Garlin (14/04/2019 - tarde) : lleno de No Hay Billetes...

  • Imprimer

©Philippe Latour
©Philippe Latour
Au-delà du résultat artistique de cette 18ème édition de la Novillada de Printemps, la septième consécutive avec du bétail de Pedraza de Yeltès on se souviendra du lleno de No Hay Billetes enregistré au guichet de la placita béarnaise.

Par les temps qui courent et en particulier pour une novillada hors cycle de Féria, il s’agit d’un évènement qui fait du bien au cœur des aficionados et surtout des personnes qui s’investissent dans nos petites arènes pour monter des spectacles taurins. A Garlin, c’est la juste récompense d’un travail réalisé depuis sept ans pour relancer une arène dont la fréquentation déclinait. Avec une opiniâtreté toute béarnaise, l’’équipe de la Peña Taurine Garlinoise n’a pas dérogé à sa politique basée sur la qualité des cartels, des novillos « sérieux » de présentation et un accueil dont la convivialité donne envie même aux néophytes de se rendre aux arènes. Mesdames et Messieurs les béarnais : « bravo, merci et surtout continuez ».
Sur le plan taurin, après une très belle fiesta campera matinale, la journée est allée à menos. Remarquables de présentation, après deux premiers exemplaires encastés et intéressants, les quatre derniers Pedraza de Yeltès ont manqué de fond, y compris au premier tiers, et la novillada est allée à menos.
Côté novilleros, on retiendra la toreria et le sens de la lidia d’Alejandro Mora, l’application de Dorian Canton et Manuel Diosleguarde.
Le premier, bien piqué par Jean Loup Aillet, prend deux puyazos en poussant. Il met en difficulté Diosleguarde lors d’un quite, qui évitera la cogida grâce à une intervention opportune du capote d’El Santo. Au second tiers, le toro qui est juste de forces remate aux planches à la poursuite des banderilleros. Le Pedraza est noble et permet à Dorian Canton d’enchaîner de bonnes séries de derechazos conduisant la charge avec efficacité. A gauche, c’est un peu plus compliqué, le torero mettant du temps à trouver la bonne distance avant de finir par un très bel enchaînement naturelle / trinchera. Retour à droite pour la fin de faena, le toro continue à charger avec noblesse et en embistant. Dorian en profite pour tenter un recibir qui se solde par une mete y saca , l’estocade étant très basse. Il conclut d’une entière une peu basse et un descabello. L’arrastre est applaudie et le novillero fait une vuelta (pétition minoritaire d’oreille).
Le second se prend pour Bastaraud et percute avec violence le burladero qui fait face à la sortie du toril. Il en sort ébranlé ce qui ne l’empêche pas de venir avec force au cheval. Il pousse les deux fois au contact du cheval mais est ménagé par Curro Sanchez qui lève rapidement le palo. Manuel Diosleguarde commence la faena par des aidées par le haut. Le Pedraza est noble et encasté. Bien que juste de forces, il vient bien quand on le cite à distance et répondra aux sollicitations du torero jusqu’à la fin de la faena. Le novillero est appliqué mais manque encore de métier et restera en dessous des possibilités du Pedraza. Il le cite de trop près, ne se croise pas et ne pèse pas sur un bicho qui finit par le déborder sur les séries longues à droite et surtout à gauche. De la faena, on retiendra une bonne série de trois derechazos à mi parcours et une autre juste avant de prendre l’épée pour une entière engagée mais basse qui sera concluante. L’arrastre est applaudie et le novillero soutenu par l’AJT (association bayonnaise qui aide de jeunes toreros) coupe la première oreille de la tarde.
Après quatre novillos intéressants (si on compte ceux du matin), les quatre suivants vont manquer de fond et parfois de race.
Le troisième bien présenté est d’abord abanto puis fuyard au capote. Il pousse fort à la première pique, renverse le cheval puis prend deux autres puyazos sans grand style et en sortant seul. Il continue à vouloir partir vers les tablas jusqu’à ce qu’Alejandro Mora commence sa faena. Le jeune novillero a du métier et de l’autorité. Il impose au bicho de rester au centre où il le maintiendra . Mora toréé avec beaucoup d’efficacité et prend le dessus sur un toro à la charge désordonnée et parfois violente. Le Pedraza garde la tête haute dans la passe, n’humilie pas et ne permet au neveu de Juan Mora de toréer comme il sait et aime le faire. La faena est intéressante et méritoire mais manque de transmission et d’émotion artistique par la faute du novillo. Il faut attendre les passes d’adorños finales pour voir quelques soupçons de la tauromachie qui est la marque de fabrique de la famille Mora. Le novillero de Plasencia coupe une oreille après une entière basse.
Le quatrième est lui aussi bien présenté. Il prend une première bonne pique en restant collé au peto. Il pousse encore lors d’une seconde pique carioquée. Faible, il est noble à la muleta mais de cette noblesse fade qui rend fade les faenas. Dorian s’applique mais le toro manque de transmission. Le torero se laisse embarquer dans ce que les commentateurs sportifs appelleraient un faux rythme. Il se fait même désarmé à l’issue d’une naturelle. Cela manque d’émotion et d’intérêt. Dorian Canton s’engage avec beaucoup de sincérité pour une belle estocade entière qui s’avère efficace. Après une faena à oublier, l’épée pouvait justifier l’octroi d’une oreille. Le second trophée accordé par la président est lui tout aussi généreux qu’incompréhensible et a provoqué l’ire et la réprobation justifiée d’une très grande partie du public. Ce type de situation n’apporte rien à la carrière d’un torero et ne le prépare pas à affronter l’avenir et en particulier les publics difficiles (et parfois chauvins eux aussi) des arènes hors Sud-Ouest.
Le cinquième vient fort au cheval. Piqué efficacement par Laurent Langlois, le novillo ne s’emploie pas sous le fer et sort seul. A la muleta, il manque de fond et de race. Il se défend plus qu’il ne charge dans la muleta. Manuel, par manque d’expérience a du mal à donner du relief à une faena face à un toro qui offre peu d’options et transmet peu. Silence après deux pinchazos et une entière.
Mal piqué, le sixième prend deux piques, poussant bien à la première et moins à la seconde. Il est faible et manque de chispa. C’est un toro sans classe mais sans difficultés majeures. C’est le torero, sans l’aide d’un toro fade et sans transmission, qui va donner de l’intérêt et du relief à la faena. Il enchaîne de bonnes séries classiques des deux mains avec d’autres où il toréé de face avec beaucoup d’élégance et d’originalité. Par la faute du toro cela manque de profondeur et de temple, mais cela suffit pour comprendre que ce jeune torero sait allier une technique efficace et une classe naturelle. On regrette de ne pas l’avoir vu toréer le premier utrero de la Fiesta Campera matinale. Malgré le manque d’énergie du toro, la faena porte sur le public. Malheureusement la mise à mort est laborieuse, le Pedraza tombe à la limite du troisième avis, ce qui prive Mora de toute possibilité de trophée. Malgré ce final difficile, le neveu a intéressé
le public, devrait rapidement se faire un prénom et accéder au peloton de tête de l’escalafon des novilleros.

Fiche technique : Arènes de Garlin, 18ème novillada de Printemps
6 utreros de Pedraza de Yeltès, intéressants les deux premiers, manquant de fond les suivants pour
Dorian Canton : vuelta, deux oreilles (la seconde contestée)
Manuel Diosleguarde : une oreille, un avis et silence
Alejandro Mora : une oreille, deux avis et silence
Treize piques, une chute
Cavalerie Bonijol
Le prix au meilleur piquero est attribué à Jean-Loup Aillet
Le trophée Jean Ducos, récompensant le triomphateur de la tarde est remis pour la seconde année consécutive à Dorian Canton
Président : François Capdeville
Lleno de No Hay Billetes
Ciel moutonneux au début de la course, grand bleu à la fin de la tarde
L’association des critiques taurins français a remis à Dorian Canton un prix pour sa temporada 2018 et Martin Uranga, propriétaire du fer de Pedraza de Yeltès, le prix de la meilleure
novillada 2018 dans le Sud-Ouest.
Le ganadero a également reçu le prix 2018 de l’Union des clubs taurins Paul Ricard.

Thierry Reboul


Voir le reportage photographique : Philippe Latour