22 août 1996.

CorridaFrance : Qui avait réalisé cette démarche dans le passé ?
Eduardo Martínez Urquidi : De notre époque, personne. Au début du XXème siècle plusieurs éleveurs, en commençant par Tepeyahualco (qui devint ensuite Piedras Negras), San Mateo, La Punta, San Diego de Los Padres, Rancho Seco et quelques autres.

CorridaFrance : Comment s´est adapté le bétail venu d´Espagne ?
Eduardo Martínez Urquidi : Bien en général, car nous n´avons constaté aucune réaction sanitaire et le développement physique et reproductif fut aussi normal. Tout en tenant compte bien sûr des effets de l´environnement, car il est notoire que la longitude, la latitude, le niveau de précipitations, l´élévation par rapport au niveau de la mer, tous ces facteurs liés à l´environnement ont des effets reconnus sur les individus.

CorridaFrance : Pourquoi Paco Camino et pas un autre Santa Coloma?
Eduardo Martínez Urquidi : Depuis mon enfance j´avais entendu parler de la ganadería de Paco Camino, et malgré qu´il ne fasse combattre pratiquement rien en plazas, j´étais resté bien attentif aux commentaires de ceux qui fréquentaient son élevage, aux résultats de ses tientas, à ses critères de sélection, et encore davantage lorsque les possibilités d´importer ce précisèrent. J´ai finalement opté pour ce bétail qui conservait les meilleures caractéristiques du Santa Coloma, pour la grande qualité de ses charges et aussi pour sa bravoure. Mais nous avons aussi amené des vaches et des toros de Buendía que nous avons croisé avec les Paco Camino.

CorridaFrance : En pensant au Saltillo tant mexicain, vous n´avez pas envisagé du bétail de Joaquín Moreno Silva ?
Eduardo Martínez Urquidi : Si, nous avons importé un toro, le numéro 10 du nom de « Birutoso ».

CorridaFrance : Le but de l´opération a été de garder séparément les produits importés, d´en croiser une partie et de conserver pure l´autre, ou d´absorber complétement l´importation avec le bétail mexicain en votre possession ?
Eduardo Martínez Urquidi : En principe, la politique a été de conserver pur ce qui venait d´Espagne, pour en préserver le sang et commencer ensuite à le croiser avec une partie du mexicain, pour évaluer dans un premier temps les résultats de ce croisement. Actuellement le croisement entre le mexicain et l´espagnol des années 96-97 forme la plus grande partie de la ganadería et la tendance avec le temps sera d´absorber une ligne avec l´autre.

CorridaFrance : Quels changement morphologiques et de comportement avez vous apprecié avec ce rafraichissement au bout de ces presque vingt années ?
Eduardo Martínez Urquidi : Conséquence de ce mélange et en ce qui concerne le comportement, Los Encinos est aujourd´hui une ganadería avec une bravoure plus prononcée, avec aussi davantage de durée et de transmission dans le comportement de ses toros. Pour ce qui est de l´aspect morphologique, on peut souligner en genéral des armures plus developpés et plus de sérieux dans l´expression physique.

CorridaFrance : Quelle est la vertue essentielle de l´encaste fondé avec ce croisement, et quel est le défaut qui vous coûte le plus d´erradiquer ?
Eduardo Martínez Urquidi : La grande vertue c´est plus de piquant, davantage d´emotion dans le comportement, et le défaut principal contre le lequel je lutte, que les toros sortent avec la tête haute à la fin du muletazo.

CorridaFrance : Vos critères de sélection… que recherchez vous?
Eduardo Martínez Urquidi : Je recherche la fixité sur les leurres, la bravoure, la durée, que les toros ne fondent pas au milieu de la faena, la mobilité et que les muletazos s´achèvent en humillant.

CorridaFrance : En tienta, que condamne une vache chez Los Encinos?
Eduardo Martínez Urquidi : Renier le combat au cheval, donner des coups de tête dans le caparaçon et à partir de la deuxième pique, le manque du rythme dans la charge ; un comportement fuyard à la muleta et la recherche des planches, ce manque de rythme dans la charge, le manque de mobilité et de répétition, et de ne pas humillier à la fin des passes.

CorridaFrance : A combien estimez vous l´apport de l´étalon et de la vache ?
Eduardo Martínez Urquidi : Génétiquement je considère égale la capacité d´apport de l´un et l´autre. Mais partant du principe que l´étalon engendre chaque année 20 à 25 produits, et que la vache dans le meilleur des cas en engendre entre 8 et 11 tout au long de sa vie, c´est pour cela que la sélection de l ´étalon doit être aussi stricte.

CorridaFrance : Si vous aviez la possibilité de changer le premier tiers…
Eduardo Martínez Urquidi : Tant la suerte de piques, comme d´autres suertes et recours de la Fiesta, il convient de les adapter à l´époque moderne, et il faut tenir compte des observations objectives qui peuvent être faites par rapport aux excés présents pendant la lidia. Dans le cas particulier vous faites référence à la suerte de piques, et je pense que la sélection aussi stricte de ces cent dernières années en bravoure, fixité et rythme, a fait que l´une des raisons d´origine de la suerte de varas est dépassée par la sélection. Ainsi, le fait de faire saigner le toro doit avoir une justification pour le decontracter et permettre également qu´il puisse developper ses qualités principales ; la mesure de la bravoure n´a plus de raison de se limiter, comme avant, exclusivement aux piques. Elle doit aujourd´hui se mesurer sur l´íntégralité du combat dans les trois tiers. Et si le tiers le plus mis en valeur de nos jours est celui de muleta et mort, il faut laisser au toro la vigueur nécéssaire pour qu´il puisse y participer en plénitude.
En me montrant un peu plus déterminant, je ne permettrai que deux entrées au cheval et j´exigerai plus d´autorité pour éviter la carioca et de pomper le puyazo, ou tout autre pratique qui diminue le toro ou ternisse la pureté de la suerte. La bravoure et la générosité des toros d´aujourd´hui permettent de réaliser la suerte dans les règles comme il ne l´a jamais été possible auparavant. Ne pas le faire est un abus. Au Mexique, je réduirai la taille de la pique qui est excessivement grande, et je m'attacherai à améliorer les écuries de chevaux de toutes les plazas du pays.

CorridaFrance : Actuellement, combien de vaches de ventre et d´étalons se comptent- ils à Los Encinos ?
Eduardo Martínez Urquidi : Deux cent trente cinq vaches, quinze étalons, et nous inséminons toujours un lot de vaches avec plusieurs toros selon le besoin. Les étalons sont sur les vaches pendant la période des pluies, c´est à dire du 15 juillet au 15 janvier.

CorridaFrance : Avez vous échangé des étalons avec les autres éleveurs méxicains dans l´optique d´ouvrir les lignées ?
Eduardo Martínez Urquidi : Oui, des toros d´origine mexicaine de l´encaste San Mateo ; plusieurs toros de Monte Cristo et deux de Fernando de la Mora ; plusieurs de San José, un de Rancho Seco et un de Marrón de la même origine du bétail espagnol importé en 1996.
Je choisis mes étalons en combinant la sélection par les livres et le type morphologique avant de les toréer pour prendre une décision finale. Il est arrivé quelquefois que je sélectione un étalon uniquement avec des critères morphologiques et de lignée.

CorridaFrance : Quels souvenirs particuliers avec votre ganadería ?
Eduardo Martínez Urquidi : Beaucoup. Aux arènes des moments intenses de triomphe mais aussi d´échec, desquels j´ai appris davantage que des premiers. Ce qui me plaît le plus, mes souvenirs les plus chers proviennent de partager l´élevage avec ma famille, avec mes amis et avec beaucoup d´éleveurs et toreros avec lesquels j´entretiens une très bonne amitié.

CorridaFrance : Combien de corridas pour cette temporada?
Eduardo Martínez Urquidi : Entre six et huit corridas et une novillada. En principe deux corridas pour Aguascalientes, une pour Guadalajara, une pour Monterrey, une autre pour Mexico et deux dont la destination finale est à déterminer.

CorridaFrance : Y-a-t'il vocation d´éleveur chez les nouvelles générations des Martínez Urquidi pour perpétuer l´héritage de Los Encinos ?
Eduardo Martínez Urquidi : Oui. J´ai trois filles et deux beaux-fils qui aiment l´élevage et y participent activement, et j´ai également des petits enfants. Le temps dira si cela leur plaît, lorsqu´ils seront en âge de prendre leurs décisions.

CorridaFrance : Des attentes, un rêve, à court, à moyen, à long terme ?
Eduardo Martínez Urquidi : Pleins. Le monde de l´élevage est un monde d´espoirs, car on ne connaît jamais le comportement du toro en piste ou de la vache en tienta. Lorsque l´on determine les lots de vaches et d´étalons, on le fait avec l´espoir de ne pas se tromper. Lorsque je fais combattre, j´ai toujours l´espoir que les toros offrent triomphes et après midi inoubliables aux toreros et au public. Enfin beaucoup d´espoirs toujours, mais mon grand rêve est de consolider Los Encinos génétiquement parlant, à moyen et long terme.

 

Propos recueillis par Daniel Daudet, pour CorridaFrance.com

 


Voir le reportage photographique : Daniel Daudet